L'?uvre de Gherasim Luca pourrait se prêter à la légende d'une traversée du dadaïsme, du surréalisme et de la " poésie sonore ", aventures de la création, qui fondent notre épopée moderne. Elle entretient pourtant avec ces avant-gardes une relation d'intimité qui n'est pas " allégeance " ni dialogue. Dès les premiers textes, l'écriture poétique naît du litige entretenu à l'égard des mythes littéraires, suspecte les récits rétrospectifs et lutte contre toutes les figures édifiantes auxquelles la modernité aime à associer l'écrivain. Elle tire sa singularité d'une intransigeance nourrie à l'encontre de ses propres idéaux. L'intempestif caractérise alors cette voix discordante qui s'empare des représentations philosophiques contemporaines et les place sous une lumière qui révèle subtilement les tensions irrésolues qui les traversent. La poésie est ici la danse de la pensée lorsqu'elle refuse toute précaution, et " comme le funanbule à son fil s'accroche à son propre déséquilibre ". Cette approche poétique de l'abstraction philosophique révèle les désirs qui la nourrissent et dessine, dans la langue, les contours sensuels parcourus par l'idée avant son expression. La poésie de Gherasim Luca, au moment même où elle se voue à la matérialité du langage, inventant son " bégaiement " inspiré, décèle en effet dans cette syntaxe désarticulée le moyen d'une relecture démystificatrice de l'héritage, littéraire et philosophique, dont notre modernité poétique se réclame. Ce questionnement impromptu des valeurs de l'excès et de la subversion qui commandent notre représentation moderne de la littérature se manifeste dans des textes où la place réservée au lecteur est elle-même d'une instabilité radicale. L'interprétation se voit contrainte d'avouer son intéressement et sa violence. La démystification n'est pas la fin ultime de cette ?uvre. La création poétique se voue à la conquête de l'incertitude. S'esquisse une théorie poétique du signe, qui, de recueil en recueil, fait se rejoindre la tragique d'une fuite éperdue du sens et la jubilation d'une chasse vouée à la répétition indéfinie. L'humour, si rarement associé à la poésie en France, devient soudain l'indice d'une distance intérieure du langage qui ne saisit sa proie qu'en se faisant, voluptueusement et désespérément " ombre ". Gherasim Luca poursuit cependant l'invention d'une " physique élémentaire " de la langue poétique. Il refuse le constat ou la déploration de l'absurde, qui contemple mélancoliquement la désertion du langage par les " valeurs " qui fondaient autrefois sa transcendance. Dans l'immanence des qualités plastiques et sonores de la langue, un rythme est conquis. La fuite de la signification, qui se dérobe à mesure qu'elle se construit, devient un geste érotique qui ouvre le discours au surgissement d'autrui. Le langage est-il ici un nouveau dieu trompeur et furtif, tout puissant ? Certes, le rire se glisse imperceptiblement derrière le sérieux de chaque acte aveugle devant ses propres risques et immuablement solitaire : il en révèle la nature théâtrale. Mais la " ruse " du langage s'effondre dès lors que surgit le dernier geste intempestif de cette poésie. Un autre rire éclate dans les mots, rire héraclitéen, qui exerce la séduction du néant pour mieux démentir sa victoire : Gherasim Luca opère l'union improbable de la tradition apocalyptique et de l'humour. L'effondrement humoristique du sens rejoint alors son relèvement : la catastrophe se fait révélation par le rire, et le désir, la silhouette d'un Thanastos énergumène.
Le discours commun de notre époque nous enjoint de " faire rapidement notre deuil " : la souffrance et le manque éprouvés a la disparition d'un proche seraient des atteintes réparables portées provisoirement à l'intégrité de l'individu. Des techniques seraient disponibles pour guérir ces blessures de l'âme.. Contre cette conception positiviste, cet essai analyse les marques laissées par le deuil dans l'écriture de quatre écrivains contemporains. Loin d'apparaître comme un accident secondaire, la confrontation avec le silence de l'être disparu exige de l'écrivain qu'il ré-examine la justification de son exercice de la parole. Epreuve, le deuil l'est donc à plusieurs titres : la mélancolie cesse de se nourrir de fantômes ou de désirs avortés pour découvrir la permanence du lien qui nous attache aux morts. Sans pathos ni grandiloquence, les poètes Claude Esteban et Michel Deguy et les essayistes Roland Barthes et Pierre nichet nous offrent quatre parcours habités par l'insistance des absents, ces témoins de l'inactuel (Roland Barthes). Quatre imaginaires hantés par ce que Jacques Rouhaud a si justement nommé quelque chose, noir. La prédominance de cette tonalité n'empêche nullement l'apparition d'autres nuances-humour, joie, colère, lucidité : celles-là même dont s'enrichit notre relation à la communauté.
