Le catholicisme connaît une mutation de grande ampleur. Pourtant, ses transformations récentes telles qu'elles se manifestent sur le terrain, dans les paroisses et dans de nouveaux groupes et dans la ville, font l'objet de rares études alors qu'une approche ethnographique paraît particulièrement pertinente pour répondre aux questions qu'elles posent. Comment le catholicisme est-il "travaillé" non seulement par le clergé et l'institution mais aussi et surtout par les croyants eux-mêmes ? Comment se manifestent les dynamiques globales de transnationalisation religieuse, d'individualisation des comportements et de mobilité des appartenances ? Quelles sont les pratiques de ceux qui se définissent comme catholiques aujourd'hui ? Cet ouvrage répond à ces questions en prenant comme terrains d'étude la France, le Québec et la Belgique, trois pays francophones d'histoire imprégnée du catholicisme, mais dans un contexte de sécularisation avancée. Veillant à expliciter sa démarche, Ethnographies du catholicisme contemporain, apporte également de nombreux éléments de réflexion méthodologique permettant d'appréhender ce qui se passe au plus près du religieux en train de se faire. Pour éviter les analyses "par le haut", l'ouvrage privilégie les résultats d'études inédites menées sur des sujets aussi variés que les JMJ, la pop-louange, les pèlerinages, les ermites, la conversion, les parcours missionnaires, la paroisse, etc. Au final, ce panel d'observations apporte de précieux éléments d'analyse et de compréhension du catholicisme contemporain qui sauront captiver tout lecteur, qu'il soit spécialiste, étudiant ou juste curieux.
Le christianisme charismatique s'implante à La Réunion à partir de la seconde moitié des années 60. En 1966, Aimé Cizeron, pasteur des assemblées de Dieu françaises, fonde la "Mission Salut et Guérison". En 1974, Marie-Lise Corson, franciscaine missionnaire de Marie, introduit le Renouveau charismatique catholique dans l'île. A partir de 1983, le paysage pentecôtiste-charismatique réunionnais fait face à une série de fragmentations qui résulte principalement de divisions produites à partir des Assemblées de Dieu et du Renouveau charismatique sous l'égide de leaders locaux. L'étude minutieuse de ces multiples groupes fait apparaître un troisième type d'assemblées : indépendantes, particulièrement effervescentes et re-mobilisatrices d'éléments propres à la sensibilité religieuse créole. Replaçant cette évolution dans une perspective plus large, l'auteure montre comment la situation socio-historique de la Réunion et les dynamiques religieuses propres aux Eglises ont contribué à la formation de ces groupements charismatiques. En se penchant sur l'itinéraire de nombreux convertis circulant de groupe en groupe, elle observe comment leur expérience de conversion se décline dans le temps.
Parti reconquérir des terres françaises en voie de sécularisation, le catholicisme emprunte aux Eglises évangéliques ses pratiques performantes. En associant les mots "Réveil" et "catholique" , Valérie Aubourg entend montrer la manière originale dont l'Eglise de Rome s'en empare : cette régénération s'inscrit dans un héritage religieux et des traditions culturelles particulières. Elle consiste certes à suivre une ligne évangélique, mais également à la réinsérer dans la matrice catholique. C'est donc au coeur de cette dialectique que se situe cette étude : entre "évangélicalisation" et "recatholicisation" du christianisme. L'ouvrage s'articule autour d'une recherche ethnologique menée sur trois terrains : les dispositifs Miracles et Guérisons, la Prière des Mères et le renouveau paroissial. Il permet, au final, de dresser le portrait d'un visage inédit du christianisme.
L'auteure retrace dans le présent ouvrage les principales étapes d'un parcours scientifique articulant en permanance les exigences de la recherche à l'imprévisibilité des rencontres. Elle montre comment la somme des qualités et intérêts personnels, des contextes sociologiques, aléas et rencontres, se sont peu à peu combinés pour construire un itinéraire. Si la rencontre caractérise l'ethnologie à laquelle elle s'adonne, c'est également la question qui traverse l'ensemble de ses études : que se passe-t-il dans la mise en contact de cultures et de religions différentes ? Appréhendant la religion comme une entité vivante, qui se transforme et se ré-invente, l'auteure saisit la manière dont le christianisme se pratique et s'exprime depuis l'île de La Réunion jusqu'à la ville de Lyon.
Emma Gounot (1917-2017) fut une pionnière au milieu du XXe siècle. Femme engagée, elle sut s'imposer dans le milieu des catholiques sociaux, mais aussi dans le monde universitaire, juridique et associatif. Elle s'empara de manière audacieuse des questions relatives à la famille et à la protection de l'enfance dans une période intense de bouleversements sociétaux. Femme d'ouverture, elle suscita le dialogue, confronta les points de vue, accompagna les changements. Dans la lignée de l'approche pluridisciplinaire favorisée par Emma Gounot, l'ouvrage réunit les contributions inédites de spécialistes universitaires ou de professionnels. Juristes, psychologues, anthropologues, sociologues, philosophes, historiens et théologiens se penchent sur les transformations de la famille et de la justice qui ont marqué le : ce siècle. Comme Emma Gounot, ils abordent des questions actuelles aussi délicates qu'incontournables telles que : la confrontation de l'enfant à la violence conjugale, le couple révélateur d'inégalités sociales, le maintien des liens familiaux en détention, la laïcité dans les prisons françaises, etc.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.