Aller aux mystères de la scène du livre, aux temps de l'A. ant, de son avènement, de son effacement, écrire la joie d'aller à l'écriture, de se laisser aller à la joie qu'il y ait de quoi écrire : Hélène Cixous est dans cette enjambée qui la tient à tous les âges du récit. Au comble de l'écriture. Car l'écrivain est à la fois dans le trait - bête de trait au labour du texte - et au point d'illumination où il arrive qu'on ose oser, où il est donné d'oser écrire. Le livre est alors la fragile embarcation de traversées vouées à l'inconnu ; l'intrigue, ce sont les menées de la langue lorsqu'elle prend par les racines, fait des rejetons, des combinaisons, révélant nos théâtres intimes les plus enfouis. Nos gisants. Tout est langue : là est le territoire où opérer. Ecrire où ça vibre. Dans la veine du devenir. En prenant le parti de la créature et de la création, le livre inscrit la topologie d'un auteur-fantômes. A l'œuvre, Hélène Cixous veille à déconstruire aussi bien les prisons du moi que les prises d'auteur ; à délivrer aux lecteurs un visa pour l'inconnu-soi. L'" Auteur ", ni auctorial ni autoritaire, est le site des revenants et des partants. Il donne jour, donne vie, donne lieux à naissances. Du café à l'éternité dit tout cela : l'infime et le sublime de l'être-au-monde. Et ces traversées dans l'œuvre cixousienne s'efforcent de désarmer la lecture, de lui donner les moyens de l'accueil. L'envol. Un double dispositif, par suite, s'est imposé, qui permet de jouer des distances. L'analyse procède tantôt avec la longue-vue tantôt à l'aide de la loupe, alternant des plages d'essais interprétant les motifs majeurs de l'œuvre, et des passages du texte au crible d'un déchiffrement mot à mot. Ce trajet à deux vitesses a semblé le plus apte à rendre compte de la perpétuelle accommodation qui requiert 1'œi1 de la lecture. Car celle qui écrit est plurielle ; l'écriture de ses voyages est moins métaphore que phosphore : porteuse de lumière, de feu.
Nombre de pages
189
Date de parution
20/11/2002
Poids
365g
Largeur
155mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782718606026
Titre
Du café à l'éternité. Hélène Cixous à l'oeuvre
Auteur
Calle-Gruber Mireille
Editeur
GALILEE
Largeur
155
Poids
365
Date de parution
20021120
Nombre de pages
189,00 €
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
La grande pureté et la transparence de l'air, qui sont une des causes de l'intensité de la couleur bleue du ciel, produisent vers le haut du mont Blanc un singulier phénomène : c'est que l'on peut y voir les étoiles en plein jour ; mais pour cela, il faut être entièrement à l'ombre et voir même, au-dessus de sa tête, une épaisseur d'ombre considérable. L'endroit convenable pour faire cette observation le matin était la montée qui conduit à l'épaule du mont Blanc" (Horace-Bénédict de Saussure). Qu'est-ce qui, pour chaque oeuvre littéraire, fait épaule à l'obscurité considérable qui sera porteuse d'éblouissants étoilements ? D'émotions sans pareil ? Pour Pascal Quignard, écrivain nyctalope qui cherche les secrets du passage au noir, la littérature est cette technique ténébreuse qui fait venir le rêve et éclaire le monde de la beauté de ses images à contre-jour à contre-nuit. Ce livre, qui est une écriture adressée à une écriture, s'efforce de faire et de transmettre l'expérience intime du texte. De se faire l'écho de ce lieu où accueillir les traits de ce qui cherche obscurément à donner naissance aux mystères des origines et des fins. A cela qui appelle. Qui, décidément, s'appelle : littérature.
Tombeau d'Akhnaton entrelace en douze scansions - telles les douze portes de la nuit dans le Livre des morts de l'ancienne Egypte -, un récit doublement archéologique celui d'Akhnaton avec son épouse Néfertiti, le Pharaon hérétique et visionnaire, architecte de la cité solaire ; et celui d'une généalogie de femmes de la vie ordinaire, en France, dans les événements du XXe siècle, historiques ou personnels. Récit de l'impossible, l'on y voit que le Livre est le seul tombeau où recueillir les traces du Pharaon sans tombeau et maudit ; et où garder mémoire des mères-aïeules de la narration que le mystère des albums de famille retient à des années-lumière. Il faut aller loin pour trouver la langue qui approche le plus près de soi : au vif de la perte des êtres aimés. Avec l'écriture - " comme un désir de femme, immortelle et qui va ".
Les textes de ce volume s'attachent au rapport de la philosophie avec la littérature et les arts, au travail de la langue et des langues, ainsi qu'à la lecture, proposée par Derrida, de certaines grandes oeuvres littéraires, en particulier celles de Ponge, Leiris, Genet, Jabès, ou d'oeuvres plastiques, telles celles de Valerio Adami ou de Simon Hantaï. La philosophie est ainsi conduite à reconsidérer la démarche autobiographique, les liens au judaïsme, la problématique du genre et des différences sexuelles, la question du nom; autant de lieux où se rejoue sans fin l'exercice de la déconstruction. La « distance généreuse » c'est l'espace entre la pensée et l'écriture qui offre au mouvement de la pensée des ressources inépuisables et à la langue, des voies nouvelles. Biographie de l'auteur Mireille Calle-Gruben; professeur à l'Université La Sorbonne nouvelle ? Paris III, dirige la publication des ?uvres complètes de Michel Butor à La Différence. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages de fiction: Arabesque (1985), La Division de l'intérieur (1996), Midis. Scènes aux bords de l'oubli (2000) et Tombeau d'Akhnaton (2006).
Qu'est-ce qu'un roman? Qu'est-ce qu'écrire? Dans l'entretien passionnant que Mireille Calle-Gruber fait avec Claude Simon en 1992-1993, la question que se pose tout écrivain reste sans réponse précise car, bien entendu, c'est l'oeuvre, la réponse. "Qu'est-ce qu'écrire pour moi?, demande Claude Simon. Je pourrais vous répondre: avant tout, satisfaire l'envie d'écrire. Ou mieux, satisfaire le besoin que tout homme a d'un"faire"(et si, pourquoi, parmi tous les"faire", l'écriture, je dirai, comme Beckett:"Bon qu'à ça!"...). Mais aussi, comme vous le dites très bien,"le réancrage inlassable du vécu". Toutefois, je ne dirais pas la"création". Ce dernier mot postule en effet: ex nihilo. Or, non seulement nous sommes les héritiers de tous les écrivains qui nous ont précédés, mais encore tout écrivain, loin de partir ex nihilo, use de ce"matériau"(mais peut-on ici employer ce mot?) qu'est la langue, cette langue qui, comme on l'a très justement dit, parle déjà avant nous".
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.