Oh, non, c'est encore lui! pesta Róza.L'avocat avait écrit à Mme Róza Mojewska, dans les règles. Il lui avait téléphoné, tard et tôt. Il avait laissé des messages secs sur son répondeur. Il lui avait adressé d'autres lettres. Il l'avait suivie dans Varsovie, au volant de sa 2 CV bleue cabossée, plaidant sa cause par la vitre baissée. Nullement découragé par les refus constants de Róza, il était carrément venu frapper à sa porte. Il avait exercé une légère pression sur le battant, pendant que Róza poussait de l'autre côté. Il avait réussi à glisser une carte de visite par l'entrebâillement. Et voilà qu'il faisait une nouvelle tentative, en cette fin de dimanche après-midi.- Qu'il aille au diable!Róza avait jeté un coup d'oeil par la fenêtre instinctivement. Elle venait d'avaler d'un trait une petite dose de vodka à l'herbe de bison, ordre de son médecin, et s'apprêtait à rincer le verre quand elle aperçut la voiture garée dans la rue, trois étages plus bas. Conclusion: l'avocat devait être dans l'escalier.- Pas moyen de s'en débarrasser, marmonna-t-elle.Il a apporté un sac de couchage, il ne partira pas tant que je n'aurai pas cédé.Sans même prendre un manteau et sans savoir où elle allait, Róza claqua la porte derrière elle et courut dans le couloir en direction de l'issue de secours qui donnait sur une cour pleine de poubelles et de sacs de déchets entassés. Malgré ses quatre-vingts ans, elle était encore alerte. Tous les jours, elle marchait dans les rues, sans but précis. L'exercice lui permettait de rester en forme. Il brûlait l'énergie des souvenirs cachés. Comme maintenant, alors qu'elle traversait la cour en vitesse et s'engouffrait dans le passage obscur qui reliait son pâté de maisons à un ensemble de logements voisin. Elle longeait le mur, les yeux fixés sur la lumière automnale dans le cadre de béton taché. Un plan prenait naissance dans son esprit... elle allait se rendre en ville et traîner autour du palais de la Culture et des Sciences. Un cadeau des Soviétiques dont elle prenait plaisir à imaginer la démolition. En débouchant dans la chaleur et la lumière, Róza s'arrêta. Des enfants jouaient dans la cour carrée. Deux fillettes faisaient tourner une corde pendant qu'une troisième sautait par-dessus; sa robe blanche, propre et éclatante, volait au vent comme de l'étamine. Un garçon en survêtement assis sur une marche s'ennuyait ferme et broyait du noir; il alternait les conseils et les insultes.- Est-ce qu'ils connaissent votre histoire? demanda la voix. Róza se tourna d'un air las. L'avocat était appuyé contre le mur, les jambes croisées, les mains dans les poches de son jean défraîchi. Il avait gardé ses belles chaussures - Róza était très attentive aux chaussures et aux habits, déformation héritée de la vie à l'orphelinat, ce monde inoubliable de vêtements de seconde main informes et de coudes rapiécés - et elles n'étaient toujours pas cirées.- Ils ont besoin d'entendre ce que vous avez à dire.- Allez-vous enfin me laisser tranquille? demanda la vieille femme, sans hausser le ton.- J'en doute. (L'avocat ne sourit pas, mais sa bouche esquissa un rictus de compassion.) Tous les autres sont décédés. Il ne reste que vous. Vous seule savez ce qui s'est passé dans cette prison. Vous seule pouvez réparer les injustices de cette époque.
Le prieuré de Larkwood a-t-il eu raison d'ouvrir ses portes à l'homme qui lui demandait asile? Le père Anselm en doute lorsqu'il apprend qu'Eduard Schwermann est un ancien officier nazi qui a quitté la France pour l'Angleterre après l'Occupation grâce à des complicités au sein de l'Église. La presse britannique s'empare de l'affaire. De son côté, à Londres, la petite-fille d'une ancienne résistante, qui tente de reconstituer la tragédie vécue pendant la guerre par ses grands-parents, membres d'un réseau de sauvetage d'enfants juifs, apprend que celui-ci a été démantelé par... Eduard Schwermann. Le procès du criminel de guerre, et l'enquête parallèle que mènent le moine et la jeune femme, risquent de révéler de redoutables secrets sur l'Église et la collaboration - on s'en inquiète jusqu'à Rome. À moins que les apparences ne cachent une réalité bien plus étonnante... Dérangeant, émouvant, oscillant habilement entre présent et passé, un thriller hors du commun où se mêlent éthique, religion et politique. Un best-seller international.
Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et à tenter de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d'une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes.
Si la Bible est le livre le plus lu et commenté au monde, elle pourrait bien encore nous réserver quelques surprises! Car Meir Shalev puise dans ce formidable répertoire d'histoires et les éclaire d'un regard neuf, impertinent et drôle. Il nous présente ses héros comme des êtres de chair et de sang, secouant les mythes et dévoilant des facettes insoupçonnées de leur personnalité. Comment Moïse combattit-il l'opposition? Qui était vraiment la reine de Saba? Et qui aurait pu croire que David eût recours à des méthodes dignes de la mafia pour devenir roi? Au fil des intrigues tant politiques qu'amoureuses, la Bible nous apparaît peu à peu comme le creuset des passions humaines, et ces personnages vieux de plusieurs millénaires nous semblent soudain étonnamment proches...
Un jeune colombophile surnommé "le bébé" et une demoiselle de Tel-Aviv s'envoient des lettres d'amour par pigeon voyageur. Leurs sentiments, qui s'expriment à travers leurs messages, sont de plus en plus forts. Pris dans la tourmente de la guerre d'Indépendance de 1948, le bébé meurt sur le champ de bataille. Cinquante ans plus tard, au décès de sa mère, Yair Mendelsonn, guide touristique et doux rêveur, se met à la recherche d'une maison. Il renoue avec Tirza, son amie d'enfance. Deux hommes qui ne se sont jamais connus, mais dont les destins sont intimement mêlés. Deux histoires d'amour qui ont en commun la passion, l'espoir et la quête irrésistible d'un foyer.
Attention, ceci n?est pas un roman. Patricia Cornwell, la célèbre créatrice de l?expert légiste Kay Scarpetta, s?attaque ici à une des plus grandes énigmes criminelles de l?histoire, à savoir : qui était Jack l?Éventreur ? Pour elle, aucun doute n?est permis : le tueur de prostituées n?était autre que le peintre anglais Walter Sickert. L?étude de ses ?uvres ? dont certaines sont effectivement assez morbides ? plaiderait en faveur de cette explication. En une trentaine de chapitres, l?auteur tente d?expliquer pourquoi de multiples coïncidences, recoupements et "analyses" ne laissent, selon elle, pas d?ambiguïté sur l?identité du Ripper. Le talent d?écriture et de construction est intact, l?enquête beaucoup plus sujette à caution. Le principal intérêt de ce pavé est de replanter le décor, de revenir en détail sur cette histoire si mythique dans l?histoire du crime, de redessiner les portraits des prostituées massacrées dans l?East End de Londres en 1888. Il est vrai que la théorie de l?artiste-assassin est éminemment séduisante, mais ce livre est loin de clore définitivement le dossier puisqu?il n?apporte pas de preuve irréfutable. Aux États-Unis et en Angleterre ? où c?est un immense succès ? la théorie de Patricia Cornwell a déjà déclenché une belle polémique. On lui reproche surtout d?éluder un peu trop rapidement la demi-douzaine d?autres pistes "sérieuses'. Pour les passionnés, on complètera agréablement cette lecture avec le DVD du film From Hell (avec Johnny Depp), dont les bonus recèlent un dossier bien documenté sur tous les suspects. --Bruno Ménard"
1803, Caroline du Sud. Fille d'une riche famille de Charleston, Sarah Grimké aspire dès le plus jeune âge à accomplir de grandes choses. Lorsque, pour ses onze ans, sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre ce système inhumain. Entre les fillettes naît alors une véritable amitié, qui grandit au fil des années. Guidée par ses idéaux mais surtout par son affection pour Handful, Sarah n'abandonnera jamais l'espoir d'affranchir son amie. Superbe ode à la liberté et au courage, L'Invention des ailes dépeint les destins entrecroisés de deux personnages inoubliables, à la force de caractère incroyable, unis par le même profond désir d'indépendance.
