Rédigé avant le premier séjour aux Etats-Unis (1959). Degrés décrit (dés-écrit ?) un cours - "la découverte et la conquête de l'Amérique" - dans un lycée parisien. Filiation oblique (la parenté d'un élève de seconde avec ses deux oncles professeurs) transformée en filage, filature bientôt, une (en) quête par voisinages, dans l'écheveau colossal des références, couvrant la totalité (saluée par Sartre) des réseaux qui s'entrouvrent : le maître d'oeuvre Pierre Vernier se tue à la tâche : les deux adjuvants, relais du narrateur initial, achèvent cette minutieuse carte de navigation dans l'enseignement français. Récit méthodique, juxtaposant passions et structures réifiées dans un tissu continu de vie fonctionnaire, travail exclusif sur les listes, horaires, morceaux choisis, gestes répertoriables, la stéréotypie des désignations et de tout ce qui s'archivise, extériorité et immanence, cela jouant comme matrice d'épisodes romanesques, éveillant progressivement attente, mémoire, désir. Réel insinué de partout, travaillant à la décomposition du roman, résidus décodés d'un humanisme à l'agonie, l'Occident blanc éclate, quand le texte ajuste ces fragments de façon rectiligne (Mondrian) dans un inénarrable collage. Trajet d'une conscience gigantale (rabelaisienne) non directive et qui donc s'y perd, ramenant l'ancien dans l'attente d'un autre continent géographique et mental, ce vieux monde fissuré mais mobile, déjà en partance vers l'espace américain décentré. Nouvelles Indes, notre mort et renaissance.
Nombre de pages
389
Date de parution
20/01/1978
Poids
370g
Largeur
125mm
Plus d'informations
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EAN
9782070297344
Titre
Degrés
Auteur
Butor Michel
Editeur
GALLIMARD
Largeur
125
Poids
370
Date de parution
19780120
Nombre de pages
389,00 €
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Dès la première phrase, vous entrez dans le livre, ce livre que vous écrivez en le lisant et que vous finirez par ramasser sur la banquette du train qui vous a conduit de Paris à Rome, non sans de multiples arrêts et détours. Le troisième roman de Michel Butor, paru en 1957, la même année que La jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Le vent de Claude Simon et Tropismes de Nathalie Sarraute, reçut d'emblée un excellent accueil de la critique. Couronné par le prix Renaudot, traduit dans vingt langues, c'est encore aujourd'hui le plus lu des ouvrages du Nouveau Roman.
En 1821, l'éditeur Diabelli proposa un thème à une cinquantaine de compositeurs pour "réaliser un panorama du monde pianistique contemporain". Beethoven refusa d'abord, puis livra 33 pièces qui formèrent le premier volume de l'ouvrage, tous les autres compositeurs se trouvant, rassemblés dans le second. Partant de cette donnée, Michel Butor improvise un "dialogue" sur les rapports délicats entre le prince et l'artiste, entre l'auteur et l'éditeur, ainsi que des variations musicales sociales, poétiques, mythiques d'une grande richesse.
Résumé : Des mots dans la peinture occidentale ? Dès qu'on a posé la question, on s'aperçoit qu'ils y sont innombrables, mais qu'on ne les a pour ainsi dire pas étudiés. Intéressant aveuglement, car la présence de ces mots ruine en effet le mur fondamental édifié par notre enseignement entre les lettres et les arts. Toute notre expérience de la peinture comporte en fait une considérable partie verbale. Nous ne voyons jamais les tableaux seuls, notre vision n'est jamais pure vision. Nous entendons parler des oeuvres, nous lisons de la critique d'art, notre regard est tout entouré, tout préparé par un halo de commentaires. Ce n'est pas seulement la situation culturelle de l'oeuvre, mais tout le contexte dans lequel elle se présente à nous qui est transformé par le titre : la signification de cette organisation de formes et couleurs change tout au long de la compréhension parfois fort progressive de ces quelques mots. La composition la plus "abstraite" peut exiger que nous lisions son titre pour nous déployer toutes ses saveurs, toutes ses vertus. Michel Butor
Le richissime Philip Brooke vient de mourir, laissant derrière lui un patrimoine grandiose : le plus beau manoir du Sussex, datant du XVIII ? siècle et comprenant pas moins d'une vingtaine de chambres, entouré d'un domaine luxuriant de centaines d'hectares. Mari volage et père absent, il n'est regretté ni de sa femme ni de ses trois enfants. En revanche, sa vaste fortune déclenche des conflits galopants dans la famille car chacun veut mettre la main sur cette succession hors norme. Le clan Brooke réussira-t-il à ne pas voler en éclats avant le jour de l'enterrement ? Drame familial haut en couleur et en tensions, Nos héritages nous plonge dans les arcanes fascinants d'une famille d'aristocrates britanniques tiraillée par l'argent et les secrets du passé. Anna Hope signe ici son grand retour au roman, qui comblera les lecteurs de Nos espérances.
