Peuplé de personnages qui sont autant d?écorchés vifs sur la scène pleine de bruit et de fureur du complexe roman familial qui les rassemble, Sunset Park explore les capacités de dévastation des traumatismes enfouis lorsque ces derniers viennent, de surcroît, à se trouver relayés par la cruelle évolution des sociétés matérialistes contemporaines. Ou comment sept ans après l?effondrement des Twin Towers, la crise des sub-primes, portant un nouveau coup au rêve américain, oblige les individus à une douloureuse et radicale révision dans la manière d?appréhender leur propre histoire. Le roman de Paul Auster s?ouvre sur des maisons abandonnées en catastrophe par leurs occupants mis à la rue par la crise des sub-primes, et qu?on vide des objets qu?elles contiennent. ?Chacune de ces maisons est une histoire d?échec ? de faillite, de cessation de paiement, de dettes et de saisie?? Au bout d?une vie brisée, un jeune homme, Miles Heller, fait partie de ces déménageurs un peu particuliers qui, sept ans après l?effondrement des Twin Towers, hantent ces nouveaux décombres du rêve américain pour en rassembler les rebuts? Un été, dans l?échauffement d?une banale dispute adolescente, Miles a provoqué la mort de son demi-frère, Bobby, sur une route de montagne. Bien que très différents l?un de l?autre, les deux jeunes gens avaient pourtant réussi à vivre en bonne intelligence, depuis le mariage de leur père et mère respectifs, Morris et Willa. Sept ans après le drame, toujours taraudé par la culpabilité qui ne désarme pas, Miles, alors étudiant, décide de quitter le domicile familial, à la suite d?une conversation qu?il a un soir surprise entre Morris et Willa, laquelle ne se remet pas de la disparition de son fils. Abandonnant de prometteuses études, il finit, au bout d?une longue errance, par s?installer à Miami où il s?éprend de Pilar, une jeune fille d?origine cubaine encore mineure et très surveillée par ses s?urs aînées. Nul, pas même Pilar, ne se doute que Miles est issu d?une famille de l?upper class américaine, que son père Morris Heller est un éditeur respecté de New York ou que sa mère, Mary-Lee, est une célèbre actrice de séries télévisées qui s?apprête à jouer dans Oh, les beaux jours! de Beckett, sur la scène d?un prestigieux théâtre de Greenwich Village. Quand mue par la jalousie, Angela, l?une des s?urs de Pilar, le menace de l?accuser de détournement de mineure et le soumet à un chantage, Miles quitte Miami en catastrophe, faisant jurer à Pilar de venir le retrouver à New York où il compte se réfugier chez l?un de ses amis, Bing Nathan, avec lequel il est resté de loin en loin en contact. Comme Miles, mais pour d?autres raisons, Bing, mal à l?aise dans son corps et dans sa sexualité, a pris le parti de vivre en marge de la société. Créateur d?un improbable ?hôpital des objets?, il entrepose dans un hangar de Brooklyn des épaves de toutes sortes qu?il restaure ou répare. L?entreprise est, contre toute attente, relativement lucrative, et Miles est invité à la rejoindre ainsi qu?à loger dans une maison abandonnée de Sunset Park où Bing squatte en compagnie de deux jeunes femmes, Alice et Ellen, qui ne restent pas longtemps insensibles à l?étrange séduction du nouveau ?locataire?. Alice est, à Columbia, une thésarde aussi talentueuse qu?impécunieuse qui, à ses moments perdus, offre des services très modestement rémunérés au Pen Club, dont elle apprécie le combat pour la défense des écrivains persécutés de par le monde. Hyper-émotive et totalement inhibée, Ellen est quant à elle une artiste-peintre en proie aux affres de la création, peinant à assumer la nature bizarrement érotique de son inspiration. Miles ignore cependant qu?à son insu, Bing a des années durant servi d??informateur? à un Morris Heller mort d?inquiétude, tenant ce dernier au courant de tous les déplacements de son fils et offrant ainsi au grand éditeur new-yorkais la possibilité de sauter de temps à autre dans un avion pour, planqué dans une voiture de location, observer Miles de loin et se rassurer sur le sort de celui qui a coupé tous les ponts avec son passé. Alors que la jeune génération incarnée par les quatre squatters de Sunset Park peine à entrer dans l?âge adulte et à s?intégrer à la société, éclate la crise des sub-primes. Celle-ci n?épargne pas le monde de l?édition et Morris Heller passe désormais son temps à batailler contre les financiers afin de continuer à publier des auteurs aussi peu ?rentables? que Renzo, un écrivain-culte devenu avec le temps son meilleur ami et son confident. Informé par Bing de l?arrivée de Miles en ville, Morris ne veut rien forcer ni précipiter. Outre les problèmes professionnels qu?il rencontre, il est en train de vivre une grave crise avec Willa que le temps, loin d?apaiser son deuil, semble rendre de plus en plus fragile et vulnérable, et qui s?est réfugiée en Angleterre, menaçant de ne plus remettre les pieds à New York. Morris trouve alors un réconfort inattendu en la personne de sa première femme, Mary-Lee, venue de Californie pour jouer la pièce de Beckett. Entre souvenirs, nostalgie, règlements de comptes et déchirements, la famille semble alors commencer à se reconstituer peu à peu, sur fond de blessures innombrables qui ne cessent de se rouvrir. Peuplé de personnages qui sont autant d?écorchés vifs à tous les âges de la vie et qui, pendant une courte période, évoluent sur le théâtre plein de bruit et de fureur du complexe roman familial qui les rassemble, Sunset Park met en scène le rôle joué dans nos vies par tous les souvenirs et les traumatismes enfouis quand, remontant à la surface, ils impactent la destinée des uns et des autres pour, quel que soit le prix à payer, les ancrer enfin dans un présent partagé. Abandonnant la position rétrospective qui caractérisait les protagonistes de ses trois derniers romans ? Dans le scriptorium (2007; Babel n° 900), Seul dans le noir (2009; Babel n° 1063), Invisible (2010) ?, Paul Auster n?en continue pas moins à poursuivre, sur un mode ici plus compassionnel, la réflexion qu?il mène sur le douloureux passage du temps tel qu?il peut s?éprouver, ici et maintenant, chez des êtres jeunes confrontés à l?impitoyable et multiforme cruauté des sociétés contemporaines.
