Savoir commencer une grève. Résistances ouvrières à la désindustrialisation dans la France contempor
Castellesi Romain ; Vigna Xavier
AGONE
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EAN :9782748905786
Ce livre retrace l'histoire des luttes ouvrières contre la désindustrialisation en France, des années 1960 à nos jours. L'auteur analyse les mutations du répertoire d'actions, entre mobilisations et démobilisations, à l'épreuve de la raréfaction de l'emploi Ce travail, qui s'appuie sur l'exploitation de sources orales, archivistiques et audiovisuelles issue d'une vaste enquête de terrain, expose toute la rationalité de ces mouvements contre les fermetures et les plans sociaux. On découvre aussi les représentations collectives liées à ces contestations : lorsqu'ils surgissent, les conflits sociaux impliquant des ouvrières et des ouvriers paraissent aussi rares que désespérés. Mouvements de « la dernière chance », ouvriers et ouvrières « dos au mur », tout ces discours soulignent le caractère inéluctable du déclin de la centralité ouvrière. Quant la grève est lancée, les ouvriers ? et encore plus les ouvrières ? se retrouvent presque systématiquement dos au mur, dans un combat désespéré et souvent désespérant, parce que le rapport de force est alors du côté du patronat : les maigres perspectives se réduisent à un accès de violence stérile, ou une négociation juridique interminable, qui ne permettra pas de sauver grand chose. À rebours d'une vision parfois décliniste et condescendante de ces luttes, l'auteur souhaite néanmoins les interroger au miroir de la désagrégation de la classe ouvrière. La disparition de l'appareil industriel a été envisagé par une approche largement économique. Or, le phénomène de désindustrialisation est un fait social qui a ravagé la main-d??uvre ouvrière, ses territoires, ses sociabilités et solidarités. C'est ce processus de destruction et d'invisibilisation que l'ouvrage souhaite révéler, en plaidant pour une approche historienne « par le bas ». Au-delà d'une historicisation du point de vue ouvrier, ce livre a un intérêt politique : contre le discours des élites faisant la leçon aux ouvriers et ouvrières de l'hexagone ? qui devraient se contenter de leurs conditions de travail et salariales, après tout meilleures que celles en cours dans le reste du monde ? il est bon de rappeler que c'est avant la catastrophe finale qu'il faut lutter et s'organiser.?Parce qu'après, c'est trop tard.
En 1841, dans son discours de réception à l'Académie française, Victor Hugo avait évoqué la " populace " pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu'il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot " misérable ", qu'il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d'Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, l'auteur découvrit les réalités du monde social qu'il évoquait dans son roman. L'ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d'être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. La France, c'est ici l'ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l'Etat français. Dans cette somme, l'auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé l'histoire depuis la fin du Moyen Age les guerres, l'affirmation de l'Etat, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l'esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.
Je ne peux que suivre Emma Goldman quand elle déclare ne pas vouloir d'une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais au moins voulait-elle une révolution, sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu'à quelques-uns. Or les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot "anarchie" fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive.
Françoise Thirionet a rencontré Silvio Marra, ouvrier italien émigré en Belgique, au début des années 1970. Pendant trente ans, ils militent ensemble en discutant des problèmes rencontrés par Silvio aux Forges de Clabecq où il travaille. Ce livre est issu de leurs entretiens. Pour Silvio et ses collègues, le quotidien à l'usine, c'est d'abord s'atteler à déconstruire certaines règles qui règnent dans l'entreprise. Notamment les attitudes de résignation et de peur. Rapidement élu délégué syndical en charge des questions d'hygiène et de sécurité, Silvio témoigne des luttes qui ont eu lieu pendant trente ans pour améliorer les conditions de travail et pour empêcher la fermeture annoncée du site. Les ouvriers de Clabecq se fient à leurs propres forces et à leur connaissance de leur métier pour mener leurs combats. Quitte à mettre de côté l'appareil syndical sitôt qu'il a déclaré ne plus rien pouvoir pour eux. Dans la forge, l'émancipation doit être une ?uvre collective. Son poste syndical, Silvio le voit comme un moyen de faire vivre l?« esprit de Clabecq » : « Chaque fois qu'on voulait balancer quelqu?un, chaque fois qu'on voulait attaquer les faibles, tout le monde se portait à leur secours. Ce combat contre le licenciement, le chômage, le racisme, les bas salaires, nous le menions tous les jours sur le terrain. » Par la confiance qu'il affirme dans sa classe sans la théoriser à l'absurde, ce livre donne des leçons salvatrices d'optimisme militant.
