Le jeu des familles dans le roman français du XIXe siècle
Bernard Claudie
PU SAINT ETIENN
24,99 €
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EAN :9782862726458
Extrait Le jeu des familles au XIXe siècle Qui d'entre nous n'a pratiqué, dans son enfance, le jeu des sept familles ? Souvenez-vous : chaque participant doit rassembler des séries comprenant chacune le grand-père, la grand-mère, le père, la mère, le fils, la fille ; le gagnant est celui qui en ramasse le plus grand nombre. Balançant à chaque génération un mâle et une femelle, ces séries articulent l'axe horizontal de l'alliance et l'axe vertical de la filiation, complété, au niveau du fils et de la fille, par une relation d'adelphisme. Elles dessinent ainsi dans l'espace fictif des maisonnées, généralement associées à un site, un métier, une activité partagés ; elles ébauchent dans le temps fictif des Lignées, patrilinéaires. Que ce jeu ait été inventé au XIXe siècle n'est pas accidentel. Médiation entre l'individu et la société, la famille apparaît alors comme de plus en plus cruciale et dans la construction des egos, et dans le maintien de l'ordre collectif, à une époque où l'acception étendue du terme, englobant tout un groupe de personnes liées, à différents degrés, par la filiation et par l'alliance, recule devant son acception restreinte, le noyau du père, de la mère et des enfants, parfois réduit à deux, voire à un seul membre. Le jeu des sept familles fait partie d'une vaste gamme de pratiques et de discours qui témoignent du remodelage de l'institution, dans ses attributs, ses usages, ses normes, ses sens, tout en contribuant à ce remodelage. En effet, la famille étant inséparablement structure empirique et structure mentale, pratiques et discours, officiels ou spontanés, doctes ou frivoles, ne se contentent pas de reproduire les nouvelles formules : ils concourent à les produire. Au seuil d'une étude consacrée à la représentation littéraire de la famille, le jeu des sept familles - jeu, ou divertissement, de société, ou petit cercle juvénile - me servira de métaphore heuristique pour cerner, dans un premier temps, le jeu, ou fonctionnement, des familles dans nos grandes sociétés historiques, dans un second temps, le jeu, ou dispositif mimétique, des familles dans le roman du XIXe siècle, et d'explorer leurs règles, leurs enjeux, leurs contextes respectifs. Ces prémisses nous aideront à appréhender, au fil du livre, comment 1a fiction répercute, repense, reconfigure l'institution, dans sa dimension factuelle, cognitive et fantasmatique, et participe ainsi à sa redéfinition. Le jeu de société diffère par sa nature du jeu sociétal. Le premier est librement choisi, circonscrit dans l'espace et dans le temps, désintéressé, et enferme dans une réalité parallèle. Le second, auquel nul n'échappe, investit les lieux et la durée de la vie, et assure la reconduction de ses conditions ; il est obligatoire, pérenne, productif, et résolument sérieux. En quoi le jeu sociétal s'écarte-t-il, par ses règles, du jeu de société, règles recouvrant ici des données, des objectifs, des consignes et des principes ? Il se signale, d'abord, par la complexité de ses données. Les cartes étalent trois fois deux couples, multipliés par le nombre magique de sept, et chaque carte est l'égale d'une autre. Dans le monde sublunaire, les chiffres ne sont pas limités ; un père n'a pas la même valeur qu'un fils, ni un fils qu'une fille, certaines cartes constituent des atouts (l'ancêtre à particule, l'héritière, le diplômé plein d'avenir) ou des handicaps (le parent pauvre, l'enfant prodigue), et les rapports entre les unités sont étroitement codifiés. Les deux jeux contrastent aussi par leurs objectifs. Éparpillées dans la distribution initiale, les familles de papier visent à se retrouver, se refermer sur leur sizain originel ; dans le monde au contraire, les familles, qui cherchent à se perpétuer, doivent passer de la cohésion à l'éclatement. D'où des dissemblances dans les consignes. Les familles de papier se reconstituent de proche en proche en récupérant leurs éléments égarés parmi les six voisines ; dans le monde, les familles se prolongent en greffant leurs éléments sur des familles étrangères. Dissemblance enfin au niveau des principes. Aux cartes domine une forme de nécessité (le hasard de la donne), auquel répond un nombre restreint de stratégies ; face aux nécessités du monde (aléas de la vie ou multiples déterminismes), la liberté des conduites et la variété des combinaisons domestiques, quoique contrôlées, restent ouvertes.
