Critique N° 774, Novembre 201 : "La mise en scènes : mort ou mutation ?"
Biet Christian ; Karsenti Tiphaine ; Pavel Thomas
MINUIT
11,00 €
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EAN :9782707322036
Il n'est bruit parmi les gens de théâtre que de la crise du théâtre. Crise de la profession, dont le malaise suscité par le statut des intermittents n'est qu'un des aspects. Crise aussi de l'institution théâtrale et du modèle de "service public" dont l'hégémonie est récente mais qui accomplissait au fond un très ancien v?u des Lumières, celui d'une scène civique, mi-école et mi-agora. Certes, le théâtre a toujours vécu aussi de ses crises. Celle-ci a pourtant une dimension qui paraît nouvelle et pourrait être symptomatique d'un ébranlement en profondeur. Depuis au moins un demi-siècle, le théâtre le plus "moderne", le plus vivant en tout cas, a été dominé par la figure du metteur en scène - flanquée à partir des années 60-70 par celle du "dramaturge". Or c'est bien cette figure qui paraît aujourd'hui compromise ou dévaluée. C'est toute une manière de faire du théâtre et surtout de le "diriger" qui est mise en cause dans ce qu'on appelle parfois le "postdramatique". C'est ce dossier dans le dossier, cette crise à l'intérieur de la crise, qui fait l'objet des articles ici réunis. Pour l'instruire, nous avons fait appel à deux spécialistes des études théâtrales: Christian Biet retrace, à travers trois ouvrages récents, la généalogie de cet étrange personnage qu'est le metteur en scène; Tiphaine Karsenti, à partir d'un important ouvrage d'Isabelle Barbéris, montre comment la crise théorique et pratique du théâtre contemporain pourrait bien cacher une autre, celle de la mise en scène. Et tandis que Thomas Pavel, professeur à l'université de Chicago, revient sur la dramaturgie de Claudel (dont l'?uvre théâtrale paraît dans la Pléiade), Elena Galtsova, chercheuse à l'Académie des sciences de Russie, nous parle des heurs et malheurs du théâtre français contemporain dans son pays. Nous souhaitions évidemment recueillir aussi les réactions d'un metteur en scène: Jacques Lassalle, que son parcours et ses livres désignaient pour être celui-là, répond dans un entretien accordé à Critique aux questions de Christian Biet et Yves Hersant.
Nombre de pages
96
Date de parution
10/11/2011
Poids
114g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782707322036
Titre
Critique N° 774, Novembre 201 : "La mise en scènes : mort ou mutation ?"
Auteur
Biet Christian ; Karsenti Tiphaine ; Pavel Thomas
Editeur
MINUIT
Largeur
135
Poids
114
Date de parution
20111110
Nombre de pages
96,00 €
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Je sais ce que je vaux, et crois ce qu'on m'en dit", écrit Corneille, en 1637. Ce fils de notables rouennais est le premier professionnel de la littérature. Brillant dans sescomédies (La place royale, Le menteur), altier dans ses tragédies (Horace, Cinna, Nicomède) grand amateur de complexités dans ses intrigues (L'illusion comique, Héraclius), il sait aussi parfaitement représenter, dans son théâtre, les chassés-croisés amoureux et financiers (La Veuve, La Suivante), les méandres de la politique (Sertorius, Othon), les dangers de la passion (Médée, Rodogune) ou les combats de l'honneur et du coeur (Le Cid, Suréna). Mais Corneille est encore un excellent technicien en matière de poésie religieuse (L'Imitation de Jésus-Christ), de billets galants et d'odes à la gloire des grands qui le protègent. Bourgeois anobli veillant à ses intérêts, ce Normand virtuose s'installe au tout premier plan de la scène littéraire parisienne, s'oppose, puis s'allie à Molière, tente de résister au succès de Racine, plie parfois devant le pouvoir, mais sait toujours se battre pour ses droits. Christian Biet brosse le portrait d'un homme de lettres sûr de lui, un éditeur scrupuleux - de ses textes, un poète, un dramaturge dont l'oeuvre a traversé les siècles. De Rouen à Paris, des jeux de paume au théâtre du Marais, de la politique culturelle de Richelieu au pouvoir absolu de Louis XIV, des triomphes à la scène aux succès d'édition, de la diversité des publics aux querelles littéraires, de la magistrature à l'Académie française, 130 documents pour retracer le parcours du premier auteur "moderne'."
