Si Raymond Aubrac et Bob Denard sont des visages bien connus des lecteurs français, les combattants irréguliers sont la plupart du temps anonymes, comme le veulent les impératifs de la clandestinité. Depuis le tournant des 19e et 20e siècles, alors que les pratiques combattantes se transforment et que se multiplient écrits sur la guerre irrégulière et règles de droit international, ils sont avant tout définis comme le double négatif du soldat. Pour autant, la distinction entre réguliers et irréguliers n'est ni stable ni évidente. Plutôt que d'endosser les principes et distinctions posés par le droit, et refusant de les réduire à des enjeux tactiques ou stratégiques, ce numéro étudie ces hommes simplement comme des combattants. Est privilégiée ici une approche par en bas, marquée par l'histoire des mouvements sociaux et l'anthropologie historique. Les pratiques de recrutement, l'exercice de l'autorité, les rapports de genre ou encore la relation que ces combattants entretiennent à ceux qu'on dit "réguliers" apparaissent dès lors comme des indicateurs des guerres et des violences spécifiques qui s'y déploient. Leurs rapports aux civils constituent par ailleurs un enjeu fondamental auquel ce numéro consacre toute son attention. Parce qu'ils sont devenus la réalité dominante des conflits contemporains, il importe de comprendre leur histoire.
Rubriques Archives Un guide pour les archives sud-africaines, Ariana Lissoni et Matthieu Rey - Le secret-défense opposé à l'accès aux archives historiques postérieures à 1934, Gilles Morin Avis de recherches Rencontre autour de la mise en ligne de la Bibliographie de l'histoire de France, Amanda Maffei, Pauline Teyssier et Jean-Loup Vassilievitch-Kastler-Qu'est-ce que collecter hors d'Europe ? , Han Xiaojing-Enfance, adolescence et migration, Julia Descamps Images, lettres et sons "Bella Ciao" . Histoires et mémoires d'immigration italienne, Stéphane Mourlane-Le ghetto intérieur, Alban Perrin-Jean Besancenot et les Juifs du Maroc : le poids des mots, le silence des photos, Mathieu Marly-Dessiner la terreur : stalinisme, guerre et mémoires, François-Xavier Nérard
Résumé : Très tôt, au cours de la guerre d'Algérie, des révélations firent connaître à l'opinion publique métropolitaine certains détails de l'usage de la torture par l'armée française. Les "opérations de maintien de l'ordre" dépendaient des autorités civiles mais leur réalisation fut laissée de plus en plus largement à l'appréciation de l'armée au fur et à mesure que l'insurrection nationaliste gagnait du terrain. Des débats passionnés mirent aux prises intellectuels et journalistes, hommes d'Eglise et hommes d'armée, avocats et écrivains. D'anciens soldats témoignèrent ; des victimes aussi : personne ne pouvait ignorer qu'en Algérie des militaires français pratiquaient la torture. Il fallait aller au plus près du terrain pour comprendre pourquoi, en définitive, tant de militaires français purent pendant plus de sept ans commettre des exécutions sommaires et des actes de torture et le faire avec l'assurance qu'obéissant à des ordres ils étaient ainsi au service de leur pays. Raphaëlle Branche éclaire comme jamais auparavant les mécanismes de la torture : si la référence à la période de l'occupation allemande était alors omniprésente, ils trouvent leur origine dans le racisme colonial et les méthodes héritées de la guerre d'Indochine.
Jamais les historiens ne s'étaient penchés avec autant d'attention sur l'usage de la torture en Algérie, même si certains avaient témoigné, commes Henri Alleg dans La Question ou Louisette Ighilahriz dans L'Algérienne. Et pour cause : outre le déni dont elle a fait l'objet de la part des militaires (jusqu'aux mémoires du général Aussaresses Services spéciaux en Algérie) et des politiques, les archives publiques militaires demeuraient inaccessibles. C'est toute la force de Raphaëlle Branche que d'aborder son sujet frontalement, sans concessions, à partir de documents et de témoignages inédits. Et de révéler scientifiquement ce que les autorités françaises refusaient de voir : oui, la torture a bel et bien été pratiquée méthodiquement par les militaires entre 1954 et 1962. Plus accablant encore : l'auteur démontre que son usage relève alors d'une "raison d'État en marche", implacable, terrifiante, qui n'a rien d'accidentel et qui implique tout autant l'armée que le pouvoir politique. En nourrissant son enquête d'éléments empruntés à l'anthropologie et à la sociologie, Raphaëlle Branche restitue une des pages les plus sombres de l'histoire contemporaine. Au-delà de la force de sa démonstration, elle parvient à redonner une dimension douloureusement humaine à cette guerre restée longtemps sans nom. Une contribution essentielle à la connaissance et la compréhension de la guerre d'Algérie. --Sylvain Lefort
Laruelle Marlène ; Pranchère Jean-Yves ; Miranda A
Néoréaction, régression démocratique, illibéralisme, autoritarisme, populisme, néofascisme, cyberlibertarianisme, antimodernisme : cet écheveau de concepts rendant compte de certaines des évolutions profondes de nos sociétés et de nos systèmes politiques contemporains a de quoi désorienter. Régulièrement, pourtant, l'actualité invite à les utiliser pour désigner des discours, des pratiques institutionnelles, des projets politiques ou des idéologies, qu'il s'agisse, de façon neutre, de les décrire ou, de façon plus engagée, de s'en inquiéter et de les dénoncer. C'est là tout l'intérêt intellectuel et l'utilité civique de ce volume : clarifier ces concepts tout en mettant en lumière les liens entre deux ensembles de phénomènes qui méritent d'être appréhendés de concert. Ainsi s'impose aujourd'hui la nécessité de scruter en détail les fondements intellectuels des tendances autoritaires, afin de mieux en comprendre les manifestations politiques et institutionnelles.
L'entrée du numérique dans nos sociétés est souvent comparée aux grandes ruptures technologiques des révolutions industrielles. En réalité, c'est avec l'invention de l'imprimerie que la comparaison s'impose, car la révolution digitale est avant tout d'ordre cognitif. Elle est venue insérer des connaissances et des informations dans tous les aspects de nos vies. Jusqu'aux machines, qu'elle est en train de rendre intelligentes. Si nous fabriquons le numérique, il nous fabrique aussi. Voilà pourquoi il est indispensable que nous nous forgions une culture numérique.
Atlas, dans la mythologie, représente un géant capable de tenir la Terre sur ses épaules sans en être écrasé. Mais quand Gérard Mercator publie en 1538 ce qu'il décide d'appeler un Atlas, le rapport des forces s'est complètement inversé : un "Atlas" est un ensemble de planches, imprimées sur du papier, quelque chose que l'on feuillette et que le cartographe tient dans sa main ; ce n'est plus la Terre que l'on a sur le dos et qui nous écrase, mais la Terre que l'on domine, que l'on possède et que l'on maîtrise totalement. Près de cinq siècles après, voilà que la situation s'inverse à nouveau : paraît un "Atlas" qui permet aux lecteurs de comprendre pourquoi il est tout à fait vain de prétendre dominer, maîtriser, posséder la Terre, et que le seul résultat de cette idée folle, c'est de risquer de se trouver écrasé par Celle que personne ne peut porter sur ses épaules". Bruno Latour Changement climatique, érosion de la biodiversité, évolution démographique, urbanisation, pollution atmosphérique, détérioration des sols, catastrophes naturelles, accidents industriels, crises sanitaires, mobilisations sociales, sommets internationaux, transition climatique... Voici le premier atlas réunissant l'ensemble des données sur les transformations écologiques de notre temps.