Nombre de pages
323
Date de parution
06/02/2014
Poids
580g
Largeur
160mm
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EAN
9782862726458
Titre
Le jeu des familles dans le roman français du XIXe siècle
Auteur
Bernard Claudie
Editeur
PU SAINT ETIENN
Largeur
160
Poids
580
Date de parution
20140206
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Dans la France du dix-neuvième siècle, l'institution familiale se trouve dans une phase de transition historique, et dans une position à la fois triomphale et contestée. Avec l'avènement de la classe et des valeurs bourgeoises portées par la Révolution se répand le modèle domestique bourgeois ; les familles de type nobiliaire ou paysan, enracinées dans une terre et une tradition, prises dans un réseau de relations lignagères et communautaires, et placées sous l'autorité du père, reculent devant le ménage mobile, autonome, rassemblé par l'amour autour de la mère et des enfants, qui caractérise notre civilisation industrielle et urbaine. Ce livre interroge la façon dont les intellectuels du dix-neuvième siècle ont pensé la mutation de la famille, considérée dans son rôle de médiateur entre l'individuel et le social. La première partie fait le point sur l'état de l'institution dans l'avant-dernier siècle, telle que nous pouvons la penser aujourd'hui. La famille est appréhendée en tant que maisonnée dans l'espace, et lignée dans le temps ; dans le jeu de ses alliances et l'enchaînement de ses filiations ; dans ses fonctions sexuelle, économique, autoritaire et, de plus en plus, sentimentale ; sans oublier les infractions qui tout ensemble contestent et confirment ses règles. La deuxième partie examine comment, de la Révolution à l'aube de la Troisième République, la famille a suscité chez les penseurs différents types de discours : des formules conservatrices qui se réclament du nom du Père et de la Tradition, patriarcalisme et phallocentrisme ; en antithèse, des formules de contestation qui opposent à la famille un utopisme totalitaire (focalisé sur la Cité), libertaire (recentré sur le moi) ou féministe (défenseur du sexe opprimé) ; enfin, des formules progressistes qui affirment les droits de l'individu, du citoyen et du coeur, paternalisme éclairé, réformisme libéral, et familialisme romantique. Une telle étude apparaît d'autant plus opportune aujourd'hui que, un peu comme dans les décennies postrévolutionnaires, la famille est en pleine redéfinition, et se pense volontiers sur le mode de la crise.Claudie Bernard, professeur à New York University, est l'auteur du Chouan romanesque, Balzac, Barbey d'Aurevilly, Hugo (Presses Universitaires de France, 1989), du Passé recomposé, le roman historique fiançais du dix-neuvième siècle (Hachette, 1996), et de nombreux articles et éditions consacrés à la littérature du dix-neuvième siècle.
Bernard Claudie ; Massol Chantal ; Roulin Jean-Mar
Le passage de l'Ancien Régime aux sociétés démocratiques s'accompagne d'une mutation de la famille, dans laquelle se redéfinissent notamment les notions de "frère" et de "soeur", mais aussi la relation de "Fraternité", érigée en symbole du lien social. C'est cette question de la redéfinition du lien adelphique, de son éthique, de sa politique, que les études réunies clans ce volume explorent, dans des textes littéraires de Stendhal à Proust. La fiction et le récit, en effet, imposent au fait biologique une réalité sociale, construisent un imaginaire, parfois mythique, et établissent des valeurs. Présente dès les premiers récits de l'Occident, la relation adelphique connaît, clans la littérature du XIXe siècle, un remarquable rendement fictionnel. Elle constitue un élément majeur de la construction des personnages, de la structuration des intrigues, voire de l'édification des séries. Elle est parfois à mettre en rapport avec un donné biographique de l'auteur, et toujours avec son lien au lecteur, ce semblable, ce frère. La réflexion collective fait ici apparaître que l'adelphie, dans la fiction du XIXe siècle, a ainsi été constituée en lieu, au sens rhétorique, de la réflexion sur la société dans le nouveau régime familial et politique.
Au XIXe siècle, toute fiction historique constitue une sorte de millefeuille de papier. Elle utilise en effet un abondant matériau historiographique et se réfère éventuellement à des sources d'époqueu2009; elle emprunte à la fiction antérieure, historique ou non. Les récits activent ainsi un dispositif intertextuel complexe, fondé sur la reprise et la reconfiguration de situations, de scénarios, de figures, d'images, de postures auctoriales. Leur dynamique transdiscursive leur permet de problématiser les schémas narratifs, les modèles interprétatifs, les partis pris idéologiques, de proposer des perspectives inédites. Volontiers ironiques, les fictions historiques interrogent à la fois la capacité de l'histoire à faire sens, et les pouvoirs épistémologiques et émotionnels de la fiction.
A la suite de la réforme de Benoît d'Aniane (816), le clergé était régulièrement partagé en trois groupes : les moines, les chanoines et les religieuses. Pour les hommes il y avait ceux qui se coupaient du monde, les moines, et ceux qui y demeuraient, les clercs et les chanoines; les premiers pouvaient rester laïcs, les seconds recevaient les ordres de la cléricature, notamment le diaconat puis la prêtrise. Toutefois le partage n'était pas entièrement satisfaisant, car certains chanoines voulaient eux aussi mener une vie placée sous le signe d'une règle, comme les moines, et suivre le régime des Apôtres, marqué par une vie commune et l'absence de propriété personnelle. Au début du XIe siècle, à l'instigation de la communauté religieuse de Saint-Ruf, près d'Avignon, un mouvement se développa dans cette direction et, en 1092, le pape Urbain II en vint à soutenir les chanoines qui adoptaient une règle nouvelle, dite de saint Augustin, distincte de celle de saint Benoît de Nursie. Ainsi se trouvait créée une catégorie de religieux intermédiaire entre les moines et les chanoines. Le sixième colloque international du CERCOR, dont les actes sont publiés ici, leur a été entièrement consacré. Il comprend deux groupes de communications : le premier s'attache à la définition des chanoines réguliers face aux moines et aux chanoines séculiers et à l'étude de leur spécificité en matière de liturgie, d'enseignement, d'accueil des pauvres et des femmes, d'ouverture aux laïcs ; le second examine l'expansion des chanoines réguliers dans certains pays (France, Empire, Italie, Espagne, Grande-Bretagne).