Branchements. Anthropologie de l'universalité des cultures
Amselle Jean-Loup
FLAMMARION
17,30 €
Épuisé
EAN :9782082125475
L'essai de Jean-Loup Amselle est un livre fort, touffu. Un ouvrage qui, sans mauvais jeu de mots, autorise bien des branchements. Enquête de terrain, réflexion d'un anthropologue sur les fondements de sa science, il dépasse allègrement son cadre intellectuel, pour informer tout autant la réflexion politique que culturelle. Sans doute parce qu'en lui s'affirme une volonté programmatique. En effet, en filant une métaphore nouvelle pour parler des cultures, il ne cherche rien moins qu?à nous aider à construire une vision neuve de l'avenir des différences culturelles à l?époque de la mondialisation. Ce qu'il tente dans cet ouvrage, c'est de nous arracher à l'image d'un monde global qui serait le produit de «mélanges» de cultures, vues chacune comme un univers étanche. Là où, habituellement, la métaphore du métissage maintient dans notre vision des cultures une dimension racialiste, Amselle affirme l'idée radicale d'une co-présence initiale des différentes cultures. Son postulat, c'est l'originelle ouverture à l'autre de toute culture. Il existerait ainsi une interculturalité à l'intérieur de laquelle chaque culture trouverait son domaine de définition. Pas de cultures sans Culture. Amselle ne cesse de dénoncer la situation de guerre larvée entre les cultures dans laquelle nous nous trouvons. Mais combattant avec force l'idée d'une pureté originaire des cultures, il montre aussi en quoi l'universalisme est le moyen privilégié d'expression des différences culturelles. --Joël Jégouzo--
Nombre de pages
265
Date de parution
01/02/2001
Poids
295g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782082125475
Titre
Branchements. Anthropologie de l'universalité des cultures
Auteur
Amselle Jean-Loup
Editeur
FLAMMARION
Largeur
135
Poids
295
Date de parution
20010201
Nombre de pages
265,00 €
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La condition postcoloniale de l'Africain "pris" dans le rêve de l'"Autre", c'est-à-dire du Blanc, de l'Occidental, a été étudiée. Mais les fantasmes circulent également de l'Occident vers l'Afrique : l'Occidental contemporain vit tout autant dans un rêve africain que l'inverse. Il s'agit donc ici de prendre en compte un dispositif imaginaire qui enjambe les continents et qui est l'espace de circulation de fantasmes et d'investissements libidinaux de toutes sortes. Un espace d'interlocution dans lequel des énoncés, identifiables ou anonymes, errent sans avoir de point de destination déterminé. Ces énoncés mythiques accompagnent encore aujourd'hui les relations économiques et politiques entre l'Occident et l'Afrique, car ce sont des représentations et de projections réciproques qui se nourrissent de relations et de contacts très anciens.
Ce livre, qui procède d'un travail de terrain éclaté, nous promène à travers les capitales de trois pays africains : Bamako au Mali, Le Caire en Egypte et Conakry en Guinée. En cela, il rompt avec l'approche classique de l'anthropologie, qui privilégie le local par rapport au global, et répond au souci de cerner au plus près les contours d'une véritable multinationale culturelle : le N'ko. Fondé en 1949 pour exprimer l'identité d'un peuple opprimé, le peuple mandingue, ce mouvement doit beaucoup à l'Europe et à l'islam - l'alphabet dont il s'est doté évoque ainsi les alphabets latin et arabe, tout en possédant ses caractéristiques propres. A ce titre, le N'ko illustre les "branchements" possibles d'une culture sur une autre, phénomène de dérivations multiples qui montre bien que notre monde globalisé n'est pas une simple juxtaposition d'univers étanches. De la globalisation à l'afrocentrisme, de l'écriture à la philosophie africaine et au génocide, la thématique du branchement permet de décliner les différentes figures qui font de l'Afrique un concept à géométrie variable, un élément essentiel de l'imaginaire planétaire.
Flammarion publie en poche le livre de Jean-Loup Amselle. Dans la préface à cette nouvelle édition, ce dernier se fait plus incisif qu'en 1996. C'est que l'enjeu lui paraît désormais de taille : dans un contexte d?émiettement des groupes sociaux, de nouveaux champs d'identification se sont ouverts aux individus, en termes d'appartenance communautaire. Or, il ne faut pas être grand prophète pour comprendre que tous les conflits à venir prendront précisément pied dans l'exacerbation de ces identités communautaires. L'Etat français, en encourageant ainsi l?émergence d'une société civile communautariste, va au devant de difficultés qu'il serait bien avisé d?étudier plus attentivement qu'il ne l'a fait jusqu'ici. La reconnaissance des différences ethniques ou culturelles n'est en effet pas sans conséquence sur la définition de son mandat. Ce «nouvel» Etat, qu'Amselle nomme l'Etat libéral communautaire, implique bien l'instauration d'un nouveau contrat social, non plus orienté vers l'individu, mais vers les communautés. Or, jusque là, entre l'Etat français et le citoyen, il ne pouvait exister de Corps intermédiaires (sauf dans la période de Vichy). L'Etat ne pouvait, dans ce contexte, que dénier toute représentation officielle aux communautés. Mais le surgissement d'identités de «consolation» a vu, depuis les années 80, les porte-paroles de ces communautés s'installer à cette place laissée vacante...L'ouvrage va cependant bien au-delà. En décrivant les fondements paradoxaux de la logique républicaine, il nous invite à repenser avec vigueur nos catégories politiques. --Joël Jégouzo--