1er août 1915, FontenoyAnesthésié par les coups du soleil qui, toute la journée, avaient boxé la vallée de l'Aisne et aplati le relief calcaire, le 96e régiment d'infanterie établit son campement provisoire dans le secteur ouest, l'ombre y étant plus franche. Un an qu'ils avaient quitté les moissons la bouche en coeur et la fleur au fusil, certains d'être de retour pour les vendanges, pourtant il avait bien fallu se rendre à l'évidence: la guerre prenait ses aises, elle était bien la seule.Depuis des semaines, des mois qu'il parcourait à tâtons Champagne et Picardie - ils avançaient et reculaient, obéissant à une ligne de front dont la logique lui restait un mystère -, le soldat Bertail n'en revenait pas de la platitude de cette région de France. Dans huit heures, son bataillon rejoindrait l'enfer des tranchées et Bertail, contrairement à ses camarades, n'avait pas souhaité profiter des mirages qu'offrait Fontenoy, bourgade ravagée par la hargne, engourdie par l'alcool. Aux ricanements des filles de joie promptes à offrir leurs plaisirs écarlates et propager la syphilis, il préférait le calme, l'isolement et la fraîcheur du soir.Il repensa à la dernière lettre qu'il avait envoyée à sa soeur. La censure ne permettrait pas la lecture de ces phrases, pourtant il s'était entêté à conclure sa missive sans détour: «Nous allons tous crever, l'atmosphère n'est plus qu'un ouragan de fer et de feu.»Pour l'heure et à perte de vue, des champs de betteraves s'étendaient comme des tombeaux, or cet océan de verdure grisâtre et boueuse balayé par la brise n'était pas sans rappeler à Bertail la mer et son ressac près desquels il avait grandi et qui lui manquaient tant.Il ferma les yeux, tentant de se figurer les collines de son village du Sud, sa seule patrie en vérité, mais la moiteur de l'air corrompait sa mémoire.Il repéra un talus façonné par la chance et s'assit enfin. Son pantalon de terrassier en velours côtelé bleu horizon le grattait. La suppression de la déplorable toile rouge garance avait quelques désavantages. Il retira son casque Adrian, laissant apparaître une calotte de fer, sorte de «bourguignotte» du Moyen Age remise au goût du jour. La protection de ces «cervelières» était réelle contre les petits éclats et les balles tirées de loin. Il allongea ses jambes fourbues par les longues heures de marche, puis sortit de sa vareuse son précieux carnet, un journal intime dans lequel il dessinait souvenirs, méandres et promesses.Il le feuilleta pour l'ouvrir au croquis du paysage que toute son enfance il avait admiré depuis la fenêtre de sa chambre et, comme à chaque fois, il eut presque envie de s'incliner devant la bonté de Dieu.Il n'en eut pas le loisir, un des siens approchait, confirmant au soldat qu'en temps de guerre la solitude était une imposture. Avec le sentiment d'être réduit à un appeau, il soupira.
Nombre de pages
262
Date de parution
04/04/2013
Poids
362g
Largeur
143mm
Plus d'informations
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EAN
9782258100060
Titre
La nuit, in extremis
Auteur
Bouhier Odile
Editeur
PRESSES CITE
Largeur
143
Poids
362
Date de parution
20130404
Nombre de pages
262,00 €
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9 mai 1920, Lyon. A l'aube d'une journée qui s'annonçait radieuse, le cadavre putréfié d'une vieille femme est découvert dans un pré, non loin du centre de la ville et de l'hippodrome. Le visage de la victime est tellement abîmé que l'identification est impossible. Pour ne pas ternir la réputation de Lyon, rivale de Paris et de ses brigades du Tigre, le procureur promet une résolution imminente. Le tout nouveau laboratoire de la police scientifique de la ville? le premier au monde? est chargé de l'enquête. Il est dirigé par le professeur Hugo Salacan et le commissaire Victor Kolvair, rescapé des tranchées. Cette enquête va révéler deux visions de la justice, de la police et de la science, deux visions aussi, faut-il le dire, d'une société en pleine mutation. Le Sang des bistanclaques est une plongée dans la société lyonnaise des Années folles. C'est aussi le parcours d'une autre folie, une folie individuelle, le portrait d'un enfant de la Croix-Rousse devenu tueur en série.
« Kolvair poussa un profond soupir, la mine préoccupée. En réalité, il luttait pour ne pas laisser la panique le gagner: la victime avait été retrouvée morte dans la cour intérieure de l'hôtel. Elle n'avait livré à Durieux que de bien minces et trop rares indices. Et encore, Kolvair usait d'hyperbole: en réalité, ils n'avaient rien. La cour pavée avait été lessivée à grande eau, anéantissant les si précieux relevés papillaires. Pour couronner le tout, l'arme du crime restait introuvable. Ils avaient de toute évidence affaire à un professionnel ».Septembre 1920. Firmin Dutard, riche industriel lyonnais, est assassiné dans la cour intérieure du Grand Hôtel à Lyon. Tué à l'arme blanche. Le commissaire Kolvair est chargé de boucler au plus vite cette enquête embarrassante. Au laboratoire scientifique, Durieux supplée tant bien que mal le brillant professeur Salacan, en déplacement à Londres pour un colloque mondial de criminologues. Le jeune assistant est catégorique: selon les mesures du légiste et ses calculs, le meurtrier ne mesure pas plus d'un mètre vingt-huit. Une empreinte accuse un certain Thibaud, né sous X, fiché pour vols dans le dossier anthropométrique de la police judiciaire. Délinquant de onze ans, multirécidiviste: c'est le coupable idéal. Les preuves scientifiques, infaillibles, l'accablent. Pourtant, Kolvair n'est pas satisfait. Malgré les doutes qui subsistent concernant la personnalité fragile de l'accusé, le jeune garçon est envoyé à Mettray. Cette institution pour mineurs délinquants est un bagne pour enfants qui n'avoue pas son nom...
Scénariste formée à la Femis-Ensmis (Ecole nationale supérieure des métiers de l'image et du son), Odile Bouhier signe avec Le Sang des bistanclaques son premier roman. Elle poursuit l'écriture des enquêtes du professeur Hugo Salacan et du commissaire Victor Kolvair avec De mal à personne, publié aux Presses de la Cité en mars 2012.
Installés dans les combles du palais de justice de Lyon, le commissaire Kolvair et le professeur Salacan sont, dans les années 1920, les premiers experts. L'un est unijambiste, mélomane, rescapé des tranchées. Le second est marié, père de famille, dévoué à la criminologie. Initiateurs de la police scientifique, ils sont chargés d'élucider la mort de Firmin Dutard, riche industriel tué à l'arme blanche. Les premières conclusions révèlent que le meurtrier mesure un mètre vingt-huit: la taille du fils de la victime, celle de nombreux enfants... Parricide? Crime crapuleux? A une époque où les colonies pénitentiaires pour mineurs délinquants sont des bagnes pour enfants qui n'avouent pas leur nom, à une époque où la science n'a pas les moyens de ses intuitions, le commissaire devra remettre en question ses rares certitudes pour faire la vérité sur cette affaire...
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