De toutes les qualités qui ont justifié le succès de la Trilogie new-yorkaise, l'art de la narration est sans doute la plus déterminante. C'est qu'il suffit de s'embarquer dans la première phrase d'un de ces trois romans pour être emporté dans les péripéties de l'action et étourdi jusqu'au vertige par les tribulations des personnages. Très vite pourtant, le thriller prend une allure de quête métaphysique et la ville, illimitée, insaisissable, devient un gigantesque échiquier où Auster dispose ses pions pour mieux nous parler de dépossession.
C'est à 51 ans que Dvorák débarque sur le sol américain. Nommé en 1892 à la tête du Conservatoire de la ville, il se passionne pour la musique du continent, ses mélodies et ses rythmes, puis se lance, l'année suivante, dans la composition d'une symphonie. Certes, Dvorák n'est pas véritablement le pionnier de la musique américaine, mais sa «Symphonie n° 9 »en cristallise l'esprit et s'impose vite comme le chef-d'oeuvre de son auteur. Sous la baguette de Paul Daniel, l'ONBA offre une lecture lyrique et passionnée de cette partition en forme de voyage musical à la découverte d'un luxuriant "Nouveau Monde". Composée en 1878 dans un registre plus intimiste, la trop rare «Sérénade en ré mineur» complète l'enregistrement.
Menteuse invétérée, voleuse pathologique, arnaqueuse de génie : Marsha Sprinkle ne compte plus ses ennemis. Certains sont bien déterminés à lui faire ravaler ses bobards une bonne fois pour toutes. À commencer par sa mère et sa fille, son ex-complice lubrique Daryl et une sautillante bande d'hurluberlus, fétichistes du trampoline, tous lancés à ses trousses. Mais Marsha est intelligente, incroyablement fourbe, et celui qui l'attrapera n'est pas encore né. À priori... Sexe, crime et règlement de comptes familial : tels sont les ingrédients de cette course-poursuite rocambolesque et décadente tout droit sortie de l'esprit brillamment tordu de John Waters. Le cinéaste légendaire signe un premier roman à son image : hilarant, outrancier, déjanté et délicieusement pervers.
Au milieu de la forêt se cache un dôme mystérieux. Couverte d'aiguilles et de sable, c'est la maison de milliers de fourmis. Tant de choses se passent là-dedans ! Où vont les fourmis ? Peux-tu suivre leur chemin ...
George Sand découvre Tamaris, petite bourgade provençale de la commune de La Seyne-sur-Mer, et s'enthousiasme pour le caractère sauvage et rustique du paysage. Michel Pacha (1819-1907), après avoir été directeur des phares et balises de l'Empire ottoman, constructeur des quais et docks de Constantinople, transforme le lieu en ville de saison. Il achète les terrains, comble les marécages, édifie son château entouré d'un somptueux jardin. Il bâtit un décor qui suggère le voyage : palais italiens, chalets suisses, maisons orientales ; en front de mer, il plante le Grand Hôtel et le casino et, presque sur l'eau, l'Institut de biologie marine. Il aménage les accès terrestres et maritimes et exploite toutes les ressources du territoire. Dans son principe d'élaboration d'un paysage urbain harmonieux, Tamaris associe le jardin et la ville et annonce l'optique des cités idéales du XXe siècle. Au carrefour de l'orient et de l'Occident est née une architecture de la Méditerranée.