Qui est ce DON JUAN dont l'histoire, depuis près de quatre siècles, hante la littérature et la morale de l'Occident ? Un héros impie, qui séduit les femmes à tour de bras, défie la société et ses institutions, la famille, la religion, Dieu, la mort, et qui, toujours puni, le paie de sa vie ? Les premières pièces de théâtre qui lui sont consacrées présentent l'aventure d'un homme qui s'affronte aux valeurs intangibles, représentées en dernier recours par une statue. Tirso de Molina titre Le Trompeur de Séville et le Convive de pierre (vers 1625), mettant les deux protagonistes sur un pied d'égalité -mais il se trouve que le Trompeur est vaincu ! Molière insiste sur l'instant de la rencontre : Dom Juan ou le Festin de pierre (1665) ; Mozart, sur les jeux dangereux du pouvoir et de la séduction : Don Giovanni (1787). Devenu un mythe, Don Juan sert toutes les causes et tente bien des humains... Christian Biet, qui lui porte un intérêt certain, vous fera découvrir ce que ce provocateur n'est sans doute pas ce qu'on croit !
L'éclat du roi Louis XIV et de ses artistes est indissociable des années 1660-1690.Epoque de faste, époque de querelles littéraires et artistiques, époque brillante, située entre les troubles de la Fronde et le déclin du royaume, ces trente années d'absolutisme ont marqué la conscience nationale: c'est le "Grand Siècle". Autour du jeune souverain qui conquiert son droit à exercer seul son pouvoir, qui réunit ses artistes, et se regarde au travers de leurs oeuvres musicales - avec Lully -, picturales - avec Le Brun et Mignard -, littéraires - avec les odes et les tragédies -, une culture monarchique se constitue.Parallèlement, comme en miroir, ou en regard, d'autres courants s'intercalent, philosophiques, libertins, réformés, qui résistent à l'établissement d'un pouvoir absolu sur les arts et les lettres, le contestent, ou l'évitent. A côté des grands noms, des Corneille, des Racine, des Molière ou encore La Bruyère, Sévigné et La Fayette, Christian Biet nous fait découvrir, le temps d'un livre, les diverses mouvances et facettes de la littérature et des arts du "Siècle de Louis XIV".
À quiconque s?interroge sur le rôle des images dans notre connaissance de l?histoire, l?atlasMnémosyne apparaît comme une oeuvre-phare, un véritable moment de rupture épistémologique.Composé, mais constamment démonté, remonté, par Aby Warburg entre 1924 et 1929, il ouvreun nouveau chapitre dans ce qu?on pourrait nommer, à la manière de Michel Foucault, unearchéologie du savoir visuel. C?est une enquête « archéologique », en effet, qu?il aura fallu menerpour comprendre la richesse inépuisable de cet atlas d?images qui nous fait voyager de Babyloneau XXe siècle, de l?Orient à l?Occident, des astra les plus lointains (constellations d?idées) auxmonstra les plus proches (pulsions viscérales), des beautés de l?art aux horreurs de l?histoire.Ce livre raconte, par un montage de « gros plans » plutôt que par un récit continu, lesmétamorphoses d?Atlas, ce titan condamné par les dieux de l?Olympe à ployer indéfiniment sousle poids du monde, en atlas, cette forme visuelle et synoptique de connaissance dont nouscomprenons mieux, aujourd?hui, depuis Gerhard Richter ou Jean-Luc Godard, l?irremplaçablefécondité. On a donc tenté de restituer la pensée visuelle propre à Mnémosyne: entre sa premièreplanche, consacrée à l?antique divination dans les viscères, et sa dernière, hantée par la montée dufascisme et de l?antisémitisme dans l?Europe de 1929. Entre les deux, nous aurons croisé lesDisparates selon Goya et les « affinités électives » selon Goethe, le « gai savoir » selon Nietzscheet l?inquiétude chantée dans les Lieder de Schubert, l?image selon Walter Benjamin et les imagesd?August Sander, la « crise des sciences européennes » selon Husserl et le « regard embrassant »selon Wittgenstein. Sans compter les paradoxes de l?érudition et de l?imagination chers à Jorge LuisBorges.Oeuvre considérable de voir et de savoir, le projet de Mnémosyne trouve également sa source dansune réponse d?Aby Warburg aux destructions de la Grande Guerre. Non content de recueillir lesDisparates du monde visible, il s?apparente donc à un recueil de Désastres où nous trouvons,aujourd?hui encore, matière à repenser, à remonter, poétiquement et politiquement, la folie denotre histoire.
L?artiste est inventeur de temps. Il façonne, il donne chair à des durées jusqu?alors impossibles ou impensables : apories, fables chroniques. Un petit film de Sarkis intitulé Au commencement, l?apparition donne ici l?occasion de réfléchir ? historiquement et anthropologiquement ? sur l?étrange figure composée du lait et de la mort. Entre l?écoute et la parole, une installation d?Esther Shalev-Gerz, permet quant à elle de reposer à nouveaux frais la question du témoignage historique et de ses « blancs », de ses événements de silence. Question qui ne peut être traitée de haut puisqu?elle met en cause notre langage lui-même, et qui cherche son propre phrasé à l?écoute de la littérature, qu?il s?agisse d?un poème de Mallarmé, d?une fable hassidique ou d?un récit de Georges Perec.