Dans les cavernes qui ont été ses premiers abris, l'homme dessine sur les parois les objets de son désir et de sa lutte pour la vie. Le concept surgit dans la vie d'êtres qui sont chasseurs et nomades. Sans doute peut-on montrer le plus clairement ce dont un concept est capable lorsque l'on songe à la fabrication d'un piège : il est en tous points conçu en fonction de l'aspect, des mesures, du comportement et de la démarche d'un objet qui est seulement espéré, qui n'est pas présent et qu'il faut d'abord amener à être capturé et appréhendé. Cet objet est à son tour lié à des besoins qui ne sont pas ceux du jour même, qui ont donc une dimension temporelle. Une théorie anthropologique du concept est un réquisit urgent, car elle seule permet de prendre en compte sur un mode fonctionnel aussi bien la performance d'un concept que son déficit face à des exigences qui ne procèdent pas d'une forme de vie nomade, mais présupposent le loisir du sédentarisme. Car l'état de choses étonnant est que, certes, le concept est un produit de la vie des chasseurs et des nomades, mais la théorie, qui semble le condensé de ce que permettent de réaliser les concepts, a pour condition la sédentarité urbaine et la division du travail. "
Date de parution
24/08/2017
Poids
148g
Largeur
125mm
Plus d'informations
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EAN
9782841624164
Titre
THEORIE DE L'INCONCEPTUALITE
Auteur
BLUMENBERG HANS
Editeur
ECLAT
Largeur
125
Poids
148
Date de parution
20170824
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Ce livre d'Hans Blumenberg (1920-1996) est l'un des classiques du débat contemporain sur les origines de la modernité et sur les conditions de formation de la rationalité scientifique qui en constitue le coeur. Initialement paru en 1966, il est traduit ici d'après la deuxième édition de 1988 qui intègre les discussions qu'il a suscitées. L'investigation se déploie selon quatre axes : 1. Une critique de la catégorie de "sécularisation" mise en vogue par Eric Voegelin, Karl Löwith ou Carl Schmitt. 2. Une analyse du rôle de l? "absolutisme théologique" de la fin du Moyen-Âge : ou comment la radicalisation de la transcendance divine conduit à la découverte de l'absolu immanent. 3. Une histoire de la curiosité à l'égard des secrets de la nature. 4. L'examen de deux auteurs illustrant "deux manières de rapporter au seuil d'une époque" : Nicolas de Cues, avant Copernic, et Giordano Bruno, après Copernic. Foisonnant, subtil, imaginatif : un ouvrage à lire !
« Philosophe cultivant le secret, volontairement éloigné de la place publique, Hans Blumenberg bénéficie d un capital de sympathie de la part de ceux qui ne l ont pas encore lu mais en ont entendu parler... On dit qu il est un des plus importants penseurs allemands contemporains, on dit que sa réflexion philosophique est à la hauteur de sa discrétion, on dit beaucoup de choses le concernant... Avec Le souci traverse le fleuve, les on-dit deviennent des certitudes. » (Thierry Paquot, La Quinzaine littéraire)
Philosophe étonnant, déroutant, anti-systématique, Hans Blumenberg est l auteur d une uvre immense. Cet ouvrage en restitue l une des principales lignes directrices: la « métaphorologie », où l image se montre comme la racine de toute pensée conceptuelle. L étude porte ici sur le « naufrage » comme métaphore de l existence humaine, de ses périls, de ses limites. Naufrage qui ne prend son sens qu au regard d un spectateur, fasciné ou contemplatif, distancié ou impliqué, dans le spectacle de la faillite des aventures humaines, du désordre de l Histoire. Une image très simple que celle du naufrage. Blumenberg, à sa manière inimitable, en déploie toute la richesse, convoquant ceux qui l ont travaillée, déplacée, retournée. De Lucrèce à Nietzsche, en passant par Voltaire, Goethe et d autres, il nous invite à une véritable traversée du sens.
A une époque où, dans le monde entier, des dizaines de milliers de personnes peuvent écouter, sous les formes les plus diverses et dans les conditions les plus extravagantes, La Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach, Blumenberg s'interroge sur ce que peut entendre et comprendre l'auditeur contemporain. Deux cent cinquante ans seulement se sont écoulés depuis la création de ce chef-d'oeuvre, et pourtant le monde a profondément changé. Mais en dehors des considérations techniques, au sens large du terme, se pose la difficulté de comprendre la Passion du Christ, la passion du Dieu de Jean-Sébastien Bach, le Dieu d'Augustin et de Martin Luther King. Appliquant les catégories de la phénoménologie, convoquant également la théologie, la psychanalyse et l'herméneutique, Blumenberg confronte les Evangiles, le livret de l'oeuvre de Bach et les textes de la tradition théologique pour mesurer la distance qui sépare l'auditeur d'aujourd'hui de la "communauté" pour laquelle Bach composait.
L'institution du Shabbat est la plus importante contribution du judaïsme à l'humanité, tout en étant le fondement de la vocation spécifique d'Israël. Résistance à l'oubli de l'origine, appel à la maîtrise du temps pour assurer la liberté de l'homme, évocation d'un jour futur "qui sera tout entier Shabbat et repos pour une vie du monde qui vient", il introduit dans l'existence une dimension essentielle, dont le monde contemporain, livré à la démesure, doit absolument prendre conscience. A un projet prioritairement économique, obsédé par la satisfaction du besoin et le culte de la croissance, il oppose une vision d'avenir liée non à un manque, mais à une plénitude. Il rappelle l'indispensable valeur de la limite et du lien entre les générations.