Extrait de l'avant-proposNapoléon vu par Abel Gance reçut un accueil triomphal lors de la première à l'Opéra de Paris en avril 1927. Mais ce que le public vit ce soir-là n'était qu'un abrégé de la version définitive qui, elle, ne fut montrée, en projection privée, que le mois suivant et s'attira d'ailleurs un concert d'éloges encore plus enthousiastes. Le film était tellement en avance sur son temps qu'il semblait destiné à devenir le plus grand jamais réalisé et à envahir les écrans du monde entier. Mais il se produisit quelque chose de mystérieux. Le film disparut. Durant des mois, on n'en eut plus aucune nouvelle. D'autres productions à grand spectacle, venues des États-Unis, retinrent l'attention de la presse et du public. Quand enfin réapparut Napoléon, ce ne fut pas dans sa version définitive tant attendue mais à nouveau dans une version courte. Et quatre mois plus tard, quand la soi-disant version définitive fut projetée au Gaumont Palace, on aurait dit un tout autre film, tant il avait subi d'altérations. Les spectateurs n'applaudissaient plus, ne se bousculaient plus. Ils semblaient perplexes et s'ennuyer. En moins d'une année, le souvenir du chef-d'oeuvre sans égal avait été effacé par la faute de versions bâclées. En Amérique, ce fut un fiasco. On le rangea parmi les «films quelconques», de ceux qui sont voués à faire perdre beaucoup d'argent à leurs producteurs.Ce mystère m'a intrigué pendant bien des années. Quand pour la première fois j'ai vu Napoléon, j'étais encore au lycée. Et j'en ai alors été si impressionné qu'aussitôt je me suis mis en tête de rencontrer l'homme qui l'avait réalisé. Et quand j'y suis parvenu, j'ai tenté de savoir ce qui s'était passé. Il m'a livré sa version du désastre, mais sans jamais pouvoir m'expliquer les faits d'une manière satisfaisante, peut-être parce que la blessure était toujours ouverte. Si je ne pouvais alors éclaircir le mystère, au moins pouvais-je essayer de remettre les choses à leur place et rétablir la réputation du film dans les livres d'histoire. J'ai donc commencé à écrire à son sujet, à donner des conférences et à en montrer diverses versions. Et c'est ainsi que je me suis bientôt retrouvé à tenter de reconstituer le film. Ce fut un long et lent processus qui me prit plusieurs années avant d'arriver au résultat final. Mais même alors, il n'éveilla guère l'intérêt. Personne ne voulut le montrer.Finalement, le Napoléon reconstitué fut présenté au festival le plus improbable que l'on puisse imaginer, celui de Telluride, dans les montagnes Rocheuses du Colorado. Ce qui fut encore plus extraordinaire, c'est qu'Abel Gance, alors âgé de quatre-vingt-neuf ans, fit le déplacement de Nice pour aller le voir. À partir de ce moment-là, le mouvement de résurrection de Napoléon s'est enclenché jusqu'à ce que le film crève l'écran à Londres et à New York, accompagné par des orchestres symphoniques au grand complet et déchaînant un enthousiasme tel qu'on n'en avait plus connu au cinéma depuis sa première triomphale à Paris en avril 1927.Abel Gance considérait Napoléon comme un héros de tragédie. Mais lui-même avait en lui plus d'un trait du héros tragique. Il avait affronté la mort dans sa jeunesse suite à une tuberculose; une bonne partie de ses amis proches avaient été tués durant la Première Guerre mondiale; sa fiancée avait succombé à la tuberculose durant le tournage de son film La Roue; il avait dû abandonner la série de films qu'il projetait de consacrer à Napoléon alors que seul le premier avait été réalisé. Jamais plus il ne put bénéficier des ressources financières ou des conditions nécessaires à la réalisation de ce genre de films dont il avait pourtant montré qu'il était le maître incontesté.«Il y a des gens comme ça, disait l'acteur Robert Vidalin qui a joué dans Napoléon, qui sortent des cadres de la condition ordinaire. Abel Gance était un être tout à fait exceptionnel. Il n'était pas seulement poète, écrivain et acteur, c'était aussi un merveilleux réalisateur et, dans une certaine mesure, un ingénieur. Et en même temps, il était tellement simple. Il aurait pu mener plusieurs carrières de front. Il était doué pour tout; grand romantique, il était aussi remarquable en ce qu'il avait la capacité de créer un rapport avec les gens et d'enrichir leurs vies. Un homme marqué par le génie. Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi la France l'avait laissé tomber comme elle l'a fait. Mais l'ingratitude fait partie du propre de l'homme.»
