Giono : un professeur d'espérance. Onze études de poétique
Arnaud Philippe
L'HARMATTAN
21,50 €
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EAN :9782140280429
Les dernières décennies ont vu s'affronter à nouveau les Anciens et les Modernes, les tenants de la critique analytique (thématique, herméneutique...) et ceux de l'analyse structurale (poéticienne, sémiotique...), radicalisant ainsi l'étude séparée de la lettre et de l'esprit dont on commence à s'apercevoir pourtant, "depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent" (disait un ancien plutôt moderne), qu'elle expose les uns à ne capturer que leur ombre, les autres à se fourvoyer dans un formalisme stérile. Le présent recueil propose une approche de l'oeuvre de Giono qui conjugue narratologie formelle et narratologie thématique, imaginaire et écriture, formes romanesques et vision du monde, celle d'un conteur incomparable.
Nombre de pages
210
Date de parution
21/10/2022
Poids
265g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782140280429
Titre
Giono : un professeur d'espérance. Onze études de poétique
Auteur
Arnaud Philippe
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
135
Poids
265
Date de parution
20221021
Nombre de pages
210,00 €
Disponibilité
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Anthéa sent si souvent qu'il faudrait fuir. Fuir les manoeuvres des garçons que sa beauté fascine. Fuir les humiliations de l'école, la violence des adultes. Et ce couple de Blancs qui veut l'emmener avec elle en France, loin du Cameroun... sont-ils vraiment la chance qu'imaginent ses parents ? En vérité, Anthéa ne demandait rien d'autre que vivre chez elle. Travailler la terre, conter aux enfants les histoires de son village... Quand l'étau se resserre, il ne lui reste plus pour survivre - et se battre - qu'une ombre familière dans ses rêves. Et le souvenir d'un garçon qui l'aimait. "L'Afrique a donné un sens à mes combats d'homme, de citoyen, puis d'auteur." Philippe Arnaud.
« Leurs yeux se rencontrèrent? » Cette approche de l'érotique gionienne propose une interprétation de la « scène de première vue » dans l'ensemble de l'oeuvre: utilisation de l'espace et du temps, portrait des personnages, analyse de l'effet qu'ils produisent l'un sur l'autre, des échanges verbaux (ou non) et des différents degrés qui les conduisent vers une éventuelle conjonction.
De quoi est fait Un roi sans divertissement ? Fondé sur la triple distinction de la rhétorique antique, le présent essai aborde l'?uvre de Giono comme la mise en récit d'une histoire par une écriture. Avec les outils de la poétique et de la narratologie, il tente de décrire les procédés de composition qui définissent l'art du conteur, de mettre au jour une dialectique entre les formes de la narration et la vision du monde de l'auteur.
Lui, 14h44Il ne sait pas pourquoi il s'est collé au mur du couloir. Debout. Il plaque ses mains dessus, essoufflé d'avoir couru depuis les premières maisons de la rue. Ne pas être vu. Pas encore. Deux portes fermées de son côté et une presque en face, entrouverte. Sa destination... Mais pourquoi cette position, plutôt que de s'accroupir. Peu importe. Il s'avance, dans le silence, se sent presque léger malgré sa reptation boiteuse.Une porte déjà passée lorsqu'il entend un bruit - derrière lui - qui le change en pierre. Il imagine la directrice en train de s'affairer à son bureau. Se souvient de respirer... Le silence revient. Plaqué au mur toujours, comme un miroir à traverser. L'éblouissement de la paroi blanche éclairée au néon, les aspérités contre ses doigts, les coups sourds dans sa poitrine et le frottement de ses vêtements contre la paroi, tout est amplifié, et tout paraît pourtant lointain - putain de réverb', aurait dit Serge... Reste concentré. Il y est presque, passe l'angle du couloir; son regard plonge à travers la porte-fenêtre qu'il aperçoit, là-bas. La salle de classe. L'espace d'un instant il rêve les caméras de télévision, des dizaines, qui viendront faire le siège. Bientôt.Un sourire invisible, encore un pas. De l'intérieur de la salle qu'à présent il longe s'échappe une voix tranquille. Voix de femme. Fugitive, une image - Léa. Il les tient, il y est. Une incontrôlable excitation l'oblige à se détacher du mur. Rictus fixe et dents serrées. Frottements, fourmillements.Peu importe, il est au bout. Ce qui remonte dans sa gorge à cette seconde précise a une saveur de bile étrange, cependant qu'il fait face à la porte, place devant lui sa mitraillette. Ultime respiration, et soudain dans sa bouche le goût des palétuviers, reflux d'enfance.Il va pour enfoncer la porte, oubliant qu'elle est entrebâillée, chancelle avant de foncer... la referme derrière lui, rageusement. L'écho du claquement hante l'air, puis s'évanouit. Je donne je prends. Il a réussi.