A un siècle de distance, ponctué par trois guerres entre la France et l'Allemagne, mais surtout marqué par l'existence de la Shoah, voilà qu'un poète de langue française, Stéphane Mallarmé, et un poète de langue allemande, Paul Celan, ont été conduits à éprouver les limites de la littérature ; plus exactement, il leur a incombé d'assumer l'impuissance du poétique dans son sempiternel affrontement à l'irreprésentable de la vie et de la mort. Certes, pour les deux écrivains, cette expérience de la finitude ne se sera pas présentée de la même façon : alors que l'un, estimant avoir déjà tout lu, surtout le meilleur, a pris le chemin de l'impossible au sens de l'idéal, l'autre, estimant avoir déjà tout vu, surtout le pire, a pris le chemin de l'impossible au sens du réel - du réel historique. Mais la différence entre ces deux versions de l'impossible n'a pas été non plus sans dissimuler un différend quant aux fins de l'activité artistique. Or tel est justement ce différend qu'en se tenant dans le sillage de leur parole, on peut être tenté de se demander si leur face-à-face, à supposer qu'il existe et qu'on l'éclaire, ne jette pas une lumière vive sur la finalité, proprement esth/éthique, de toute création humaine.
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Nombre de pages
128
Date de parution
16/11/2017
Poids
225g
Largeur
135mm
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EAN
9782718609614
Titre
... et j'ai lu tous les livres. Mallarmé - Celan
Auteur
Audi Paul
Editeur
GALILEE
Largeur
135
Poids
225
Date de parution
20171116
Nombre de pages
128,00 €
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Biographie de l'auteur Paul Audi, né en 1963, est philosophe. Il est l'auteur d'une douzaine d'essais qui traitent, pour la plupart, des relations entre l'éthique et l'esthétique. Récemment il a publié L'Ivresse de l'art (Le Livre de Poche, 2003), Créer (Encre Marine, 2005) et La Fin de l'impossible (Christian Bourgois, 2006)
Si elle n'était qu'une affaire d'image, de signes ou de représentation, si elle n'avait pas intrinsèquement partie liée avec la liberté humaine, avec la libération même de cette liberté, sans doute la peinture n'aurait-elle pas pris l'importance qu'elle possède, depuis une certaine date, aux yeux de l'humanité. Cette date est celle de l'invention du tableau, qui donne à l'acte de peindre toute sa modernité. Mais de quelle liberté s'agit-il ? Voici la réponse qui est exposée et discutée ici : la liberté qui se libère devant le tableau est celle du regard ? un regard qui n'est pas là pour voir mais pour garder et sauvegarder le miraculeux de la présence. Un regard que le tableau a surtout la tâche de faire naître dans tous les yeux qui s'efforceraient de lui faire face.
Hémon a tout essayé pour faire entendre raison à son entourage devenu fou. Mais il lui faut prendre acte de son malheur : Antigone, sa fiancée, est morte d'avoir désobéi aux lois de la Cité, et Créon, son père, est muré dans son obstination tyrannique. Maintenant que l'amour lui échappe et que le pouvoir lui répugne, voilà que son univers, qui reposait en entier sur ces puissants piliers, s'écroule. Quand on a tout perdu, que reste-t-il encore à faire ? Telle est la question que se pose Hémon à l'heure du choix.
L'homme considéré comme un être parlant et désirant est un thème qui a donné lieu, ces dernières décennies, à des analyses d'envergure dont un des effets les plus notables est d'avoir redonné à la différence des sexes sa part d'énigme. Mais c'est peu dire que nous sommes loin d'en avoir fait le tour. Les récentes spéculations sur la notion de genre ne semblent pas même vouloir se préoccuper de dissiper l'obscurité dans laquelle se tient encore l'essence du désir. Certes, nous connaissons désormais un peu mieux les liens unissant le désir et la répétition où se signale un symptôme. Mais qu'en est-il de l'amour quand le désir dont il se soutient parvient à franchir le mur de la répétition ? A quel type de réjouissance a-t-on alors affaire ? Il nous a semblé que la question de l'essence du désir devait faire place maintenant à celle de son " ipséité ". D'autant que la question de son ipséité. Qui est le désir ? n'est pas sans éclairer d'un jour nouveau la question plus traditionnelle de son essence. Donc aussi bien celle de l'amour dont le désir est la raison. Dire que le désir est la raison de l'amour ne suffit cependant pas. Pas plus qu'il ne faudrait se contenter de reconnaître le caractère libidinal de l'économie du monde humain. Que le monde des hommes soit un monde du désir, cette conviction, on le sait, nous aura été transmise par une philosophie dont nous nous reconnaissons volontiers les héritiers. Mais que ce monde du désir ne soit pas exclusivement affilié au sexuel, donc à la différence, que ce monde ne soit rien de moins que celui où le désir vient miraculeusement s'accomplir dans la réjouissance de l'amour, voilà où se dresse pour nous la grande nouvelle, la bonne nouvelle. Ce court essai prolonge la réflexion menée en 2011 dans Le Théorème du Surmâle, ouvrage qui avait déjà pour thème cette invention considérable du désir qui s'appelle l'amour. Cette invention y était alors appréhendée au travers de ce que suggérait de comprendre d'un séminaire de Jacques Lacan, Encore, tenu en 1972 et 1973, la lecture du roman d'Alfred Jarry, Le Surmâle, paru en 1902. A présent, il s'agit de " tenir le pas gagné ", pour reprendre la formule de Rimbaud, en tablant sur d'autres éléments de compréhension qui touchent moins à la psychanalyse qu'à la philosophie. Mais n'est-ce pas justement cela tenir le pas gagné sur ce qui n'est jamais déjà " gagné ", c'est-à-dire obtenu, donc sur ce qui doit être arraché de haute lutte et conquis pour toujours que l'amour demande secrètement à tout un chacun ? L'amour, n'est-ce pas en effet ce qui à distance de tout cantique, comme dit aussi Rimbaud exige que l'on en soutienne la gageure, disons mieux le miracle, en faisant feu de tout bois ? Il est vrai que cette demande s'élève avec d'autant plus d'insistance que l'amour se laisse lui-même définir comme ce " pas " que le désir gagne sur sa propre satisfaction fantasmatique, comme ce saut que le désir ose accomplir au-delà du point de butée où il arrive si souvent à la pulsion sexuelle de tourner court. Ici, deux courts textes, à l'origine des " causeries " sur le fait que l'amour n'assure aucun acquis au désir, viennent compléter le texte principal intitulé " Cette réjouissance qu'est l'amour ".