Des paysans, un voyageur, des amoureux, un aveugle, un faucheur, un cultivateur, un mari jaloux, une courtisane, un assassin, une victime, un philosophe, un marchand, un médecin, un poète, une ballerine, un Persan, un grand seigneur, un sage, une artiste? toute une population humaine anime ces pages aux côtés du Temps, de la Destinée, de la Vie, de la Mort, de l'Amour et de l'Amitié, à l'image d'un monde imaginaire dont la reine serait celle qui a connu les joies de l'enfance et l'éblouissement de l'amour ? et qui reste inconsolable de les avoir perdus.Plongée dans l'univers clair-obscur, rires et larmes mêlés, de Marguerite Burnat-Provins, qui nous entraîne des contrées intemporelles du conte au c'ur des Flandres et du Valais en Suisse.
Marguerite Burnot-Provins (Arras 1872 - Grasse 1952) a connu le succès avec un recueil de poèmes en prose, Le livre pour toi (1907) qui fit scandale à l'époque parce qu'il exaltait la beauté du corps masculin. Les deux textes présentés ici exploitent une autre veine, celle de la rêverie exotique, qui n'est cependant jamais bien loin, littérairement, de l'érotisme.
Voilà une figure de femme d'engagement et de liberté ! Voilà une artiste qui a su chanter l'amour, sans tabou, en s'appuyant sur toute la gamme des sensations et en osant affirmer sa puissance. Marguerite Burnat-Provins a su chanter l'amour pour son amant avec des accents très sensibles et de manière tout à fait affranchie. Le 24 juin 1906, elle rencontre à Savièse l'ingénieur sédunois Paul de Kalbermatten. Coup de foudre. En 1907, elle publie Le Livre pour toi, cent poèmes d'amour à Paul, retiré de la vente, puis édité à Paris. Qui sera suivi, en 1910, par Cantique d'été. Dans une langue ardente, elle se révèle une amoureuse passionnée. Cette relation avec Paul et les voyages qu'elle entreprend à ses côtés lui permettront un peu de dépasser les aléas de la vie, les problèmes de santé, ainsi que les difficultés à faire reconnaître son travail artistique. Après son divorce avec Adolphe Burnat, elle épousera Paul à Londres en 1910, et le couple passera deux ans en Egypte avant de s'installer à Bayonne à la veille de la Première Guerre mondiale.
Vous et Poèmes troubles ont recours à la forme brève, épistolaire ou poétique, pour dire à nouveau le désir d'autrui et l'amour blessé. Sur le ton du souvenir et de la confidence, celle qui dit je s'adresse, ici comme là, à un énigmatique interlocuteur, dans l'attente de rompre le cercle de sa solitude. On retrouve dans ces deux textes, publiés en 1920 chez Sansot, l'ardeur et la sensualité qui animaient, dix ans auparavant,Le Livre pour toi et Cantique d'été, qu'Infolio vient de rééditer: ces quatre recueils forment un ensemble très émouvant. Marguerite y transpose, toujours avec cette ferveur qui la caractérise, ses peurs intimes et ses secrets espoirs. Le temps qui passe n'apaise ni sa fougue ni sa foi en une vie intense.
Coeur meurtri, orgueil blessé, la confidence s'élève en accents véhé- ments, fustigeant les âmes sèches, exaltant les vraies richesses. L'art et la nature sont les deux pôles sur lesquels s'appuie la vision d'un monde épuré de la fausseté des masques et des scories de la mondanité. Le visage appuyé aux barreaux, une femme regarde vers la vallée et parle à une autre femme. Elle raconte son long compagnonnage avec la nature, loin des miasmes de la ville, à la recherche d'une pureté que seuls peuvent accorder le monde naturel, les plantes, les oiseaux. La confidence s'infléchit dans de brefs poèmes, chantant l'amour, énergie vitale, louant la simplicité d'une vie vouée aux vraies valeurs. Parfois la voix pleure la confiance massacrée par les âmes sèches, la perte de l'innocence d'un coeur naïf victime de la méchanceté d'autrui. Enfin vient le bilan d'une vie tout entière offerte à l'art, ce grand rédempteur, mais qui laisse l'artiste face à l'inexorable solitude de l'être humain.