Brûlées, premier roman d'Adriadna Castellarnau, délivre une prose implacable, sèche et intensément belle, comme si les mots eux-mêmes avaient été réduits et purifiés par le feu. Le monde est en train de mourir. Ou il est peut-être déjà mort, mais il est encore habité par des survivants qui s'entendent sur la manière de mourir de faim, qui défendent leurs biens, qui prient pour l'avenir et qui abandonnent leurs enfants, parfois pour qu'ils aient une vie meilleure, parfois simplement parce qu'ils sont épuisés. Ce qui est arrivé au monde et pourquoi cela est arrivé n'est pas fondamental, ce qui compte c'est ce qu'il faut faire des dépouilles, de la crasse, de ces feux de joie nocturnes, de l'abandon lent de la compassion et du gouvernement de la tristesse.
Nombre de pages
164
Date de parution
19/04/2018
Poids
208g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782377560097
Titre
Brûlées
Auteur
Castellarnau Ariadna ; Contré Guillaume
Editeur
OGRE
Largeur
140
Poids
208
Date de parution
20180419
Nombre de pages
164,00 €
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Si l'obscurité est un lieu dont les habitants sont infréquentables, c'est aussi un miroir à peine déformant que nous tend Ariadna Castellarnau. En huit nouvelles, d'une écriture lapidaire, noire et poétique, qui évoque Cormac McCarthy et Volodine, Ariadna Castellarnau explore l'envers étrange et ténébreux des relations humaines. Le monstre quelle met au jour n'est pas un fantasme, un fou ou une personne violente, mais bien plutôt chacun d'entre nous, mère, père, frère, soeur, fille ou fils qui évoluons dans un territoire incertain et tortueux. Ariadna Castellarnau aime mener ses personnages, et ses lecteurs, à la rencontre de l'étrange, parce que c'est dans ce miroir tordu qu'ils pourront découvrir leur vraie nature, et, peut-être, apprendre à survivre.
Roman dystopique à la fois choral et fragmentaire, comme s'il était lui-même altéré par le feu, Brûlées est la chronique d'un monde qui arrive á sa fin. Ce qui s'est passé et pourquoi n'est pas fondamental, mais parmi les survivants, les femmes ont pris les choses en main. En un mouvement á la fois terrible et libérateur, elles réinventent leurs rôles, elles s'entendent sur la manière de mourir, abandonnent leurs enfants, parfois pour qu'ils aient une vie meilleure, parfois, simplement, parce qu'elles sont épuisées. Ce qui compte, c'est ce qu'il faut faire des dépouilles, de la crasse et de la faim. Ariadna Castellarnau écrit la fin comme si elle y était, avec une prose implacable, sèche et intensément belle et fait de Brûlées une fable crépusculaire et magnifique.
On se couvrira les yeux d'abord, on fuira. On y reviendra de plein fouet et on voudra tout voir, avec la rage d'un coyote. On avalera les photos, les petits films de vacances mal cadrés, les anecdotes, les souvenirs. On voudra, comme le coyote déchiquette sa proie, appuyer de tout son poids, briser la colonne vertébrale. Comprendre comment une nuit on rentre chez soi, avec sa femme, ses deux enfants qui font une vie, comment on regarde la télévision ou comment on lit ou bricole, comment on va se coucher, et comment on ressort, au milieu de cette même nuit qui appartient à cette même femme et à ces mêmes enfants qui font une vie, comment on en ressort, porté par des bras inconnus, allongé dans l'air."
C'est pas parce qu'on est flic qu'on comprend quelque chose au monde comme il va ou ne va plus du tout. Si on a encore un peu chaud, c'est qu'on se tient chaud. Dehors, vastes plaines et vent sifflant. Le ciel est froid comme la terre, entre les deux vont des flocons en rafale. On se hisse les uns sur les chaises, les uns sur les épaules des autres pour apercevoir la lamelle d'un croissant de lune à peine moins blanche que le blanc d'autour. Le bruit d'un moteur dans l'air, le bruit est toute l'affaire, le bruit d'un avion perdu dans les airs enneigés comme des plaines. Le bruit d'un avion qui au-dessus de nous tourne en aveugle. Si on a encore un peu chaud, c'est qu'on se tient chaud."
Il regardait les gens passer, des amoureux avec leurs langues, des cannes avec leurs vieillards, des perceuses avec leurs ouvriers, des cravates avec leurs hommes d'affaires, des laisses avec leurs chiens, des seins avec leurs femmes, des croix avec leurs prêtres, des oreilles et des yeux avec leurs téléphones. Tout ce qui était à pattes fourmillait. Et ces mille et mille pattes, avec des bustes et des têtes par dessus, se déplaçaient en rond, comme sur un manège. Et on ne savait plus du tout si c'était l'homme ou l'outil qui faisait. Les gens allaient vite et revenaient au même endroit, vite, avec les mêmes outils. Avec les mêmes gens. En boucle. Les objets avaient le pouvoir de faire répéter l'homme, de le faire tourner en rond, encore et encore."