Les débuts de Hollywood appartiennent à l'épopée de l'Amérique ; c'est une des périodes les plus aventureuses, les plus folles et les plus brillantes que le monde du spectacle ait jamais connues.Dire comment un faubourg de Los Angeles est devenu la capitale du cinéma mondial, c'est raconter l'histoire de fortunes faites du jour au lendemain, de l'édification des grands empires de la production, de procès truqués, d'ascensions et de chutes, de carrières de stars détruites par leur propre firme, et enfin du coup d'arrêt porté à cette période héroïque par l'apparition du cinéma sonore. C'est évoquer des noms qui résument encore cet art et cette industrie : Edison, Griffith, Walsh, Erich von Stroheim, Mack Sennett, Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Cecil B. DeMille, Buster Keaton, Lon Chaney, King Vidor, Gloria Swanson, Valentino, Greta Garbo.Cette histoire est aussi un album de photos, inédites pour la plupart.En même temps que l'envers du décor, elles révèlent le grand art de ces héros inconnus que furent les photographes de plateau.Elles montrent les films muets (que l'on associe trop souvent à des images rayées et sautillantes) pour ce qu'ils étaient : des oeuvres d'art d'une grande beauté plastique, d'un sens du spectaculaire qui n'a jamais été retrouvé depuis.
En 1966 sort En Angleterre occupée (It Happened Here), fiction historique tournée par deux jeunes Anglais, Kevin Brownlow et Andrew Mollo, racontant l'invasion et l'occupation de l'Angleterre par les nazis en 1940. Tourné à peu de frais en dehors du système classique de production, En Angleterre occupée suscite les réactions les plus vives et diverses, avant de s'imposer auprès de la critique et du public. Ce livre est le récit d'un tournage mouvementé, qui prit huit ans à deux cinglés de cinéma. On verra comment, à travers de multiples péripéties, ce qui était à l'origine un film d'amateur, passa du 16 au 35 mm et fut présenté au London Pavilion, l'un des plus grand cinémas de Londres, et dans plusieurs festivals. Kevin Brownlow fait preuve d'un vrai talent de conteur et nous livre un document passionnant, non dépourvu d'humour britannique, sur la genèse d'un film hors normes, au sujet brûlant, qui témoigne de l'incroyable inventivité du jeune cinéma anglais au détour des années 1960.
La Parade est passée est l?opus magnum de l?historien du cinéma muet Kevin Brownlow. Best-seller international, jamais traduit en France, ce livre rassemble les témoignages des plus grands acteurs et réalisateurs de l?âge d?or du cinéma muet d?Hollywood. Au fil des pages, le monde de Louise Brooks, Douglas Fairbanks, Buster Keaton ou Gloria Swanson revit sous la plume alerte et érudite d?un homme qui, à lui seul, a contribué à sauver des dizaines de chefs-d??uvre du cinéma américain. Auteur de nombreux ouvrages historiques ou études, Kevin Brownlow est aussi le plus grand spécialiste du Napoléon d?Abel Gance auquel il a redonné vie en le préservant puis en le restaurant.A l?automne 2010, lors d?une cérémonie à Los Angeles qui distinguait également Francis Ford Coppola et Jean-Luc Godard, la communauté d?Hollywood a remis à Kevin Brownlow un Oscar d?honneur pour l?ensemble de son ?uvre de sauvegarde du cinéma muet américain. Richement illustré d?environ trois cents documents iconographiques, ce témoignage inestimable donne enfin au cinéma muet ses lettres de noblesse et démontre son pou-voir de séduction et d?émotion sur le public contemporain. L?institut Lumière lui consacre en octobre l?édition 2011 de son festival.
