Jean-Louis Baudry nous découvre la parenté ente la correspondance de Freud et celle de Proust, comme premier moment d'une activité d'écriture qui fut pour chacun d'eux vitale. Dans une mise en scène de ce qu'il appelle leur position d'écriture, il montre comment la correspondance amoureuse de Freud avec sa fiancée, puis son échange de lettres avec l'ami des temps premiers de l'invention de la psychanalyse, inaugurent le travail théorique à venir, de même que l'adresse constante de Proust à sa mère, à ses amis, ébauche et prépare le roman. Si l'écriture apparaît ici comme moyen et itinéraire d'une découverte d'abord mise en ?uvre dans la correspondance, si l'écrit théorique ou romanesque qui va s'ensuivre peut se révéler comme élaboration d'une longue lettre, c'est par la matérialisation d'un aveu, d'un mouvement constant de profanation - meurtre et dissection de cadavre - qu'accomplit l'écrit. On peut le lire explicitement chez Proust dans la méditation sur les mères profanées, plus secrètement chez Freud dans le franchissement de l'interdit de l'inceste qu'effectue la pensée psychanalytique en tant que telle. Mouvement où Baudry vient s'inscrire à leur suite en le découvrant pour nous. L""autre"est ainsi le troisième larron d'un trio d'écrivains: le destinataire des messages de Proust et de Freud, mais aussi bien l'auteur de ce livre-ci et ses propres destinataires, le lecteur qui enrôle un lecteur à son tour."
Date de parution
01/11/1984
Poids
180g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782707306982
Titre
Proust, Freud et l'autre
Auteur
Baudry Jean-Louis
Editeur
MINUIT
Largeur
135
Poids
180
Date de parution
19841101
Nombre de pages
0,00 €
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A l'enfant, voué par sa nature et quelquefois par les conditions de sa vie à la solitude, est accordé un don inattendu, une grâce qu'il n'a plus à espérer des autres parce qu'un langage autre, un langage venu des autres, s'est incarné dans sa propre voix. La lecture muette, riche de tant de mots qui ne sont pas les siens, a transformé sa solitude. Celle-ci n'est plus un asile, un refuge contre un sort contraire ; elle est un jardin où l'on peut disposer de biens offerts à profusion ; elle devient le lieu qui, à l'image de ce qu'il y a de plus terrestre dans le paradis, ne présente pas seulement des objets à des désirs existants, mais en invente d'autres, crée avec les objets qui transitent dans les mots des désirs à leur mesure. "
« Les Corps vulnérables » a été composé par Jean-Louis Baudry entre 1997 et 2010. 1200 pages pour dire l'amour, le deuil de l'être aimé. Par « corps », outre le sens habituel, il faut entendre ces corps d'ombre symboliques et spirituels que les poètes, visiteurs des enfers, ont rencontré, mais aussi le corps de la mémoire et ceux, aléatoires, de nos sentiments. Ce travail a répondu à la nécessité de rassembler à la mort de la femme aimée tout ce qui, jusque dans les moindres détails, avait été vécu avec elle. Entreprise qui répondait ainsi à la double exigence de maintenir par les seuls moyens de l'écriture une présence et d'explorer le volume sans fond de la mémoire.
Personnages dans un rideau. Ces personnages sont les figures masculine et féminine brodées sur les deux médaillons d'un rideau. Dans le premier ils s'avancent à la rencontre l'un de l'autre ; dans le second ils se sont déjà croisés. Sous leurs yeux indifférents, Edith, une femme encore jeune mais confinée chez elle par la maladie, au cours des conversations qu'elle a presque chaque jour avec un ami, Gardeni, tente d'évoquer, telles qu'elles lui parviennent à travers les confidences de Simon, les péripéties de l'indécise réconciliation de ce dernier avec Sylvia. Qu'est-ce qu'une réconciliation ? Une histoire d'amour revécue à l'envers ? Une action menée sous l'emprise de la mémoire ? Une manière de ressaisir sa vie ? Livrée aux nécessités incertaines de la parole et à ses hasards impérieux, cette tentative de récit ne peut échapper à l'obligation de devoir affronter dans leur simultanéité tous les aléas du langage, du désir et de la pensée. C'est qu'une réconciliation pourrait bien être aussi la forme suprême de l'amour et son but. Se réconcilier, ce serait enfin aimer. A mesure qu'elle devient malgré elle prisonnière de son corps et historienne de la vie d'un autre, Edith découvre qu'elle est investie d'une mission : transmettre un message dont elle ignore la destination. " Une parole avait été proférée depuis les origines et dans le passage d'une personne à l'autre elle était déformée, trahie, inventée. Déchéance et art, beauté et indignité".
Est-on jamais assuré de la beauté des corps, de la beauté des oeuvres ? Est-elle la cause de notre désir, ou le masque destiné à en dissimuler le véritable but ? Pourrait-elle être aussi une hypothèse de roman ? C'est en effet un romancier, Gabriel, qui demande à un de ses amis, Marc, d'observer pour son propre compte une jeune et belle femme, peintre de surcroît, qui vit à la campagne. Marc accepte d'autant plus volontiers que, poussé hors de la vie active par une mise à la retraite anticipée, il sait qu'habite non loin de là Jeanne, une de ses anciennes amies. Ainsi la beauté, celle de Clémence ou de son oeuvre, serait-elle affirmée ou supposée comme à l'intersection des relations entre les quatre personnages, les gouvernant à leur insu. Marc, quant à lui, écrivant à Gabriel des lettres qu'il n'envoie pas, se défend d'en subir le pouvoir. Comme le récit adopte le point de vue de Marc, ce conflit, qui s'inscrit dans la construction même des phrases, en détermine l'intrigue : le désir d'une vie de l'esprit et ses inévitables impasses.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.