Raymond Guérin est fasciné par la lettre, qu'il s'agisse de la forme littéraire qui structure certains de ses récits ou d'une véritable correspondance. A tous les titres, de la pratique de l'échange à l'exercice de l'imagination, il est un épistolier. Les Lettres à Sonia sont certes une correspondance réelle entre un écrivain et la femme qu'il aime, séparés par la guerre et la captivité, mais elles sont aussi et au moins autant un journal, et encore une projection, une mythologie, bref c'est un récit qui se donne. Journal ou récit qui est adressé à l'autre, destinataire et matière sacrée de l'écriture. En contre-point, Guérin brosse son portrait intérieur, il évoque le quotidien du prisonnier dont la vie personnelle, comme celle du monde, est soumise aux ruptures de l'histoire. Ecrivant ces Lettres qui sont un roman, Guérin s'inscrit dans une fièvre d'expression que son étrange disponibilité ne peut qu'aviver. Digne dans l'épreuve, répondant par les mots à la misère du temps, il dresse au jour le jour un monument de résistance à la barbarie, fondé sur l'amour et la foi dans le verbe. Le monde de l'intelligence le nourrit plus que jamais et s'érige en rempart contre la sottise. Dans les Lettres à Sonia, Guérin se montre bouleversant de droiture et de lumière.
Salonique, 1913, aux confins du monde grec, du monde ottoman : la poudrière des Balkans, où se pressent empires, nations en devenir, religions et révolutionnaires. Dans quelques semaines, ce sera l'assassinat du roi Georges Ier de Grèce ; dans un an, l'attentat de Sarajevo et les débuts de la Grande Guerre. Lorsque le corps d'un professeur de droit parisien est découvert dans le cimetière juif de la ville, Thomas More est sollicité par les autorités locales pour résoudre ce crime. Secondé par le jeune Paul Seligmann, il exhumera bien d'autres drames. Comme en équilibre sur un fil, il assistera aussi à la naissance d'un amour, avant qu'un monde ne disparaisse.
A ma façon, je suis un immigré et un fils d'immigré. Mon père américain, l'un des soldats du débarquement allié du 6 juin 1944, avait fini par prendre racine en Normandie, où j'ai été élevé après ma naissance aux Etats-Unis. C'est sans doute pourquoi je suis un amoureux de tout ce qui fait la France - la grâce de la langue, le charme ordonné des paysages, l'esprit critique, les prodiges de la gastronomie, la civilité, la gauloiserie, la nostalgie des gloires passées. Alors que notre pays est entré dans une époque de grandes turbulences, j'ai cherché, pour clore mon Histoire intime de la V ? ; République, à connaître d'où nous venons afin de comprendre ce qui nous est arrivé. Tout est lié : nos passions idéologiques, nos haines recuites et la tentation de l'abîme qui nous ont menés là où nous sommes. Autant de singularités qui, avec une certaine indolence, ne datent pas d'hier. C'est pourquoi je vous invite à un voyage dans la France d'avant, celle du XX ? siècle, que j'ai vécue en partie aux premières loges comme journaliste, celle du redressement industriel et du triomphe de la variété française qui faisait chanter la planète avec Dalida ou Bécaud. Je vous emmènerai aussi dans l'histoire plus ancienne, de la Révolution de 1789 à la Commune de 1871, où se lisent déjà les traits distinctifs de notre caractère national et dont les graines continuent de germer. Avec toujours la même question lancinante : mais qu'attend donc ce pays merveilleux pour se réveiller ? F. -O. G.