Sur la toile de fond de l'ordre contractuel que met en place la Révolution française, le fou, brusquement, fait tache. Déraisonnable, il n'est pas sujet du droit ; irresponsable, il ne peut être objet de sanction. Mais, foyer de désordre, il doit être administré, géré, neutralisé. Le problème : réduire, dans la légalité, des comportements indésirables qui échappent à la répression pénale. Ce défi de la folie, la société bourgeoise l'a relevé parce qu'il y allait de la crédibilité de ses principes et de l'équilibre de ses pouvoirs. Dans les failles des régulations administratives et des prescriptions légales, la médecine mentale a progressivement imposé un nouveau type de rapport social, la relation de tutelle. Le but : réinscrire la folie dans l'ordre social, mais selon un système de règles différentes de celles qui assignent à leur place et assujettissent à leurs tâches les individus "normaux". Le moyen : conjoindre les aspirations de la philanthropie et les lumières du savoir dans une première médecine sociale. Le résultat : la définition, par la loi de 1838, d'un statut complet d'aliéné, c'est-à-dire de mineur complètement assisté. Mais cet âge d'or de l'aliénisme représente seulement une figure de la combinatoire généralisée des dépendances que mettent en place les spécialistes de la prise en charge et les experts de la mise en tutelle. L'Ordre psychiatrique analyse la genèse et le développement de ce monde de gestion des antagonismes sociaux par les pouvoirs médicalement indexés.
Nombre de pages
333
Date de parution
01/01/1977
Poids
370g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782707301468
Titre
L'ordre psychiatrique. L'âge d'or de l'aliénisme
Auteur
Castel Robert
Editeur
MINUIT
Largeur
135
Poids
370
Date de parution
19770101
Nombre de pages
333,00 €
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La longue marche du salariat Le salariat, en un siècle, était parvenu à endiguer précarité et exclusion. Le retour de ces plaies du travail moderne, qui frappent les plus démunis, marque le délitement de cet édifice. Pas de solutions au chômage dans cette somme minutieuse qui décortique la construction du salariat au fil du siècle qui s'achève. Mais une analyse précise des racines de cette condition qui est passée de celle d"indignité sociale à un statut capable de rivaliser avec celui du travail indépendant et de la propriété. Envisagé et vécu comme une forme moderne du servage - il s'agissait de fixer les émigrants des campagnes -, le salariat s'est petit à petit organisé au gré des rapports de forces et de l'action collective comme un rempart à la précarité et à l'exclusion. Deux fléaux, insiste l'historien sociologue, que nos sociétés industrielles ont certes déjà connus, mais de façon sinon plus brutale, du moins plus mortelle qu'aujourd'hui. Différence notable, note-t-il, l'exclusion hier s'accompagnait de famine. Aujourd'hui, Ed et autres distributeurs à prix cassés sont venus y remédier. C'est pourquoi Robert Castel préfère parler de désaffiliation plutôt que d'exclusion. Et de mettre le doigt sur les zones grises de l'emploi qui se répandent entre l'intégration totale dans l'entreprise, dotée de tout l'arsenal conquis collectivement, et la rue: ce monde flou où se croisent CDD, intérimaires, stagiaires, contrats de réinsertion, érémistes. Un constat qui n'en fait pas pour autant un militant de l'insertion, dont il dénonce les risques de néophilanthropie, proche des tentatives de moralisation de la classe ouvrière au xixe. A ceci près qu'alors les moralisateurs offraient en contrepartie à la bonne conduite une réelle intégration dans le monde du travail, tandis qu'aujourd'hui le bon chômeur ne se voit plus offrir qu'un maigre filet de sécurité avant la marginalisation totale. Sans contester le bien-fondé des analyses qui posent les jalons de la société postsalariale, Robert Castel souligne néanmoins le prix payé par les plus démunis et les plus fragiles pour cette mutation historique. La société salariale, reconnaît-il, n'est pas une entité éternelle. C'est une formation sociale relativement récente, et qui aura une fin. Le problème étant de gérer l'intermède. Le statut du salariat, dit-il, correspondait à une forme de compromis social, à l'acceptation d'une certaine domestication du marché. Le marché s'est réveillé, l'action collective s'est délitée. Elle est sans doute à réinventer, sous d'autres formes, pour l'édification d'un nouveau compromis. --Pascale-Marie Deschamps-- "
Robert Castel (1933-2013): Sociologue, il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels La Gestion des risques (Minuit, 1981), Les Métamorphoses de la question sociale (Fayard, 1995), L'Insécurité sociale (Seuil / La République des idées, 2003) et La Discrimination négative (Seuil / La République des idées, 2007).