Gance Abel ; Pathé Charles ; Brownlow Kevin ; Tama
Résumé : Ces 210 lettres inédites nous mettent face à deux personnages de l'histoire du cinéma, que tout paraît opposer : Abel Gance est un metteur en scène pour qui l'expression " septième art " semble inventée, Charles Pathé est un industriel soucieux de réunir le grand public. Leurs âges (Charles Pathé est de vingt-six ans l'aîné), leurs métiers et façons de faire des films sont a priori différents. C'est pourtant cette opposition, nourrie d'espérance, de partage, de fidélité, parfois de désillusion et de colère, qui fait la singularité et la richesse de leur relation - entretenue durant près de quarante ans. Leurs échanges débutent à la fin de la Première Guerre mondiale, alors que l'hégémonie du cinéma français est fortement ébranlée par l'extension des studios américains. En 1918, Abel Gance, fort du succès de ses premières réalisations, commence à être reconnu par ses pairs. Charles Pathé est quant à lui un industriel renommé, mais sa multinationale, créée en 1896, a essuyé d'importantes pertes de marchés. Tandis que l'un est au début de sa carrière, l'autre cherche le moyen de conserver sa place. Cependant, les vues de l'industriel et du cinéaste ne sont pas si éloignées. Charles Pathé trouve en Gance un auteur qui lui permettra de poursuivre ses réflexions et même de les appliquer. Quant au metteur en scène, chef de file de l'avant-garde française, il n'oppose pas création et cinéma commercial et s'appuie sur celui-ci pour trouver des capitaux. De J'accuse (1919) à La Roue (1923) puis Napoléon (1927), les projets naissent et s'accomplissent avec ferveur. Mais les réalisations pharaoniques de Gance, en pleine crise du cinéma, ne sont pas sans créer de frictions. Les ressentiments éclatent quand l'heure des comptes arrive. Le passage au cinéma sonore, marquant la fin de la démiurgie de Gance ainsi que le retrait des affaires de Charles Pathé, laisse place aux écrits mélancoliques. C'est dans l'expression mouvante de leur sensibilité et de leur pensée du cinéma que cette correspondance, miroir des enjeux de son temps, prend tout son intérêt.
Où en sont les relations internationales face à la révolution Trump ? Qui va remporter le duel Chine-Etats-Unis ? L'Europe trouvera-t-elle sa place ? Comment s'affirment les puissances émergentes ? Quelles seront les conséquences géopolitiques de la guerre en Ukraine et de l'intensification des conflits au Proche-Orient ? Les évènements de la scène internationale ont de plus en plus de conséquences sur notre vie quotidienne. Pourtant, ils restent parfois difficiles à appréhender. Dans le flux incessant de l'information, il n'est pas toujours facile de prendre le recul nécessaire pour saisir les enjeux d'une planète mondialisée. Pascal Boniface livre, dans cet ouvrage, une vision globale d'un monde complexe et en mutation. Il décrypte l'actualité et nous aide à en comprendre les multiples ressorts. La nouvelle édition de cet atlas propose 100 cartes actualisées et accessibles qui permettent de synthétiser les phénomènes majeurs des rapports internationaux.
Initiation à la linguistique française" présente de manière accessible mais complète les domaines de la linguistique : langage et communication, phonétique et phonologie, syntaxe, morphologie, sémantique, pragmatique. Cette synthèse offre aussi un état actuel des connaissances en philosophie du langage et de l'esprit, psychologie cognitive, neurosciences et pragmatique cognitive. Conçu à partir d'un cours universitaire accompagné de travaux pratiques, cet ouvrage est le fruit d'une longue expérience d'enseignement auprès d'étudiants de littérature, de linguistique et de psychologie en première année de licence. Cette troisième édition entièrement revue a été augmentée d'un chapitre sur les implicatures et d'un chapitre sur la sociolinguistique du français.
Résumé : Un éclairage à contre-courant sur les questions internationales qui agitent le débat public. Tel un virus, les idées reçues circulent largement et rapidement. Nous pouvons tous être contaminés, parfois sans en être conscients. Elles ont l'apparence de l'évidence, mais elles masquent la réalité. En interrogeant les idées reçues les plus répandues concernant les relations internationales et la géopolitique, Pascal Boniface remet les réalités du monde contemporain en perspective. Grâce à une vision globale et un sens de la pédagogie, il déconstruit les jugements à l'emporte-pièce, qui ne résistent pas à un examen scrupuleux des rivalités géopolitiques. Cette édition 2025 apporte des éclairages supplémentaires sur le rôle de l'ONU, le conflit israélo-palestinien, la guerre en Ukraine, les guerres invisibilisées, l'irruption de la morale dans les relations internationales, l'origine de l'islamophobie.
