Cet ouvrage n'entend pas fonder une improbable macropolitique. deleuzo-guattarienne mais souhaite plutôt explorer la présence d'une dimension micropolitique. affirmative chez ces deux penseurs. Les chercheurs français et étrangers, dont les contributions sont ici réunies, abordent ainsi la dimension politique des arts, du cinéma et de la littérature en visant à souligner des formes de résistance au présent. à l'heure où le globalitarisme. économique et technologique induit un inévitable appauvrissement de la subjectivité individuelle et collective : « Nous ne manquons pas de communication, au contraire nous en avons trop, nous manquons de création ». Un enjeu éthico-politique de taille, retentissant autant chez Gilles Deleuze que chez Félix Guattari, consiste par conséquent à analyser les transformations de la subjectivité et de l'être-ensemble dans le cadre des mutations en cours, et à rendre compte des dynamiques de subversion nomadisantes, autant dans leur forme politique qu'esthétique, que les nouveaux régimes de domination viennent paradoxalement et indirectement produire. Ont contribué à cet ouvrage : Philippe Mengue, Paul Patton, Tiziana Villani, Bernard Reber, Bruno Heuzé, Véronique Bergen, Eugène Holland, Jean-Claude Polack, Anne Querrien, Stéphane Nadaud, René Schérer, Gabriel Rockhill, Zafer Aracagök, Ivan Lapeyroux, Luca Cremonesi, Christina Ljunggren Kullberg, John Protevi, Tom Conley, Frédéric Astier, Marielle Burkhalter, Stéfan Leclercq.
La philosophie de Gilles Deleuze et Félix Guattari est une philosophie du mouvement, en mouvement. De leurs livres émergent de nouveaux territoires, des paysages désertiques ou lunaires, peuplés d'animaux étranges. On assiste ainsi à la naissance d'une géophilosophie, d'une pensée qui met en scène des territoires, des populations, des animaux (philosophie, géographie, éthologie, nomadologie) et qui opère par déterritorialisations et par rencontres.
Né du projet de travailler simultanément sur les textes critiques et sur l'?uvre narrative de Maurice Blanchot, cet essai se propose de réfléchir dans la proximité d'une écriture qui met en question tous les partages traditionnels entre fiction et théorie. Il s'agira donc de suivre le devenir fragmentaire de cette ?uvre difficile qui questionne la littérature, la philosophie et la politique, de montrer comment la loi du récit blanchotien suit les parcours multiples d'un récit de la loi, de discerner la présence de l'imaginaire et de la mimésis dans les essais et les récits, de tenter une approche de la pensée de la mort et du mourir qui traverse ces textes. L'écriture vit ici dans l'effort tragique de faire apparaître ce qui disparaît, et de donner vie à travers le langage à ce que le langage doit annuler pour pouvoir exister en tant que tel. Depuis les premiers essais critiques jusqu'aux derniers textes fragmentaires, l'?uvre de Maurice Blanchot s'affirme progressivement comme le lieu de l'énigme, du fragment, du dehors, du neutre et nous invite à répondre à l'appel d'une autre écriture et d'une autre pensée, qui restent encore toujours à venir.
Il y a un devenir-philosophe qui n'a rien à voir avec l'histoire de la philosophie, et qui passe plutôt par ceux que l'histoire de la philosophie n'arrive pas à classer" (Gilles Deleuze, Dialogues). Deleuze a choisi de s'occuper de ces penseurs inclassables, qui ont toujours échappé à l'histoire de la philosophie comme agent de pouvoir : Hume, Nietzsche, Bergson, Spinoza et, plus tard, Leibniz. Ces philosophes atypiques semblent ne pas avoir de rapports les uns avec les autres, et pourtant ils forment une constellation ou un archipel et tracent ensemble les orientations et les directions d'un devenir-minoritaire qui traverse les grands courants de l'histoire de la philosophie. Avec les éléments puisés dans leurs ?uvres respectives (l'empirisme, l'éternel retour, le virtuel, les multiplicités, l'expression, le pli) Deleuze constitue un collage, un portrait sans ressemblance, un récit sans début ni fin qui n'est pas un roman de formation, mais un roman policier ou de science-fiction à travers lequel l'historien-détective s'efforce de suivre les devenirs de la pensée, plutôt que de justifier ou célébrer son image institutionnelle. Le hasard fécond de la rencontre remplace ainsi la prétendue nécessité de l'histoire et les philosophes étudiés deviennent des interlocuteurs dans l'invention et l'expérimentation de nouvelles possibilités d'une théorie désormais inséparable de la pratique.
L'intitulé de cet ouvrage s'inspire du projet de linéalogie de l'anthropologue britannique Tim Ingold. Dans Une brève histoire des lignes, il se propose, en effet, d'explorer l'espace commun entre plusieurs activités théoriques et pratiques, apparemment très éloignées, en posant les fondements d'une « anthropologie comparée de la ligne ». Comme Ingold, nous choisissons donc de nous situer dans l'espace de l'in-between, afin d'essayer de tisser les fils qui se nouent entre l'écrit et l'espace, les textes et l'architecture.
De ses pérégrinations en Europe, Gérard de Nerval a rendu compte dans des articles nombreux. Cette production foisonnante, publiée dans les journaux et revues de l'époque, est très peu et surtout très mal connue, puisque Lorely et les pages liminaires du Voyage en Orient n'en donnent qu'un reflet partiel. Et il est de surcroît malaisé, voire impossible, de se faire une idée des différentes versions des récits de voyage nervaliens à partir du seul appareil critique des variantes qui accompagne les éditions "définitives". D'où l'intérêt de découvrir l'écrivain voyageur dans le jaillissement de son inspiration première et de suivre le processus de mutation qui - essentiellement par l'introduction de la fiction - fait accéder les premiers feuilletons de voyage, parus en ordre dispersé, au statut d'oeuvres abouties. En proposant les versions originales de ces feuilletons plutôt que les états derniers des mêmes textes, le présent recueil s'attache également à reconstituer les étapes d'autres cheminements, tout littéraires ceux-là, qui voient le "commis-voyageur de Paris à Munich" devenir progressivement, sous nos yeux en quelque sorte, l'auteur de Sylvie, d'Aurélia et des Chimères.
? Qu'une recherche de pointe soit associée à une véritable menace à la survie de l'humanité, une menace même à la vie tout court sur la planète, ce n'est pas une situation exceptionnelle, c'est une situation qui est de règle. ? " Cette conférence, prononcée en 1972 au Conseil européen pour la recherche nucléaire, est plus qu'une critique radicale du nucléaire ou des excès de la science. C'est l'acte de rupture avec le mythe scientifique de celui que nombre de ses pairs considèrent comme le plus grand mathématicien du XXe siècle ? : "? Nous pensons maintenant que la solution ne proviendra pas d'un supplément de connaissances scientifiques, d'un supplément de techniques, mais qu'elle proviendra d'un changement de civilisation. ? " Né en 1928 à Berlin dans un milieu libertaire, Alexandre Grothendieck arrive en France en 1940 mais vit sous le statut d'apatride jusqu'en 1971. Décoré de la médaille Fields (1966), il fut aussi l'un des fondateurs du groupe Survivre et Vivre. Il est mort en Ariège en 2014.