Extrait Seul et oublié, à la retraite depuis déjà longtemps, le Magicien Ténor se mourait. Sans espoir ni panique, couché dans le lit où sa dernière attaque l'avait confiné, il attendait le dénouement. En fin de compte, tout s'était déroulé dans l'ordre, et sa sortie de scène ne faisait pas moins partie de l'intrigue que chacun des épisodes précédents : le regard perdu à travers la fenêtre, l'esprit vide, le silence englué dans l'immobilité de ces longues journées. Comme personnel de maison, il ne lui restait que la gouvernante. Ses pas feutrés, le tic-tac d'une montre et, à l'extérieur, le chant égaré d'un oiseau, voilà les seuls bruits qui parvenaient dans la chambre du Magicien. Depuis la cuisine, les pièces de service, l'escalier, les longs couloirs sinueux jadis élégants mais désormais en désuétude, le trajet qui menait jusqu'à lui était le seul que l'on pouvait emprunter dans toute la maison. Le reste était fermé et négligé, les salons étaient sombres, certaines portes et fenêtres ne s'ouvraient plus depuis des années, la poussière s'entassait dans l'indifférence. Enfouis dans leurs cadres dorés, les tableaux sur les murs des salons plongeaient leurs figures dans une pénombre qui se refermait sur elle-même. Si quelqu'un s'en était approché - et, à ce moment-là, seul un fantôme aurait pu le faire - il aurait vu des scènes de gesticulations dramatiques, le vernis aminci par le temps révélant le vrai visage de figures spectrales. Les miroirs s'étaient voilés, les tapis répétaient leurs labyrinthes paresseux. Sur l'estrade de la salle de musique, un piano avait créé le vide autour de lui et battait la mesure du silence. Au plafond, les caissons semblaient s'effondrer comme des bouches quadrillées. Les fauteuils se resserraient sur eux-mêmes, les ténèbres s'appropriaient les billards et les marbres. Cachée par les arbres, la maison était entourée d'un vaste parc aux contours irréguliers, et les rares automobilistes qui circulaient sur le chemin de terre cantonal pouvaient ignorer son existence, car même la grille d'entrée était placée loin des regards : pour la trouver, il fallait emprunter un passage dissimulé entre des arbustes et des arbres morts. Ce n'était pas que le propriétaire eût éprouvé une volonté formelle de se cacher du monde ; c'était, tout simplement, le résultat de l'abandon, le même abandon qui régnait dans le parc, dont toute l'étendue, depuis les recoins les plus écartés, jusqu'aux plus proches, était revenue à une sauvagerie égale à celle du premier jour de la Création. Des taupes, des lapins, des couleuvres et un renard fugitif cohabitaient dans les enchevêtrements de végétaux qu'aucun pied n'avait jamais foulés. D'innombrables légions de fourmis, des chrysalides accrochées aux branches, des écureuils, des papillons de nuit, des araignées sylvestres, des guêpes dans leurs nids de boue, des armées de bêtes petites et variées jouaient à cache-cache là où personne n'allait les chercher. Enveloppés par le brouillard, les arbres n'ouvraient leur feuillage que sur le passage d'un pigeon ou d'un chat. Des camphriers, des cassiers, des pins, des gommiers s'alignaient en d'élégantes asymétries conçues jadis par un paysagiste dont les intentions étaient rendues illisibles par la croissance incontrôlée du sous-bois. Les parterres s'étaient enfoncés, les vieilles souches se maintenaient debout, cuirassées par les couches superposées de champignons pétrifiés. Les ramages s'emmêlaient dans les hauteurs. Au sol, des coussins de feuilles tapissés au fil des automnes, des palais de terriers secrets.
Deux romans d'un écrivain argentin né en 1949 à Buenos Aires, traduit pour la première fois en France.Le premier roman : la Robe rose commence comme un conte de fées. Promis à un enfant au berceau, le minuscule vêtement apporte les plus grands désordres dans une famille, avant de s'égarer de mains en mains et de plaine en plaine dans le paysage vertigineux de la pampa. Le second roman les Brebis raconte l'histoire d'un troupeau de brebis errant, chassé par une sécheresse aux proportions bibliques.
Le jour se lève, le ciel est encore gris, un homme est en larmes. Il n'a pas pleuré depuis son enfance et le voilà presque plus surpris qu'affecté. Pourquoi pleure-t-il donc ? S'en souvient-il seulement ? II se rappelle : sa femme l'a quitté... Le narrateur est poète, en panne d'inspiration, au tournant de son art sans doute. Cet épisode lacrymal éveille en lui le besoin de se raconter. Voici donc l'histoire d'un malheur ou d'un cauchemar - ou des deux à la fois. Car peu à peu un exubérant délire onirique contamine et nourrit le récit, abolissant les frontières entre réel et fantasme, au point que ce bref roman irrésistible de folie et de sagesse se lit comme un hommage aux vertus consolatrices de l'imagination et de l'écriture.
A la fois conte de fées surréaliste, roman d'aventures et manifeste poétique, ce texte met en scène une traductrice vivant sur une minuscule île paradisiaque menacée par un gros nuage noir.
