Philosophie N° 111, Automne 2011 : Etudes sur Husserl
Brisart Robert ; Gallerand Alain ; Le Quitte Samue
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EAN :9782707321992
Ce numéro s'ouvre sur la présentation et la traduction, par Guillaume Fagniez, de la conférence de Heidegger prononcée à Constance en novembre 1934 (juste après la période du Rectorat) sous le titre "Situation présente et tâche future de la philosophie allemande". A partir de la question de l'essence de la philosophie, Heidegger déploie les trois questions de l'histoire, de la vérité et de la langue. Dans quelle mesure peut-on dire que le Dasein est historial, et sur le fondement de quel rapport de l'histoire au temps ? Si l'homme est historial parce qu'il est dans la vérité, que signifie le fait même d'être dans la vérité, et implique-t-il une subjectivation de la vérité ? Enfin, si le fondement de la possibilité de l'histoire réside dans la langue, qu'est-ce que cette dernière, si elle ne se réduit pas à l'expression de nos vécus ou jugements ? La conférence de Constance livre ainsi un aperçu exceptionnel sur le mouvement qui conduit la pensée heideggérienne de l'"ontologie fondamentale" à l'"histoire de l'être". Le numéro se poursuit avec trois études consacrées à la pensée du fondateur de la phénoménologie. Dans "Husserl et le mythe des objets", Robert Brisart met en question la célèbre lecture frégéenne de Husserl proposée par D Follesdal. Pour Husserl, l'objet n'est en effet accessible qu'à partir de sa visée par le moyen d'un sens noématique. Or, si le noème husserlien s'apparente bien à la notion frégéenne de sens, il n'en va pas ainsi pour la référence : alors que l'objet est pour Frege un en soi objectif situé hors de la conscience et de toute dimension sémantique, l'identité de l'objet est pour Husserl "intensionnelle", atteinte par une synthèse de la conscience. Bien qu'il se soit libéré du mythe du donné, Husserl serait ainsi demeuré prisonnier d'un mythe du sens. Dans "La question de la signification des propositions subjectives chez le premier Husserl", Alain Gallerand s'interroge sur le statut de ces dernières - négligées dans la tradition logique au motif qu'elles n'ont pas de valeur de vérité, et problématiques au sein de la position des Recherches logiques : vu que Husserl tient les significations pour des unités idéales par opposition à la multiplicité des actes de conscience, comment peut-il rendre compte de telles propositions, dont la signification semble intimement liée à la vie psychique ? Les concepts noétique et noématique de Bedeutung, le paradigme du jugement et de l'énoncé s'appliquent-ils à toutes les propositions - y compris celles qui ont trait aux phénomènes affectifs ? Enfin, dans "Le plaisir dans la phénoménologie de Husserl", Samuel Le Quitte s'interroge sur une notion apparemment absente de cette dernière, puisque sur son versant pratique, elle ne cesse de s'élever contre le scepticisme moral, dont l'hédonisme est l'un des représentants éminents. Cette critique de l'hédonisme signifie-t-elle ipso facto une récusation du plaisir en général et en tant que tel ? La position de Husserl à l'égard de l'hédonisme résume-t-elle sa conception générale du plaisir ? Cette dernière n'est-elle pas plus complexe qu'il n'y paraît ?
Qu'est-ce que la phénoménologie pour Heidegger ? Quel concept en a-t-il ? On le sait, à l'époque où enseignant à Marbourg il élabore le projet qui débouchera sur la publication de Sein und Zeit, ce concept se prévaut d'une lutte sans merci contre le privilège métaphysique de la présence. Libérer l'ontologie du carcan où la retient captive une tradition fort ancienne qui jamais ne s'est départie du préjugé selon lequel être veut dire être présent, tel est en peu de mots le leitmotiv qui détermine tout le tracé de la phénoménologie de Marbourg dans son souci de faire enfin droit au phénomène de l'être. Ce tracé, l'étude que voici se propose d'en parcourir les étapes essentielles jusqu'à ce terme que Heidegger lui-même déclare non-métaphysique : le temps. Mais ce travail se double d'une autre préoccupation. Car en analysant de plus près les articulations fondamentales dont procède ainsi la mise en évidence du temps comme horizon de compréhension de la négativité et de l'absence ontologiques, toute la question reste de savoir si l'abrogation heideggerienne de la présence ne concourt pas à raviver une tendance consistant à provoquer entre l'être et la présence une déchirure telle que le sens paraît désormais irréductible au monde naturel et familier. On le devine, tout au long de cet examen critique planent l'ombre de Husserl en même temps qu'une question : existe-t-il au juste une phénoménologie de Marbourg ?
