Dans le paysage de la littérature française contemporaine, Annie Ernaux occupe une place de tout premier plan, par son abondante production d'abord; parce qu'elle a été récompensée par de nombreux prix et scientifiquement commentée ensuite; parce qu'elle réalise ce paradoxe d'être tantôt encensée ou calomniée - en raison de sa trop grande popularité; enfin, par son étrange revendication de "rester" selon ses propres termes, "d'une certaine façon, au-dessous de la littérature". Les diverses contributions ici rassemblées l'ont été à l'occasion d'une journée Ernaux, à l'université de Liège: elles furent produites peu après la parution des Années. Elles esquissent quelques lignes de force dessinant, chez l'auteur, un imaginaire entre dépossession et accumulation saturante; elles ne cessent d'interroger, de livre en livre, le passage du passé, son affleurement dans des moments ressuscités, qui semblent conjuguer insignifiance des faits relatés et intensité vibrante des évocations du "jamais plus"; elles pointent, enfin, la force agissante, structurante et destructrice du social dans ce que nous pensions intime ou personnel.
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Nombre de pages
164
Date de parution
15/06/2011
Poids
280g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782252037997
Titre
Annie Ernaux, se perdre dans l'écriture de soi
Auteur
Bajomée Danielle ; Dor Juliette
Editeur
KLINCKSIECK
Largeur
160
Poids
280
Date de parution
20110615
Nombre de pages
164,00 €
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Bajomée Danielle ; Dor Juliette ; Henneau Marie-El
Femmes et livres. La conjonction des deux termes a une histoire tumultueuse. Ce volume collectif tente d'en présenter certains moments, à travers le regard de spécialistes invités à soumettre la question à une analyse de genre approfondie. Il rassemble de manière originale des discours venus d'horizons différents: écriture et analyse littéraire, histoire de l'édition, histoire de la littérature, histoire du livre, sociologie de la lecture... Le champ d'investigation de cette enquête interdisciplinaire s'engage en outre dans des espaces géographiques (Angleterre, Belgique, Brésil, France, Italie) et sociaux variés, du XVIe au XXe siècle. Introduites par le témoignage réflexif d'une historienne des femmes de lettres sur son propre rapport à la lecture (Danielle Bajomée), les dix-huit contributions abordent le sujet selon plusieurs angles d'approche: la question de l'accès des femmes au savoir, la représentation littéraire de la lectrice, le statut de l'écrivains, ses relations au monde de l'édition et sa réception auprès du public, le débat autour des écrits destinés à un lectorat féminin... L'ouvrage est l'aboutissement d'une rencontre de chercheurs rassemblés autour de ces interrogations à l'occasion d'une Université d'été organisée par le groupe "Femmes Enseignement Recherche de l'Université de Liège," en juillet 2003. Les débats entre spécialistes et étudiants trouvent un prolongement dans ce recueil d'articles, qui en structurent et en enrichissent les principaux résultats.
Soin des enfants et des personnes âgées, nettoyage, travail pénible, boulot sale et sale boulot, ces activités ont en commun d'être à la fois nécessaires et invisibles, essentielles et pourtant dévalorisées, difficiles et donc déléguées à d'autres. Elles sont souvent oubliées par les philosophies du travail comme elles le sont dans la réalité sociale. C'est paradoxalement chez Hannah Arendt, pourtant accusée d'avoir une conception réductrice du travail, que l'on trouve une catégorie permettant de les appréhender dans leur unité : celle de labeur. Modifiant la traduction usuelle de sa distinction entre travail (labor) et oeuvre (work), qui renforce l'impression d'une dépréciation du travail par rapport à l'oeuvre, nous proposons de la rendre plus littéralement par le couple du labeur (labor) et du travail (work). Apparaît dès lors chez Arendt une véritable philosophie de l'activité posant le labeur comme condition du travail, lui-même condition de l'action. A l'aide de cette catégorie, elle pointe un ensemble d'activités vouées à la reproduction de la vie qui n'ont pas "droit de cité" , mais aussi le redoublement de cet effacement avec l'avènement du social dans la modernité. Malgré l'emprise théorique qu'exerce la logique du labeur, on ne cesse de refuser de le voir, d'en dénier la nécessité comme la dureté, en le confondant avec le travail. Une convergence aussi frappante qu'inattendue peut être mise en évidence entre cette catégorie de labeur et toute une constellation de concepts issus des théories féministes : le travail domestique, reproductif, travail de care ou encore de subsistance. Ces théories ne se sont pas réclamées d'Arendt, qui elle-même ne s'est jamais revendiquée du féminisme. Mais on peut mobiliser ces concepts pour préciser le sens de la catégorie de labeur, répondre aux problèmes qu'elle soulève quant à sa teneur critique, et en esquisser un usage possible dans le cadre d'une philosophie sociale du travail renouvelée.