Stephen Mumford montre que la popularité universelle du football n'a rien d'accidentel et ne s'explique pas uniquement par des facteurs sociaux ou quelque contingence historique : sa popularité tient à la nature même de ce jeu. En répondant avec une rare clarté aux questions que les discussions passionnées sur le football n'ont de cesse de soulever, Football. La philosophie derrière le jeu permet de mieux comprendre le "beau jeu" : quelle place y occupe la chance ? Quelle est la relation des individualités d'une équipe à ce tout dont elles font partie ? Quel est la fonction de l'entraîneur et des schémas tactiques ? En quoi le football a-t-il particulièrement à voir avec l'espace ? En quoi consiste la beauté de ce sport ? Quelle est sa relation avec la victoire et la compétition ?
Recommençons l'histoire du fascisme.Yara El-Ghadban et Rodney Saint-Éloi, forts de leurs vécus et expériences, se remémorent les temps d'avant. D'une Palestine génocidée à une Haïti faillie, ils se racontent la tyrannie des puissants, le racisme, la prédation, l'ère de la techno-finance et des milliardaires, la crise climatique, la cartographie des guerres et des catastrophes.Mais pas que ça. Ils invitent à revenir aux mythes qui ont façonné le monde, afin de réimaginer ensemble l'amitié, la solidarité, la créativité, et redonner place à l'hospitalité. Les fascistes n'ont jamais compté les étoiles évoque aussi bien l'ébranlement que l'espoir et l'amour.Romancière d'origine palestinienne, Yara El-Ghadban écrit la vie des hommes, des femmes et des enfants qui, face à l'histoire, à la violence et à l'exil, rêvent de demain.Poète, écrivain, essayiste né à Cavaillon, en Haiti, Rodney Saint-Éloi écrit pour rester debout. Son ?uvre est ancrée dans l'histoire, l'amour et la révolte.
Qu'est-ce qu'une minorité ? un état d'infériorité numérique ? une identité dominée ? une catégorie protégée par le droit ? une communauté partageant certains traits culturels ? Pour Bruno Perreau, être minoritaire, c'est vivre dans un rapport de substituabilité. Devant le spectacle de George Floyd, tué par la police de Minneapolis, toute personne noire savait qu'elle aurait pu être à sa place. Toute autre personne victime de violence ne put que se sentir interpellée. Sphères d'injustice réfléchit aux résonances entre différents types d'expériences minoritaires : comment articuler les combats minoritaires et éviter qu'ils soient en compétition ? Comment impliquer la majorité ? Comment éviter les dérives managériales et résister aux attaques réactionnaires ? Comment représenter les minorités à l'ère des algorithmes ... Bruno Perreau montre que les dispositifs juridiques qui protègent le genre peuvent protéger la race, ceux qui protègent le handicap peuvent protéger l'âge, la classe, l'orientation sexuelle, et ainsi de suite. C'est ce que l'auteur appelle l'intrasectionnalité. En actualisant Sphères de justice , l'ouvrage classique du philosophe Michael Walzer, Sphères d'injustice démontre l'utilité d'un universalisme minoritaire pour relever les défis de l'interdépendance économique, numérique et écologique au XXIe siècle.
Popovic Srdja ; Miller Matthew ; Bouillot François
Voici le livre des révolutions possibles. Il part d'un principe : si l'on veut lancer rapidement un mouvement de masse à l'ère d'Internet, l'humour (et un peu de stratégie) est une « arme » de choix. Il s'appuie sur une expérience acquise dans près de cinquante pays aussi bien que sur les enseignements de Gandhi et du stratège Gene Sharp. Il prend la voix exceptionnelle de Srdja Popovic, apôtre de la lutte non violente, qui fit tomber Milosevic, fut de toutes les « révolutions fleuries » (Géorgie, Liban, Ukraine, etc.), et est considéré comme « l'architecte secret » du printemps arabe. Popovic nous fait entrer dans les coulisses des événements historiques du XXIe siècle. Il raconte ce qui marche et comment ça marche. Il explique aussi pourquoi cela échoue parfois.
Ne plus militer, c'est accepter de se taire." Verbe par excellence de la Révolution française qui en démilitarise l'usage, militer renvoie au combat s'attachant à faire prévaloir une idée, sinon une vision du monde. Si militer apparait comme le verbe sale de l'époque, c'est qu'il signale la profonde crise démocratique que traverse la France. Employé couramment, il est aujourd'hui rattaché à une forme de radicalité. Accusations de terrorisme intellectuel, tentatives de dissolution de groupements militants : comment en est-on arrivé à une vision aussi négative de l'acte même de militer ? Dans cet essai incisif, à travers divers événements - criminalisation des militants écologistes à Sainte-Soline, disqualification des mouvements qui entendent lutter pour davantage de justice sociale et ontologique, dénigrement du discours de Justine Triet à Cannes, etc. -, Johan Faerber interroge les possibilités et les limites du militantisme social, politique et culturel.