Ces lignes qu'Edmond Jabès adressa à Yaël Cange pourraient suffire à cerner l'extrême singularité d'un style : le poète de L'Infigurable mène une entreprise unique, la mise en oeuvre littérale d'une sorte d'inconnaissable procès de vie. Récit et chant alternés, ce réquisitoire en forme de mélopée s'émaille d'éclaircies et de sombres métaphores. L'auteur manifeste une écriture de l'émotion crue, ou plutôt du désarroi qui en demeure, du saisissement après cession, cela dans une torsion savante de la langue que rythment les halètements et les cris ramenés par le travail poétique à la scansion musicale. Imprécations, révolte du poing mordu, appel déchiré au monde, un verbe en état légitime d'exploration de la douleur, ne trouve d'autre issue que l'âpre musique d'une voix pour apprivoiser le supplice aux creux des signes, là où l'innocence guette enfin, inexpiable. "A l'ange-répond le couteau", dit-elle. Et ailleurs : "la sève est un jardin". Au comble de l'effroi, le plus beau chant revisite l'inhumaine douleur.
Nombre de pages
176
Date de parution
04/05/1995
Poids
374g
Largeur
145mm
Plus d'informations
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EAN
9782904925535
Titre
L'infigurable
Auteur
Cange Yaël
Editeur
DUMERCHEZ
Largeur
145
Poids
374
Date de parution
19950504
Nombre de pages
176,00 €
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Où se trouve le livre, se trouvent aussi le chemin, les mots. Des mots faits de plumes, de roulades et de sang pour mieux en appeler à la douce-amère : Noune ! C'est son nom. Venue jadis des bas-fonds de Séville... Si l'autrice s'adresse à elle, c'est qu'elle lui devient, pas après pas, " le ruisseau ", " le temps ", " le rêve ". Autant d'images qui la hantent comme nous hante ce qui fut ! - et qui n'a pas été. Lieu de mémoire à la fin, où la voix, se voulant désormais de tendresse - dira, non sans regret, combien la vie aura passé sans elle.
Si la force émotive naît de l'image, si l'image se vit en tant que réalités d'autant plus rapprochées qu'elles nous viennent du plus lointain... ces Petites pièces pour voix seule, dès lors, nous donneraient bien à voir et à entendre. Ne supposent-elles pas, en effet, à les lire, chacune, l'une après l'autre, telle vie hors de la vie - et pourtant, ne s'exerçant qu'en elles ? Ici, elles sont le cœur tremblé d'une légende andalouse, qui, pour illusoire qu'elle soit, n'en demeure pas moins au plus près de nous : celle de Doria Blanca qui, découvrant dans son étrange palais le vieil escalier gardé si longtemps secret - aurait bravé les interdits. C'est ainsi qu'elle se serait retrouvée dans l'incapacité d'échapper au sous-sol de la demeure et de ses dépendances. La légende ajoute qu'à bien écouter, chacun perçoit, la nuit, les plaintes de la recluse. Et ce sont bien ces plaintes, brèves, le plus souvent, au langage heurté - que le texte cherche à faire entendre. Elles se succèdent, le structurant d'elles-mêmes, allant de l'appel - à la vocifération, de la vocifération, à la prière. Plaintes plurielles, soit !, mais seules au demeurant, comme l'est celle de l'être en proie à un monde qui lui est hostile. Quelque espoir demeure malgré tout : qu'elles surgissent - montent - cela ne peut être que des entrailles de la terre. Cela ne se peut qu'au cœur du patio.
Résumé : " Selon le principe de la collection regard, Pierre Tilman a pris comme point de départ de son ouvrage l'un des objets des collections d'un musée ; ici, l'Historial de la Grande Guerre, à Péronne, dans la Somme. Il a choisi la Prothèse d'un ?il, objet fait de métal et de verre dont l'ambition est d'imiter la couleur et la texture de la chair. " On dirait un montage dadaïste ou surréaliste ". Agé maintenant de plus de cent vingt ans, le narrateur, entre histoire et fiction, nous conte la vie quotidienne du front et de l'arrière. Il se souvient de ses amis qui nous fascinent toujours Cendrars, Léger, Braque, Picasso, Laurencin, Masson, Picabia, Duchamp... Mais, sur le champ de bataille, quel que soit le génie de ces héros, au moment de la mort, notre humanité n'est plus qu'un cri de peur, un cri déchirant et pathétique : " Maman ! Maman !... ". " Thomas Compère-Morel.