Acquis par la National Gallery de Londres en 1842, le Portrait des Arnolfini de Jan van Eyck reste depuis cette date une énigme pour les historiens de l'art. Le sujet du tableau a en effet suscité de nombreuses hypothèses : s'agit-il d'une scène de mariage, de fiançailles, ou de la simple représentation d'un couple de riches bourgeois ? L'homme est-il bien Giovanni Arnolfini, un marchand de Lucques très connu dans les Flandres au XVe siècle, comme semblent l'indiquer certaines archives ? Ou quelque autre membre de sa famille ? L'oeuvre ne serait-elle pas plutôt un portrait de l'artiste, qui se serait représenté avec son épouse Marguerite ? Et si la jeune femme n'était pas enceinte, en dépit de ce que suggère son ventre proéminent ? Quant à la signature en latin du peintre, bien en vue au centre du tableau, quel sens donner à sa formulation, restée unique dans l'histoire de la peinture ? Anne-Marie Lecoq fait dans cet ouvrage inédit une passionnante recension des interprétations qui se sont succédé au cours des décennies, suscitées par tous les détails du tableau et leur symbolique supposée, pour livrer enfin - au risque de surprendre - sa propre hypothèse sur les intentions de Jan van Eyck.
Vinclair Pierre ; Min Byung-Hun ; Domissy-Lee Jeon
Ce livre est né d'un paradoxe fécond : comment écrire sur les oiseaux sans rien savoir d'eux, ou presque ? Du jour au lendemain, Pierre Vinclair se met à enquêter au fil de poèmes-minute sur ce que les oiseaux nous font, sur la manière dont ils déplacent nos idées en nuées, frôlent nos matins, habitent un monde où leur présence s'efface. Guidé par une curiosité impressionniste, Pierre Vinclair ne s'approche jamais trop près, s'émerveille que l'on entende d'abord leur chant avant de les voir ou de vouloir les nommer. Les photographies de l'artiste coréen Byung-Hun Min, dans la contemplation desquelles s'est élaboré cet essai qui est d'abord une rêverie, viennent scander le texte comme des pointillés noir et blanc.
Fenimore Cooper Susan ; Audubon Jean-Jacques ; Wil
Précédant Thoreau de quelques années, Chroniques de la vie rurale s'impose comme l'un des jalons fondateurs du naturalisme littéraire américain. Dans ce journal publié en 1851, jusqu'alors inédit en français, Susan Fenimore Cooper raconte la vie d'un village de l'Etat de New York au fil des saisons. Entre carnet de terrain et journal intime, sa prose lumineuse, jamais naïve, dit la beauté du détail et la fragilité des équilibres naturels. Fille du romancier James Fenimore Cooper, dont elle accompagna l'oeuvre et assura la postérité, Susan écrit avec la discrétion d'une sentinelle ou d'une veilleuse. Elle tisse une langue limpide et habitée, attentive à chaque nuance du paysage, à chaque oiseau, à chaque usage d'un monde rural aujourd'hui disparu. A la rigueur scientifique de ses observations répond une sensibilité poétique, qui fait de ce texte un manifeste d'écoute et de lenteur, à rebours de l'accélération contemporaine. Cette première traduction française, réalisée par Faustine Galicia, est illustrée de planches issues des Oiseaux d'Amérique de Jean-Jacques Audubon et préfacée par l'écrivaine Audrée Wilhelmy, qui, nichée dans la forêt québécoise, l'évoque en soeur : "Chroniques de la vie rurale est une leçon d'écoute : une conversation muette entre le monde extérieur et le monde intérieur. C'est dans cette correspondance subtile entre les saisons du paysage et celles de l'esprit que se forge, je crois, l'acte d'écrire".