Poète russe et citoyen américain, Joseph Brodsky, né en 1940, Prix Nobel à quarante-sept ans, est entré dans l'histoire littéraire, il y a vingt-quatre ans, par un procès qui était celui du non-conformisme dans une société close aux normes esthétiques rigides. Condamné en mars 1964 par un tribunal de Leningrad à cinq ans de déportation pour "parasitisme", il émigre en 1972, peu après son retour d'exil. Il se fixe aux Etats-Unis où il enseigne dans différentes universités, et adopte parfois l'anglais dans ses essais critiques et autobiographiques en prose. L'essentiel de son oeuvre - Une halte dans le désert (1970), La fin d'une belle époque et Partie du discours (1977), Nouvelles stances à Augusta (1983) et Uranie (1987) - reste profondément enraciné, malgré son caractère novateur, dans la langue et la tradition poétique russes. Son lyrisme, nourri par une vaste culture classique et de plus en plus ouvert sur l'horizon planétaire de l'homme d'aujourd'hui, reste dominé par les thèmes de l'exil, de la séparation, de la solitude. Mais cette poésie de la lucidité parfois sarcastique et du refus des illusions consolatrices est, comme toute grande poésie contemporaine, une quête obstinée du sens portée par un acte de foi toujours renouvelé dans les pouvoirs du langage.
Nombre de pages
256
Date de parution
03/12/1987
Poids
312g
Largeur
142mm
Plus d'informations
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EAN
9782070712540
Titre
Poèmes 1961-1987
Auteur
Brodsky Joseph
Editeur
GALLIMARD
Largeur
142
Poids
312
Date de parution
19871203
Nombre de pages
256,00 €
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Résumé : Dans ce nouveau recueil du grand poète russe devenu américain, Baltique et Adriatique, East River et Tibre entremêlent leurs eaux fuyantes. Le temps délave les reflets. Parents, amis, amours s'y engloutissent et le froid envahit tout, communiquant au regard l'acuité souveraine du givre. Mais sous cette voix blanche, appliquée à garder la distance de la réflexion, affleure une sensibilité à vif. Marmoréenne et chaleureuse, lucide et passionnée, infiniment proche, la poésie de Brodsky est de celles qui aident à vivre. Elle est ce "miroir brûlant dont le doigt chercherait en vain à écailler la tendresse".
«La lente avancée du bateau à travers la nuit était comme le passage d'une pensée cohérente à travers le subconscient. Des deux côtés, baignant dans l'eau d'encre, se dressaient les énormes coffres sculptés de sombres palazzi remplis d'insondables trésors - de l'or assurément, à en juger par la faible lueur électrique jaune qui sourdait parfois par la fente des volets. L'atmosphère de tout cela était mythologique, cyclopéenne pour être précis : j'étais entré dans cet infini que j'avais contemplé sur les marchés de la stazione et voilà que je passais au milieu de ses habitants, devant une troupe de cyclopes endormis reposant dans l'eau noire et qui, de temps à autre, se dressaient et soulevaient une paupière.»
Brodsky est étranger au monde où il vit, il le serait sans doute au monde où nous vivons. Partout où le mensonge menace d'assassiner le poète, celui-ci n'a pour se défendre que le sarcasme ou l'évasion. Ce sont les armes de Brodsky. Mais en recréant l'harmonie de sa cité poétique, il ne se refuse pas à la société des hommes. Fils de Prométhée et de Diogène, il cache dans sa révolte un ferment d'espérance provocatrice. Sensible à la saveur et à la vibration secrète du monde, son lyrisme convulsif chante aussi la tragédie qui s'y déroule. Fiévreux, né aux confins du rêve et du quotidien, il ne trouve son équilibre éphémère que dans l'exaltation de la vision, cette puissance salvatrice par laquelle la mort même du poète devient l'annonce du "vingt et unième siècle d'or". Le langage de Brodsky est direct, troué d'images fulgurantes. Il célèbre les noces tourmentées de l'homme et d'une nature païenne, seule source de vie et de mort : "La mort c'est l'infini des plaines et la vie la fuite des collines."
Deux prisonniers purgent une peine à vie dans la Rome de Tibère transposée à l'époque de la cybernétique. La Tour où ils ont leur cellule s'élève à un kilomètre au-dessus de la Ville éternelle. Rome est une utopie de l'espace et du temps, et la Tour est l'aboutissement de cette utopie. Le dialogue des deux prisonniers est tour à tour gouailleur, grossier, sentimental, philosophique. L'un est romain, l'autre barbare. Pour le Romain, le suicide sera moins un geste personnel que son identification à l'utopie. Les recoupements avec l'?uvre poétique de Brodsky, les allusions à la Russie, les citations de Sappho ou de Properce vivifient ce texte théâtralement très efficace, la meilleure des trois tentatives théâtrales du poète dissident. Ironie et émotion accompagnent notre regard sur ces deux candidats à l'utopie qui attendent la parousie du Progrès, en compagnie d'un serin. G. N.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.