Commentaires C'est l'émergence d'une société salariale qui a engendré la civilisation du travail. En son sein, la position sociale de l'individu dépend de l'emploi qu'il occupe et sa protection sociale est subordonnée à son statut de salarié. À l'âge moderne, la précarité économique engendre la vulnérabilité sociale et l'érosion des systèmes de protection. Or, cette incertitude des statuts (chômeurs de longue durée, allocataires de revenu minimum, etc.) ne crée pas seulement des exclus, mais fragilise le lien social et fait perdre à l'État son pouvoir d'intégration à mesure que la condition salariale se délite. Après avoir décrit la lente mise en place de la dépendance salariale, puis sa remise en cause sous la pression de l'économie de marché, l'auteur montre que seul l'État est encore capable d'imposer un minimum de protection sociale pour limiter les effets d'un individualisme négatif qui n'a libéré le travailleur de ses anciennes dépendances que pour l'abandonner à l'aléatoire de la recherche d'un emploi et de la quête de sa subsistance. --Madeleine Sorel
Le temps d'un séjour de quelques semaines dans sa maison d'enfance, la narratrice raconte ses retrouvailles avec sa famille, où, depuis trois générations, hommes et femmes ont choisi le métier de pasteur. Mais quand elle arrive, quelque chose de cet ordre ancien s'est profondément déréglé. De ses proches, elle raconte les rires, les chutes, les chants. De toutes ses forces, elle les soutient, quand leur vie ne semble plus tenir qu'à un fil.
Rencontrer une fille tatouée au Japon, sauver la vie d'un homme sur un paquebot en mer du Nord, nager avec les dauphins aux Bahamas, faire l'amour à Moscou, travailler à Dubaï, chasser les lions en Tanzanie, s'offrir une escapade amoureuse à Rome, croiser des pirates dans le golfe d'Aden, tenter sa chance au casino en Slovénie, se perdre dans la jungle de Thaïlande, faire du stop jusqu'en Floride. Le seul lien entre les personnages est l'événement vers lequel tous les regards convergent en mars 2011 : le tsunami au Japon, feuilleton médiatique donnant à tous le sentiment et l'illusion de partager le même monde. Mais si tout se fond dans la vitesse de cette globalisation où nous sommes enchaînés les uns aux autres, si chacun peut partir très loin, il reste d'abord rivé à lui-même et à ses propres histoires, dans l'anonymat.
Dionysos est là. Il arrive depuis toujours. Il vient d'ailleurs, mais il est partout; c'est qu'il est le dieu du théâtre. La tragédie qu'il met en place sera plus tragique qu'une autre, puisqu'il s'agit de lui. Il lui faut un homme qui lui résiste, à qui il puisse faire la chasse pour le prendre dans les filets du délire. Les Bacchantes sont la pièce du délire qui finit mal. Ce n'est pas l'auteur et ce qu'il a pensé qu'on cherchera, ni en deçà de lui, la langue et son rythme. L'athée s'est-il converti? Peu nous chaut. Au théâtre le poète est masqué, sous les masques de ses personnages. La vigueur de la mise en perspective dépend de sa discrétion. Telle est la règle de l'objectivité scénique. L'auteur ne délivre pas de message. La victime n'apporte pas de salut. La fête n'en répand pas moins ses lumières et ses fastes, ses fantasmagories, ses jeux de cirque, ses bouffonneries et ses horreurs. L'initiation cultuelle des mystères dionysiaques s'y est faite initiation théâtrale. La gloire est toujours douce, dira-t-on, même pour le dieu. Toute arme est bonne pour gagner, surtout celle de la dévotion.