Charles Bugnet, officier d'ordonnance de Foch (1851-1929) après l'armistice, offre dans ce livre, inédit depuis sa première publication chez Grasset en 1929, un portrait capital du généralissime des armées alliées pendant la Grande Guerre. Non pas une statue cavalière, mais un portrait vivant. On y trouve tous les éléments biographiques indispensables de la carrière du maréchal dits par lui. L'authenticité se joint à la verdeur. Foch apparaît, plein de vigueur et d'esprit. On le suit sur le champ de bataille de la Marne ("A la Marne ? Oui, ça allait fort, nous n'avons pas trop mal tenu"). On s'amuse avec lui de son absence de vanité ("J'ai plus de vingt grands cordons. Me voyez-vous avec cela ?"). On se répète ses maximes ("On ne réussit que par ce qu'on vaut"). Surtout, on admire "ce pouvoir de produire", intellectuel et pratique, qui frappe à chaque page par sa netteté et son courage. Comme l'écrit dans sa préface inédite celui qui a été l'un des plus grands ministres de la Défense de la Ve République, Jean-Yves Le Drian, aujourd'hui ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, "écouter Foch tel que Bugnet nous le donne à lire, c'est découvrir une admiration sincère, une affection presque filiale que l'officier d'ordonnance éprouve pour le maréchal de France. Ce qu'il admire le plus peut-être, ce qu'il nous révèle à coup sûr, c'est la concentration de toutes les facultés, morales autant qu'intellectuelles, chez cet homme qui assuma les responsabilités historiques les plus écrasantes. Car y a-t-il décisions plus graves que celles dont les conséquences, la victoire ou la défaite, engagent le salut même de la patrie ?".
La révolution numérique atteint son apogée, celle des intelligences artificielles. Nous sommes désormais pris en charge. Les outils et les algorithmes nous interpellent, nous encadrent, nous guident, choisissent à notre place. Répondent aux questions que nous ne nous posions pas. Jouent avec nous. Se jouent de nous. Cette dernière révolution nous laisse amers et épuisés. Nos cerveaux sont saturés de dopamine, ne connaissant ni vide, ni repos. Tout comme nos yeux, nos doigts, nos corps. Nos vies sont fragmentées, à l'image du monde. Peut-être devenons-nous des mines à ciel ouvert, aspirés et malmenés par le monde de la donnée, au coeur du d'une réalité qui semble elle-même s'effacer ? Telle n'était pas la promesse du progrès et nous voici pris de vertige : sommes-nous entrés dans une nouvelle civilisation, à la croisée du sommeil perdu, de l'hypnose et de la soumission ? Ou bien vivons-nous la dernière heure de l'homo sapiens ? " Dans la foulée de ses grands succès (La civilisation du poisson rouge, Sortir du bocal, Submersion), Bruno Patino nous livre un court essai prophétique, plein d'idées, d'hypothèses, de portraits, de lectures, de solutions.
Si la littérature est le lieu où la réalité se révèle de la manière la plus saisissante et la plus dérangeante, alors ce roman est un grand livre de littérature ! Un juge du régime des mollahs, condamné à perpétuité, écrit en prison : " Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels. " Il raconte son enfance misérable, partageant la chambre d'un grand-père moribond dont il est le " garçon-pipi " , puis l'amour de sa vie, incestueux mais merveilleux, de la perte duquel il ne se remettra jamais. Pour épuiser sa douleur et sa haine, il s'enrôle à la guerre. " J'étais en guerre contre mon destin, et on me donnait une arme et un champ de bataille". Adolescent en quête de martyr, il est envoyé dans une école religieuse pour devenir juge et se prend pour le " Talleyrand iranien " . Il décrit les ressorts d'un régime de terreur, de tortures, de trafic d'organes, d'espionnage généralisé... Un incident va l'inciter à rendre visite à une adolescente en prison, puis, en catimini, à 117 autres jeunes et belles détenues. " Le viol me révulsait, me rebutait, vous comprenez ? J'avais besoin d'être admiré. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. Je les traitais comme des femmes courtisées. Je rendais hommage à leur féminité bafouée. " Alors, ce " violeur attentionné et délicat " , qui reconnaît avoir condamné à mort des innocents, est-il un bouc-émissaire qui paie pour les crimes d'un régime dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience dénonce encore plus la profonde perversion ? Au lecteur de juger. Peut-on être à la fois victime et bourreau ? On se sent mal à l'aise à ressentir de l'empathie pour ce criminel, voire à s'identifier à lui.