Après de premiers échanges d'une cordialité toute bourgeoise, deux voisines en viennent à se livrer une véritable guerre (chantage, insultes, incitation au divorce?) pour une histoire de lambris que l'une veut repeindre dans le hall de l'immeuble et l'autre pas. L'une d'elles finira par disparaître dans de mystérieuses conditions. Une nouvelle recrue d'un club de lecture est reçue par sa présidente qui lui en présente les membres, une à une. A mesure qu'elle raconte leurs goûts littéraires (gore, romance coquine) ainsi que leurs histoires intimes (insémination de l'une, morts suspectes des maris successifs de l'autre), elle distille son venin... Voici quelques exemples tirés de ces douze nouvelles empreintes d'un humour féroce. Des portraits cruels de femmes toutes plus névrosées les unes que les autres, qui sont aussi les révélateurs d'une société américaine aisée, qui tient à tout prix à se montrer sous son masque de perfection. Helen Ellis fait éclater les apparences et décrit la solitude de ces femmes au foyer, mais aussi le pouvoir qu'elles ont sur leur petit royaume ? leur appartement, leur club de lecture, leur immeuble, leur mari ?, allant parfois jusqu'à la pulsion criminelle? Une satire de notre époque qui contraint au bonheur et à sa représentation en toute circonstance.
Le passé n'est jamais mort. Il n'est même pas passé." (William Faulkner)Voici trente ans que Billie James n'a pas remis les pieds dans le Mississippi. Un sacré tempérament, quelques dollars en poche et son chien Rufus au bout de sa laisse, elle débarque à Greendale et s'installe dans une bicoque décrépite où vécut autrefois son père. Ce dernier, poète noir de renom, est mort de manière accidentelle alors que Billie n'avait que quatre ans. La petite fille était présente au moment du drame, mais n'en a conservé aucun souvenir.Alors que les voisins font preuve d'un comportement étrange, que des rumeurs circulent, laissant soupçonner une tout autre vérité quant à la mort du père de Billie, celle-ci mène son enquête, aidée par son oncle et un drôle d'olibrius universitaire. Ensemble, ils vont exhumer de lourds secrets, dévoilant peu à peu l'histoire de ses origines mais aussi, en toile de fond, celle d'un pays marqué par les blessures toujours à vif de la ségrégation.Campé dans le décor à la fois somptueux et inquiétant du Sud profond, le premier roman de Chanelle Benz fourbit les armes du polar pour nous raconter ce qu'a été - et ce qu'est encore - l'Amérique tourmentée par les spectres les plus sombres de son Histoire.Traduit de l'anglais par David FauquembergChanelle Benz, britannique et antiguaise d'origine, vit et enseigne aujourd'hui à Memphis, dans le Tennessee. Elle est diplômée de l'université de Syracuse, où elle a eu pour mentor l'écrivain George Saunders, qui a salué en elle " une nouvelle voix sidérante de la fiction américaine ", et a également étudié l'art dramatique à l'université de Boston. Après un virtuose premier recueil de nouvelles, Dans la grande violence de la joie (Seuil, 2018), elle signe avec Rien dans la nuit que des fantômes son premier roman.
Avant de s'engager dans l'armée iranienne pour combattre l'ennemi irakien, Amir Yamini était un playboy, qui passait le plus clair de son temps à séduire les femmes et exaspérer sa très pieuse famille. Cinq ans plus tard, sa mère et sa soeur le retrouvent, amputé de son bras gauche, dans un hôpital psychiatrique pour soldats traumatisés. Quasi amnésique, Amir est hanté par la vision d'une mystérieuse femme sans visage, au front orné d'un croissant de lune. De retour à Téhéran, le fils prodigue est tour à tour salué comme un martyr de la Révolution islamique et confiné dans sa chambre comme un fou dangereux. Avec la complicité de sa soeur, il s'évade en escaladant le mur de leur jardin et repart sur le champ de bataille à la recherche de celle qu'il surnomme « Front de lune », accompagné dans ce périple au fil de la mémoire par deux scribes perchés sur ses épaules - l'ange de la vertu et l'ange du péché - qui consignent depuis toujours son histoire. Avec cette épopée amoureuse, guerrière et poétique d'une inventivité exubérante, porteuse d'un regard subtil sur la société iranienne contemporaine et empreinte d'une sensualité tout droit héritée de la grande tradition des contes persans, le grand romancier iranien Shahriar Mandanipour signe une oeuvre forte, envoûtante et pleine d'humanité.