En France. quand elle n'est pas tout simplement ignorée, la question raciale est prise en tenaille Il y a d'abord celles et ceux, les plus nombreux à gauche, qui en font une sorte de menace à la prise en compte des classes sociales et de l'exploitation économique. Il y a ensuite celles et ceux qui, souvent en réaction aux premiers, soulignent l'importance de traiter la race comme une construction identitaire Si l'on reconnaît alors au racisme et aux processus de racialisation la capacité de structurer le monde social, c'est au prix d'une séparation entre les problèmes liés à l'identité ou aux représentations d'une part, et les questions relatives à la domination sociale, au fonctionnement du capitalisme et aux luttes populaires d'autre part. La volonté qui traverse ce recueil est de donner à voir des points de vue, souvent non francophones, qui ne cèdent ni sur l'autonomie propre de la question raciale en tant que telle, ni sur son imbrication avec les luttes de classe, avec la problématique du droit à la ville ou encore sur les aspects économiques des disparités raciales Tout en présentant sous une forme didactique une recherche encore à mener en France, le livre s'efforce aussi d'introduire les premiers jalons d'une réflexion stratégique globale contre le système raciste, qui considère autant les défis posés par l'organisation autonome des non-Blanches que les enjeux d'une alliance avec les couches populaires blanches et leurs organisations.
Le féminisme fait souvent office de faire-valoir à tous les programmes, émancipateurs Ou non. Du côté du bloc au pouvoir, les "droits des femmes" sont devenus un argument du maintien de l'ordre, des lois islamophobes à la politique d'incarcération des non-Blancs. Parmi les progressistes, le féminisme est une lutte parmi d'autres, qu'on cite volontiers entre I'antilibéralisme et la défense de l'environnement. A l'inverse, ce livre propose de donner toute sa portée au féminisme, de restaurer sa vocation révolutionnaire, de clarifier sa contribution à tout projet de bouleversement de l'ordre des choses. En quoi transformer la famille, la sexualité, l'organisation de la reproduction sociale et biologique, le travail domestique ou encore le travail affectif implique-t-il de révolutionner la vie quotidienne, la santé, la culture, le travail salarié, le logement, la vie collective, les allocations sociales ? Comment les apports du féminisme noir permettent-ils de repenser le dépérissement de l'Etat ? Ce recueil, regroupant des textes fondateurs du féminisme marxiste et des articles plus contemporains, est un manuel à l'usage de celles et ceux qui ne se satisfont pas de transformations partielles, mais qui entendent changer le système dans sa totalité.
Félix Boggio Ewanjé-Epée est étudiant en philosophie et participe aux comités éditoriaux de la Revue des Livres et de ContreTemps. Stella Magliani-Belkacem travaille aux éditions La fabrique. Ensemble, ils ont contribué à Nous sommes les indigènes de la République (2012) et ont coordonné l'ouvrage collectif Race et capitalisme (2012).
Que veut dire "vivre sans institution" ? Tout processus de destitution n'impliquet- il pas de réinstituer quelque chose ? Le slogan "soyons ingouvernables" contient-il, au-delà du cri de ralliement, la formule d'une vie sans police, sans économie, sans travail, sans pouvoir ? Dans cet échange vif avec Eric Hazan, Lordon fait d'abord oeuvre de clarification et de définition, "pour éviter les malentendus inutiles" , et ouvre un débat stimulant avec quelques-unes des thèses les plus fortes du Comité invisible.
La France a été un Etat colonial... La France reste un Etat colonial." En janvier 2005, l'Appel des Indigènes de la république était lancé, signé par de nombreux militants politiques et associatifs ainsi que des intellectuels. Par la suite structurés en mouvement puis en parti, les Indigènes de la république proposent depuis sept ans une réinterprétation radicale, à travers les catégories de colonialité et de races sociales, des problématiques et des conflits qui traversent la société française : racisme et antiracisme, luttes de l'immigration et des quartiers populaires. Leur démarche a influencé tant les forces de gauche que les militants de l'immigration et des quartiers et marqué les questionnements de nombreux chercheurs et intellectuels. Cependant, beaucoup encore ne connaissent que leur Appel fondateur, ou quelques uns des nombreux textes qu'ils ont publiés. A travers cette anthologie de textes produits par Houria Bouteldja, Sadri Khiari et d'autres militants des Indigènes, on découvrira une réflexion politique novatrice en mouvement, articulée à une pratique militante qui bouscule le champ, finalement très conservateur, de la gauche antiraciste. Cette anthologie est accompagnée d'un entretien inédit mené par Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani-Belkacem : c'est l'occasion pour Houria Bouteldja et Sadri Khiari de restituer toutes les étapes traversées par le Parti des indigènes de la république et de poser les défis de demain.