1803, Caroline du Sud. Fille d'une riche famille de Charleston, Sarah Grimké aspire dès le plus jeune âge à accomplir de grandes choses. Lorsque, pour ses onze ans, sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre ce système inhumain. Entre les fillettes naît alors une véritable amitié, qui grandit au fil des années. Guidée par ses idéaux mais surtout par son affection pour Handful, Sarah n'abandonnera jamais l'espoir d'affranchir son amie. Superbe ode à la liberté et au courage, L'Invention des ailes dépeint les destins entrecroisés de deux personnages inoubliables, à la force de caractère incroyable, unis par le même profond désir d'indépendance.
Après de premiers échanges d'une cordialité toute bourgeoise, deux voisines en viennent à se livrer une véritable guerre (chantage, insultes, incitation au divorce?) pour une histoire de lambris que l'une veut repeindre dans le hall de l'immeuble et l'autre pas. L'une d'elles finira par disparaître dans de mystérieuses conditions. Une nouvelle recrue d'un club de lecture est reçue par sa présidente qui lui en présente les membres, une à une. A mesure qu'elle raconte leurs goûts littéraires (gore, romance coquine) ainsi que leurs histoires intimes (insémination de l'une, morts suspectes des maris successifs de l'autre), elle distille son venin... Voici quelques exemples tirés de ces douze nouvelles empreintes d'un humour féroce. Des portraits cruels de femmes toutes plus névrosées les unes que les autres, qui sont aussi les révélateurs d'une société américaine aisée, qui tient à tout prix à se montrer sous son masque de perfection. Helen Ellis fait éclater les apparences et décrit la solitude de ces femmes au foyer, mais aussi le pouvoir qu'elles ont sur leur petit royaume ? leur appartement, leur club de lecture, leur immeuble, leur mari ?, allant parfois jusqu'à la pulsion criminelle? Une satire de notre époque qui contraint au bonheur et à sa représentation en toute circonstance.
Le passé n'est jamais mort. Il n'est même pas passé." (William Faulkner)Voici trente ans que Billie James n'a pas remis les pieds dans le Mississippi. Un sacré tempérament, quelques dollars en poche et son chien Rufus au bout de sa laisse, elle débarque à Greendale et s'installe dans une bicoque décrépite où vécut autrefois son père. Ce dernier, poète noir de renom, est mort de manière accidentelle alors que Billie n'avait que quatre ans. La petite fille était présente au moment du drame, mais n'en a conservé aucun souvenir.Alors que les voisins font preuve d'un comportement étrange, que des rumeurs circulent, laissant soupçonner une tout autre vérité quant à la mort du père de Billie, celle-ci mène son enquête, aidée par son oncle et un drôle d'olibrius universitaire. Ensemble, ils vont exhumer de lourds secrets, dévoilant peu à peu l'histoire de ses origines mais aussi, en toile de fond, celle d'un pays marqué par les blessures toujours à vif de la ségrégation.Campé dans le décor à la fois somptueux et inquiétant du Sud profond, le premier roman de Chanelle Benz fourbit les armes du polar pour nous raconter ce qu'a été - et ce qu'est encore - l'Amérique tourmentée par les spectres les plus sombres de son Histoire.Traduit de l'anglais par David FauquembergChanelle Benz, britannique et antiguaise d'origine, vit et enseigne aujourd'hui à Memphis, dans le Tennessee. Elle est diplômée de l'université de Syracuse, où elle a eu pour mentor l'écrivain George Saunders, qui a salué en elle " une nouvelle voix sidérante de la fiction américaine ", et a également étudié l'art dramatique à l'université de Boston. Après un virtuose premier recueil de nouvelles, Dans la grande violence de la joie (Seuil, 2018), elle signe avec Rien dans la nuit que des fantômes son premier roman.
Avant de s'engager dans l'armée iranienne pour combattre l'ennemi irakien, Amir Yamini était un playboy, qui passait le plus clair de son temps à séduire les femmes et exaspérer sa très pieuse famille. Cinq ans plus tard, sa mère et sa soeur le retrouvent, amputé de son bras gauche, dans un hôpital psychiatrique pour soldats traumatisés. Quasi amnésique, Amir est hanté par la vision d'une mystérieuse femme sans visage, au front orné d'un croissant de lune. De retour à Téhéran, le fils prodigue est tour à tour salué comme un martyr de la Révolution islamique et confiné dans sa chambre comme un fou dangereux. Avec la complicité de sa soeur, il s'évade en escaladant le mur de leur jardin et repart sur le champ de bataille à la recherche de celle qu'il surnomme « Front de lune », accompagné dans ce périple au fil de la mémoire par deux scribes perchés sur ses épaules - l'ange de la vertu et l'ange du péché - qui consignent depuis toujours son histoire. Avec cette épopée amoureuse, guerrière et poétique d'une inventivité exubérante, porteuse d'un regard subtil sur la société iranienne contemporaine et empreinte d'une sensualité tout droit héritée de la grande tradition des contes persans, le grand romancier iranien Shahriar Mandanipour signe une oeuvre forte, envoûtante et pleine d'humanité.