Pourquoi les hommes parcourent-ils le monde ? Serait-ce la quête du pouvoir et de la gloire qui pousse les conquérants hors de leurs frontières ? La curiosité et la soif de savoir qui guident les pas des explorateurs ? Ou encore l'effervescence commerciale qui ouvre les grandes voies d'échanges entre les hommes ? Christian Grataloup répond à ces questions dans un tour du monde en images. Il suit ainsi les axes ancestraux que sont les routes la soie, des épices et des fourrures ; retrace les périples des explorateurs comme Christophe Colomb, Abel Tasman ou Guillaume Le Gentil ; et fait la part belle à des objets de curiosité d'apparence anodine ainsi qu'à des histoires insolites. L'ananas se révèle ainsi être le fruit de la mondialisation, la girafe un animal hautement diplomatique et l'étrier l'instrument décisif de grandes batailles. C'est ainsi qu'à partir d'un objet, d'un événement, d'un personnage, ce spécialiste de la "géohistoire" explore les grands mouvements de l'histoire des hommes et du monde.
Si vous aussi, vous ressentez l'envie d'échapper à l'hystérie de l'époque en faisant un pas de côté et en tournant le dos au jeunisme ambiant, cette revue est faite pour vous. Elle vous fera replonger dans des oeuvres parfois oubliées, rencontrer des personnages hauts en couleur, mémoires encore vivaces de notre patrimoine culturel, vous permettant de satisfaire vos goûts de jeune ou de vieux Schnock. Ni rétrograde, ni passéiste. Schnock, donc. Tout bonnement. Alors rejoignez-nous ? ! Après vous...
Balasko Josiane ; Blanc Michel ; Chazel Marie-Anne
La saga du Splendid racontée par les artistes eux-mêmes, cinquante ans après la naissance de la troupe.Ce sont les acteurs de tous les superlatifs : super drôles, super cultes, super amis pour la vie. Pour la première fois, les voici réunis pour raconter leur histoire, celle d'une troupe nommée " Le Splendid " qui, en quelques années, a vu des copains de lycée se hisser au rang de superstars de la comédie française.De leur rencontre à la fin des années 1960 au succès des premiers Bronzés en 1978, le temps a filé comme un fou rire sur les planches des cabarets du Club Med et du café-théâtre de la rue des Lombards.La suite est aussi célèbre que les plans foireux de Jean-Claude Dusse ? " sur un malentendu, ça peut marcher " ? ou que le kloug de M. Preskovitch. Grâce à des répliques que les fans se répètent sans se lasser, les comédiens du Splendid sont devenus des icônes de la culture populaire au point d'avoir leur place au musée Grévin.Ils nous ouvrent ici leur album de famille, racontent leur parcours et commentent avec plaisir et humour des photos dont beaucoup sont issues de leurs collections personnelles.
Il est impossible de croire sérieusement, comme les deux héros du célèbre film d'Hitchcock Fenêtre sur cour, que leur voisin aurait tué sa femme, puis l'aurait découpée en morceaux devant les fenêtres ouvertes d'une trentaine d'appartements. Mais leur délire d'interprétation n'a pas pour seule conséquence de conduire à accuser un innocent. Il détourne l'attention d'un autre meurtre - bien réel celui-là - qui est commis devant les spectateurs à leur insu et mérite l'ouverture d'une enquête. "La démonstration séduit par son intelligence, la logique de son argumentation et une pointe d'humour fort plaisante". Emmanuelle Giuliani, La Croix "Un récit haletant, fougueux et d'une drôlerie intrinsèque, qui se dévore comme un bon polar". Gérard Lefort, Les Inrockuptibles Hitchcock s'est trompé s'inscrit dans un cycle qui comprend Qui a tué Roger Ackroyd ? , Enquête sur Hamlet, L'Affaire du chien des Baskerville, La Vérité sur "Ils étaient dix" et Odipe n'est pas coupable. Ces ouvrages de "critique policière" visent à résoudre des énigmes criminelles tout en menant une réflexion sur la littérature et l'art.