Carlat Dominique ; Crétois Pierre ; Goldstein-Narv
Clefs concours s'adressant à tous les candidats aux concours, en particulier scientifiques. Clefs concours offre une synthèse par sujet. Conçu comme un repère par rapport aux monographies et aux cours et comme un outil de révision, chaque ouvrage est articulé autour de fiches permettant de faire le point rapidement, efficacement et intelligemment. Synthèse du travail de spécialistes des questions au programme et de profs de prépa, Clefs concours permet de consolider ses connaissances quel que soit son niveau de départ. Clefs concours Français/Philo. Tous les titres sont organisés autour d'une structure commune: des repères: une dose de culture générale pour bien comprendre la question. Les oeuvres: introduites, expliquées et analysées. Le thème à travers les oeuvres: les problématiques qui structurent le sujet. Des outils pour: resituer (chronologies), parcourir (résumés), se rappeler (points sur les personnages, lieux et références), comprendre (glossaire des notions), restituer (des citations classées). Un texte qui s'adapte à vos besoins, au temps dont vous disposez et au moment où vous vous situez dans vos révisions grâce à un système original de hiérarchisation des informations.
Baudelaire Charles ; Carlat Dominique ; Lagier Val
Dans Folioplus classiques, le texte intégral, enrichi d'une lecture d'image, écho pictural de l'oeuvre, est suivi de sa mise en perspective organisée en six points: Mouvement littéraire: Romantisme finissant, Parnasse et naissance de la modernité; Genre et registre: Un recueil poétique habité par une voix désaccordée; L'écrivain à sa table de travail: Les intertextualités; Groupement de textes: La ville, un nouvel objet poétique; Chronologie: Charles Baudelaire et son temps; Fiche: Des pistes pour rendre compte de sa lecture.
Sous le Second Empire, dans le nord de la France, le jeune Etienne Lantier incite les mineurs à se révolter contre leurs misérables conditions de vie."M. Zola a magnifiquement rendu ce qu'il y a de fatal, d'aveugle, d'impersonnel, d'imprévisible dans un drame de cette sorte, la contagion des colères rassemblées, l'âme collective des foules, violente et aisément furieuse." Le dossier? Des groupements de textes? Les repères historiques, culturels et biographiques? L'étude du genre? Une préparation au baccalauréatNotes Biographiques : Romancier, auteur dramatique, critique artistique et littéraire et journaliste.
« Des bras contre du charbon ». Dans l'immédiat après-guerre, la Belgique cherche de la main-d??uvre pour exploiter ses mines. Elle scelle, en 1946, un accord avec l'Italie qui, en échange de l'achat prioritaire de charbon, enverra des milliers de jeunes travailleurs dans les mines belges.Originaire des Pouilles, Donato est l'un de ces ouvriers mineurs ayant tout quitté pour venir vivre et travailler au Pays noir. Ce livre raconte son histoire, ou plutôt il l'imagine à travers les yeux de Clio, la petite-fille de Donato, partie à la recherche de cette vie que son grand-père n'a jamais racontée.4e de couverture : « Des bras contre du charbon ». Dans l'immédiat après-guerre, la Belgique cherche de la main-d??uvre pour exploiter ses mines. Elle scelle, en 1946, un accord avec l'Italie qui, en échange de l'achat prioritaire de charbon, enverra des milliers de jeunes travailleurs dans les mines belges.Originaire des Pouilles, Donato est l'un de ces ouvriers mineurs ayant tout quitté pour venir vivre et travailler au Pays noir. Ce livre raconte son histoire, ou plutôt il l'imagine à travers les yeux de Clio, la petite-fille de Donato, partie à la recherche de cette vie que son grand-père n'a jamais racontée.Dans ce premier roman d'une extraordinaire inventivité langagière, Éléonore de Duve ravive tout un monde de sensations, de rencontres, d'existences entremêlées. Elle nous plonge, avec une prodigieuse force d?évocation, au c'ur de la jeunesse italienne de Donato, dans les collines lumineuses des Pouilles, jusqu'au noir sans fond de la mine. C'est une quête, aussi prudente qu'aimante, que Donato donne à lire : restituer la consistance d'une vie, en affirmant la capacité de la littérature à dire ce qui a été arraché et tu.Notes Biographiques : Éléonore de Duve est née en Belgique en 1989. Elle vit et travaille à Bruxelles. "Donato" est son premier roman.
Cette anthologie, confectionnée avec soin par Pierre-Georges Castex en 1947, est devenue un classique. Elle se donne pour mission de montrer la richesse du conte fantastique en France, rassemblant trente textes délectables, depuis les débuts (Jacques Cazotte, Charles Nodier, Théophile Gautier, Paul Gavarni...) jusqu'au tournant du siècle (George Sand, Gérard de Nerval, Guy de Maupassant, Guillaume Apollinaire...).