Le premier âge du capitalisme, c'est celui qui, du XVe au milieu du XVIIIe siècle, voit l'Europe occidentale partir à l'assaut des continents américain, africain et asiatique. Dans ce premier tome, Alain Bihr se penche sur cette expansion en détail. Il montre comment, par le biais du commerce forcé et déloyal, de l'échange inégal ou, plus directement encore, par la réduction au servage ou à l'esclavage de leurs populations, les sociétés qu'elle a affectées ont vu leurs propres circuits d'échange perturbés, leurs structures productives altérées, leurs pouvoirs politiques traditionnels instrumentalisés ou détruits. Avec pour principal résultat de soutenir la dynamique de formation du capitalisme en Europe même. Loin de verser dans le misérabilisme, l'auteur insiste cependant sur la résistance que ces sociétés ont su opposer aux Européens. Résistance inégale, fonction de leur développement historique antérieur, auquel l'ouvrage prête à chaque fois une grande attention, en fournissant de la sorte un panorama du monde à l'aube des temps modernes. En dernier lieu, l'auteur souligne les divergences entre les Etats européens qui vont se lancer dans cette aventure, les rivalités et conflits qui vont les opposer et redistribuer les cartes entre eux à différentes reprises, les bénéfices fort inégaux qu'ils vont en retirer. Autant de points dont la pleine explication est renvoyée aux deux tomes suivants de l'ouvrage.
Que peut-il bien y avoir de commun entre Mai 68 et le mouvement des Gilets jaunes ? Cinquante ans après, l'"événement" parle encore, et les objectifs portés par les mouvements de contestation trouvent un écho avec les Gilets jaunes ? : les salaires, la reconnaissance sociale, la démocratie. La recherche d'une démocratie active, réelle et à tous les échelons de la société trace un fil entre les deux moments. Ce livre propose de retisser une analyse replaçant le mouvement des Gilets jaunes dans la longue chaîne de mouvements populaires porteurs d'aspirations démocratiques radicales qui se sont manifestés à l'échelle internationale depuis les années 1960. De longue date, la protestation sociale est porteuse des préoccupations écologiques, de la demande de transformation radicale du travail, d'une volonté d'organisation démocratique et collective des entreprises et des services publics, ainsi que d'une démocratie sous le contrôle direct du plus grand nombre pour développer ce qui peut et doit être commun. Ce que disent les mouvements populaires et les contestations radicales compose une sorte de projet, un espoir autant qu'un programme qui reste à écrire ? : Mai 68 est un arbre de la liberté comme le furent ceux plantés en 1793 en France. Pour renouer ce fil, l'auteur étudie avec précision ce qui s'est passé, dans les entreprises, les services, les villes et les universités, ce qu'ont fait les divers partis et organisations afin de tenter d'élucider pourquoi il s'agissait alors d'une "révolution sans révolution". Un livre qui permet de comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle qui appelle à reconstruire un espoir en confrontant ces réflexions aux questions posées par les Gilets jaunes.
Rudder Véronique de ; Cognet Marguerite ; Eberhard
Le racisme et les discriminations sont un système. Véronique De Rudder nous en dévoile ici les mécanismes et passe au crible les relations inter-ethniques qui en découlent. Elle explore la place de l'immigration et de sa descendance dans la société française. Ses textes s'avèrent d'une étonnante actualité, alors même que les enfants d'immigrés, désormais adultes, sont porteurs de revendications d'égalité. Elle nous propose une analyse critique du républicanisme français dont l'universalisme, inscrit en lettres d'or dans les textes constitutionnels, coïncide en pratique avec un système de discriminations tolérées, voire, à l'occasion, codifiées. Les victimes du racisme sont massivement les immigrés originaires des anciennes colonies et leurs enfants, citoyens français de plein droit, et pourtant de seconde zone, renvoyés à leurs origines comme à une marque d'indignité. Se réclamant d'un universalisme en actes, l'auteure souligne la nécessité de changer les politiques qui malmènent les valeurs démocratiques.