Il y a, à n'en pas douter, un moment 1968 dans la pensée philosophique. Les ouvrages de Deleuze et Guattari (et tout particulièrement L'Anti-oedipe, publié en 1972), sont d'insignes manifestations d'une pensée en acte, issue de l'effervescence politique, artistique et intellectuelle de l'époque. La rencontre des deux auteurs en 1969, juste après les évènements de Mai 68, a été à l'origine d'une longue et féconde collaboration. Dans l'abondante littérature critique qui a été consacrée dans les dernières années à la trajectoire de Deleuze, l'apport de Guattari à l'oeuvre commune a été trop souvent sous-estimé et presque ignoré. Cet ouvrage, issu d'une journée d'études qui a eu lieu en mars 2008 à l'Université Paris VII1, entend (entre autres) poser des jalons, biographiques et théoriques, pour la nécessaire réévaluation du rôle de Guattari et de l'importance de sa pensée. Plusieurs témoins de l'époque interviennent ici dans des contributions qui mêlent le témoignage militant et la réflexion philosophique.
Nombre de pages
169
Date de parution
16/01/2009
Poids
225g
Largeur
135mm
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EAN
9782296069848
Titre
Gilles Deleuze et Félix Guattari. Une rencontre dans l'après-Mai 1968
La philosophie de Gilles Deleuze et Félix Guattari est une philosophie du mouvement, en mouvement. De leurs livres émergent de nouveaux territoires, des paysages désertiques ou lunaires, peuplés d'animaux étranges. On assiste ainsi à la naissance d'une géophilosophie, d'une pensée qui met en scène des territoires, des populations, des animaux (philosophie, géographie, éthologie, nomadologie) et qui opère par déterritorialisations et par rencontres.
Né du projet de travailler simultanément sur les textes critiques et sur l'?uvre narrative de Maurice Blanchot, cet essai se propose de réfléchir dans la proximité d'une écriture qui met en question tous les partages traditionnels entre fiction et théorie. Il s'agira donc de suivre le devenir fragmentaire de cette ?uvre difficile qui questionne la littérature, la philosophie et la politique, de montrer comment la loi du récit blanchotien suit les parcours multiples d'un récit de la loi, de discerner la présence de l'imaginaire et de la mimésis dans les essais et les récits, de tenter une approche de la pensée de la mort et du mourir qui traverse ces textes. L'écriture vit ici dans l'effort tragique de faire apparaître ce qui disparaît, et de donner vie à travers le langage à ce que le langage doit annuler pour pouvoir exister en tant que tel. Depuis les premiers essais critiques jusqu'aux derniers textes fragmentaires, l'?uvre de Maurice Blanchot s'affirme progressivement comme le lieu de l'énigme, du fragment, du dehors, du neutre et nous invite à répondre à l'appel d'une autre écriture et d'une autre pensée, qui restent encore toujours à venir.
Il y a un devenir-philosophe qui n'a rien à voir avec l'histoire de la philosophie, et qui passe plutôt par ceux que l'histoire de la philosophie n'arrive pas à classer" (Gilles Deleuze, Dialogues). Deleuze a choisi de s'occuper de ces penseurs inclassables, qui ont toujours échappé à l'histoire de la philosophie comme agent de pouvoir : Hume, Nietzsche, Bergson, Spinoza et, plus tard, Leibniz. Ces philosophes atypiques semblent ne pas avoir de rapports les uns avec les autres, et pourtant ils forment une constellation ou un archipel et tracent ensemble les orientations et les directions d'un devenir-minoritaire qui traverse les grands courants de l'histoire de la philosophie. Avec les éléments puisés dans leurs ?uvres respectives (l'empirisme, l'éternel retour, le virtuel, les multiplicités, l'expression, le pli) Deleuze constitue un collage, un portrait sans ressemblance, un récit sans début ni fin qui n'est pas un roman de formation, mais un roman policier ou de science-fiction à travers lequel l'historien-détective s'efforce de suivre les devenirs de la pensée, plutôt que de justifier ou célébrer son image institutionnelle. Le hasard fécond de la rencontre remplace ainsi la prétendue nécessité de l'histoire et les philosophes étudiés deviennent des interlocuteurs dans l'invention et l'expérimentation de nouvelles possibilités d'une théorie désormais inséparable de la pratique.
L'intitulé de cet ouvrage s'inspire du projet de linéalogie de l'anthropologue britannique Tim Ingold. Dans Une brève histoire des lignes, il se propose, en effet, d'explorer l'espace commun entre plusieurs activités théoriques et pratiques, apparemment très éloignées, en posant les fondements d'une « anthropologie comparée de la ligne ». Comme Ingold, nous choisissons donc de nous situer dans l'espace de l'in-between, afin d'essayer de tisser les fils qui se nouent entre l'écrit et l'espace, les textes et l'architecture.