Le projet phénoménologique, tel qu'il fut conçu par Edmund Husserl, se définit d'abord par le souci constant de dégager l'expérience intuitive au fondement de toute connaissance. Mais qu'est-ce que l'intuition originairement donatrice ? Quel est le sens fondamental de l'empirie phénoménologique ? Seule la réduction de tous les préjugés qui grèvent l'acception traditionnelle de l'intuition permet de redéployer son sens et corrélativement la consistance véritable du champ phénoménal. Mais si la réduction constitue donc la méthode d'un redéploiement de notre relation primordiale au monde, elle est aussi la voie tout au long de laquelle le phénomène manifeste une profondeur toujours accrue et qui n'est pas dépourvue d'ambiguïté. Qu'en est-il en définitive de notre évidence du monde ? Cet ouvrage tente d'apporter quelques éclaircissements à cette question dont l'urgence est encore soulignée par la forclusion dont la frappe aujourd'hui le relativisme ambiant.
Ce volume est le fruit d'une réflexion menée autour du thème de l'affectivité, des émotions, des passions, du désir, dans l'horizon du sens. La relation vivante à autrui et au monde, la condition charnelle et relationnelle de l'homme, l'infinitude de ses aspirations et la finitude de ses réalisations en constituent tout à la fois les présupposés et les données phénoménologiques de base. Mais ce livre est né avant toute chose de l'amitié que Ghislaine Florival a faît naître autour d'elle, qu'elle a pratiquée sans relâche, dont elle vit et dont elle a fait vivre l'institution qu'elle a servie pendant presque quarante ans. C'est en hommage à son oeuvre et à son action au sein du monde universitaire que ces études ont été composées et rassemblées.
Dès 2021, alors que La Familia grande de Camille Kouchner relance le débat public autour de l'inceste, Romane Brisard remarque un décalage saisissant : la France célèbre la libération de la parole, tandis que des enfants qui dénoncent l'inceste, et dont les plaintes sont classées sans suite, sont contraints à revoir leurs agresseurs, rien n'empêchant alors que les crimes soient répétés. Frappée par cette dissonance, la journaliste analyse une centaine de dossiers judiciaires et recueille autant de témoignages de victimes et de professionnels de la protection de l'enfance. Bientôt, son investigation prend une tournure plus grave encore : les mères d'enfants victimes, ses principales sources, disparaissent. Prêtes à tout pour sauver leurs enfants de leurs bourreaux, ces femmes ont décidé de fuir leur pays, quel qu'en soit le prix. Fruit de près de cinq ans d'investigation, ce livre met en lumière une violence d'Etat méconnue : celle qui, sous couvert de droit, criminalise les mères et trahit les enfants. Document d'utilité publique, il rend aussi hommage à ces femmes qui, refusant l'inacceptable, sont devenues à leur corps défendant des résistantes. Ces mères en cavale que Romane Brisard a retrouvées, afin de faire entendre leur parole.
J'étais plutôt son genre, et elle m'avait dans la peau. Mais pourquoi me demander ça à moi ? Parce que j'étais disponible ? Parce que j'habitais juste en face et que Miko, son mari, m'invitait souvent à la pêche à la mouche et n'y verrait que du feu ? J'avais beaucoup d'ennuis, tout de même. Je lui ai demandé si c'était parce qu'elle n'avait pas d'autre solution ? Véritablement, Sally ne savait pas dans quoi elle s'embarquait en ma compagnie.
Le temps d'un séjour de quelques semaines dans sa maison d'enfance, la narratrice raconte ses retrouvailles avec sa famille, où, depuis trois générations, hommes et femmes ont choisi le métier de pasteur. Mais quand elle arrive, quelque chose de cet ordre ancien s'est profondément déréglé. De ses proches, elle raconte les rires, les chutes, les chants. De toutes ses forces, elle les soutient, quand leur vie ne semble plus tenir qu'à un fil.