Chaque année Sorj Chalandon nous dit qu’il n’écrira plus de livre sur son père, et pourtant, chaque année il y revient. Cette fois il touche le sujet en plein cœur, puisqu’il décrit son errance dans les rues de Paris lors de sa fugue à 17 ans. Il y conte l’adolescence, la rage contre l’injustice, l’engagement, les coups durs et surtout, les belles rencontres salvatrices. Cette fois encore Chalandon m’a émue par sa sincérité et la qualité de sa plume.
Depuis la Première Guerre mondiale, les armes de guerre sont devenues de plus en plus sophistiquées au fur et à mesure que l'industrialisation et l'informatisation ont pris le pas sur la conception et la fabrication. Chars et véhicules blindés, Encyclopédie visuelle est un répertoire des 1 000 plus beaux chars, jeeps, camions, véhicules d'infanterie à roues et chenillés, véhicules amphibies, véhicules du génie, d'artillerie autopropulsée et véhicules blindés construits au cours des cent dernières années. Classé chronologiquement, le livre fournit un guide visuel complet sur le développement de 1 000 des plus intéressants véhicules de combat blindés. Chaque véhicule est représenté par des illustrations en couleur, avec un point de vue de profil ou de trois-quarts, montrant en détail ses caractéristiques. Parmi les véhicules présents, on trouve de grands noms comme Abrams, Sherman, Panther, les chars T-34, et bien d'autres. Avec 1 000 illustrations colorées remarquables, Chars et véhicules blindés, Encyclopédie visuelle est un véritable livre de référence qui ravira les passionnés de l'histoire militaire moderne ou des véhicules terrestres de guerre.
Ultimes violences et atteintes à l'environnement, politiques d'occupation et d'épuration, retours de celles et ceux que le conflit a déplacés, reprise d'une vie intime de temps de paix, démobilisation culturelle, prise en charge de séquelles physiques et psychologiques, processus de deuil et de mémoire : il est aujourd'hui admis qu'une sortie de guerre débute avant la fin officielle des hostilités et qu'elle se poursuit longtemps après que les armes se sont tues. Qu'il s'agisse des conflits religieux ou étatiques qui déchirèrent l'Europe du XVle au XIXe siècle, des profondes meurtrissures de la guerre civile américaine, des bouleversements provoqués par les deux conflits mondiaux ou encore des lourdes conséquences des conflits asymétriques du second XXe siècle, sortir de la guerre fut et demeure un mécanisme complexe. Il était donc nécessaire de l'envisager sur la longue période à la fois comme objet d'histoire et parce que les résonances actuelles, de l'Ukraine au Proche-Orient, sont nombreuses. C'est toute l'ambition des auteurs dirigés par Guillaume Piketty dans cet ouvrage aussi complet et original que novateur.
Roberts Hilary ; Aubin Nicolas ; Lecoq Sophie ; Ga
LA PHOTOGRAPHIE DE GUERRE AU SERVICE DE LA PROPAGANDE RETOUR SUR 110 ANS DE MANIPULATION. On dit que l'appareil photo ne ment jamais. Mais dans le domaine de la photographie de guerre, sa vérité est sujette à d'extrêmes distorsions. Choix du cadrage, hors champ, exposition... mais aussi retouche, voire photomontage et création pure : la vérité représentée est surtout question de choix. Et d'intention. Des débuts de la photographie, au milieu du xixe siècle, à nos jours, de la guerre de Sécession à la guerre en Ukraine, Hilary Roberts décrypte 170 ans d'arrangements avec la réalité, au service de la morale nationale, du subterfuge et du contrôle. S'appuyant sur un vaste corpus d'images sélectionnées dans des archives du monde entier, elle détaille le contexte et l'utilisation de chacune, les replaçant dans le cadre plus général du discours dominant de l'époque. Un moment de recul et d'analyse plus que nécessaire alors que les outils de création et de retouche d'images n'ont jamais été si disponibles et si faciles d'utilisation, les fake news, si nombreuses, et la volonté de désinformer, si forte.