Il est impossible de croire sérieusement, comme les deux héros du célèbre film d'Hitchcock Fenêtre sur cour, que leur voisin aurait tué sa femme, puis l'aurait découpée en morceaux devant les fenêtres ouvertes d'une trentaine d'appartements. Mais leur délire d'interprétation n'a pas pour seule conséquence de conduire à accuser un innocent. Il détourne l'attention d'un autre meurtre - bien réel celui-là - qui est commis devant les spectateurs à leur insu et mérite l'ouverture d'une enquête. "La démonstration séduit par son intelligence, la logique de son argumentation et une pointe d'humour fort plaisante". Emmanuelle Giuliani, La Croix "Un récit haletant, fougueux et d'une drôlerie intrinsèque, qui se dévore comme un bon polar". Gérard Lefort, Les Inrockuptibles Hitchcock s'est trompé s'inscrit dans un cycle qui comprend Qui a tué Roger Ackroyd ? , Enquête sur Hamlet, L'Affaire du chien des Baskerville, La Vérité sur "Ils étaient dix" et Odipe n'est pas coupable. Ces ouvrages de "critique policière" visent à résoudre des énigmes criminelles tout en menant une réflexion sur la littérature et l'art.
Je vous prie de me faire la faveur de publier Le Verdict en un petit volume autonome. Le Verdict, auquel je tiens tout particulièrement, est certes très court, mais il relève plus du poème que du récit, il a besoin d'espace dégagé autour de lui et il ne serait pas indigne qu'il l'obtienne". Franz Kafka Lettre à son éditeur Ecrit d'une seule traite dans la nuit du 22 au 23 septembre 1912, Le Verdict est le texte fondateur de Kafka. Jean-Philippe Toussaint en propose ici une nouvelle traduction.
La tradition veut que l'acte de philosopher soit comparé à la vision. Or Aristote dit deux choses qui sont trop négligées : premièrement, que voir, c'est non seulement saisir le visible, mais aussi, paradoxalement, l'invisible, le non-visible ; deuxièmement, que voir, c'est voir des couleurs, de jour mais aussi de nuit, le phosphorescent. Dès lors quelles sont les implications pour la philosophie ? Que veut dire philosopher si c'est appréhender ce qu'on ne voit pas, ce qu'on ne peut voir, ou bien ce qui, dans le noir, luit ?
Résumé : Que cherchons-nous vraiment lorsque nous cherchons l'amour ? L'école, le travail, à quoi ça sert, finalement ? La liberté d'expression et le droit à "rire de tout" sont-ils des menaces ? Faut-il avoir peur de la mort ou pourrons-nous bientôt télé-charger notre conscience dans le cloud - à moins que l'IA n'en vienne à nous remplacer ? Dans un monde où l'avenir est plus que jamais incertain, la quête de sens nous confronte à des thèmes fondamentaux. De la même façon qu'il a su rendre la philosophie accessible à tous, Lev Fraenckel, alias "Serial Thinker ", expose avec acuité ces enjeux intemporels. Convoquant tour à tour des figures majeures de la philosophie - Aristote, Nietzsche, Marx... - et des références culturelles contemporaines, il plonge au coeur de nos contradictions et éclaire nos choix, nos croyances et nos désirs. Une ode à la philosophie en tant que cheminement, un appel à l'éveil et au discernement à une époque où les réponses toutes faites masquent l'immense liberté qui s'offre à chacun de nous.
Ce livre réconcilie avec la base de la philosophie, et ça fait du bien. Loin d'être d'abord conçue comme de l'exégèse pointue, la philosophie existe parce qu'on l'a inventée pour répondre à des questions vitales. Parmi celles-ci : comment guérir de l'épreuve douloureuse d'exister, puisque vivre, tout simplement, ne va pas de soi ? Les philosophes, à travers l'histoire, ont apporté leurs réponses. La philosophie, dans ce livre, devient un guide de conduite formidable pour se réconcilier avec la vie.