Apogée d'un travail poétique puissant, ce recueil dévoile les inspirations, les obsessions et la vision du monde de Patti Smith, artiste aussi sensible qu'engagée. Sa prose incantatoire est imprégnée des influences qui l'accompagnent depuis toujours : Rimbaud, Picasso, Woolf, Blake? En rappelant qu'il existe des raisons de se soulever contre la peur et la folie qui s'abattent sur nos sociétés, ces poèmes sonnent comme des oracles des temps modernes.« Patti Smith confirme son talent singulier et ce style inimitable. »Le Monde des livres« Un joyau caché? Parmi ses meilleurs. »Library JournalÉdition bilingue augmentée de poèmes inédits.4e de couverture : Apogée d'un travail poétique puissant, ce recueil dévoile les inspirations, les obsessions et la vision du monde de Patti Smith, artiste aussi sensible qu'engagée. Sa prose incantatoire est imprégnée des influences qui l'accompagnent depuis toujours : Rimbaud, Picasso, Woolf, Blake? En rappelant qu'il existe des raisons de se soulever contre la peur et la folie qui s'abattent sur nos sociétés, ces poèmes sonnent comme des oracles des temps modernes.« Patti Smith confirme son talent singulier et ce style inimitable. »Le Monde des livres« Un joyau caché? Parmi ses meilleurs. »Library JournalÉdition bilingue augmentée de poèmes inédits.Notes Biographiques : Artiste engagée, Patti Smith, née à Chicago en 1946, s'installe à New York en 1967. Habituée des clubs punk et rock du moment, elle crée le Patti Smith Group, dont le premier single paraît en 1974. Admiratrice des textes d'Arthur Rimbaud, autrice de poèmes et de récits dont Just Kids, elle reçoit la médaille de commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres en 2005.
Dans l'appartement en dessous de Bob et Constance, qui s'aiment malgré une maladie vénérienne les obligeant à se réfugier dans la pratique d'un jeu pervers qui ne tardera pas à avoir des conséquences irrémédiables sur leur relation, John et Patricia sont les propriétaires fortuits de Willard et ses trophées de bowling - Willard, un oiseau de papier mâché créé par un sculpteur particulièrement inspiré. Ces trophées ont autrefois été gagnés par puis volés aux frères Logan, trois sportifs médiocres, dépourvus d'intelligence, qui se mettent alors en tête de ratisser les Etats-Unis afin de récupérer leur dû. Ils arrivent, grâce à un appel téléphonique anonyme, jusqu'à l'immeuble où habitent les deux couples.
Tolkien John Ronald Reuel ; Laferrière Christine ;
La Légende de Sigurd et Gudrún, nous donne, pour la première fois, directement accès à l'imaginaire nordique de J.R.R. Tolkien. Deux grands poèmes (le Nouveau Lai des Völsung et le Nouveau Lai de Gudrún) écrits au début des années 1930, racontent dans le style caractéristique de l'auteur du Seigneur des Anneaux les légendes nordiques de l'Ancienne Edda, les combats de Sigurd, la mort du dragon Fáfnir, l'histoire tragique de Gudrún et de ses frères, tués par la malédiction de l'or d'Andvari. Illustrés par des vignettes en noir et blanc, ces magnifiques poèmes (qu'introduit une présentation des légendes du Nord par l'écrivain lui-même) montrent ce qu'a retenu Tolkien de la mythologie scandinave pour le reprendre à son tour, dans Le Seigneur des Anneaux et dans Les Enfants de Húrin.
Noël approche sur la côte norvégienne. Mais pour Asle, une ombre plane sur les festivités car son ami et homonyme, peintre lui aussi, est à l'hôpital dans un état préoccupant, dévasté par l'alcoolisme. Lors d'une ultime promenade en bateau, Asle se laisse envahir par les souvenirs qui jalonnent sa vie et celle de son double : le grand amour qui confine à l'absolu, la mort de l'être aimé, l'aspiration à embrasser la foi et la résolution à se consacrer tout entier à son art, mais aussi la dépendance et la solitude. Après L'autre nom et Je est un autre, Jon Fosse - Prix Nobel de littérature 2023 - met un point final magistral à Septologie, son chef-d'oeuvre romanesque.
À quelques minutes de la frontière espagnole, perché dans les Pyrénées françaises, l'hôtel du Belvédère, véritable paquebot de béton armé, pointe sa proue immobile vers la mer. À la faveur d'une résidence d'écrivain, l'autrice se retrouve seule occupante de l'imposant vestige des années 1930. Dans ce refuge chargé de la mémoire des voyageurs en transit, elle ouvre sa "mallette Fondane". Fascinée par ce poète mort en déportation en 1944, elle y rassemble depuis des années tout ce qui le concerne. Devant la mer, elle reconstitue l'enquête qu'elle a menée de l'autre côté de l'Atlantique, sur les traces du seul film de Benjamin Fondane, réalisé en Argentine grâce à Victoria Ocampo puis mystérieusement perdu, et fait revivre le trio indestructible formé par l'auteur du Mal des fantômes avec sa femme, Geneviève, et sa soeur Line. La folie qui monte en Europe à la fin des années 1930, l'existence brisée du trio trouvent aujourd'hui un écho troublant, que Laura Alcoba souligne avec une grande sensibilité.
Après la victoire de Franco, le docteur Guillermo García Medina continue de vivre à Madrid sous une fausse identité. Les papiers qui lui ont permis d?éviter le peloton d?exécution lui ont été fournis par son meilleur ami, Manuel Arroyo Benítez, un diplomate républicain à qui il a sauvé la vie en 1937.En septembre 1946, Manuel revient d?exil avec une dangereuse mission : infiltrer une organisation clandestine d?évasion de criminels nazis, dirigée depuis le quartier d?Argüelles par Clara Stauffer, qui est à la fois allemande et espagnole, nazie et phalangiste.Alors que le docteur García se laisse recruter par Manuel, le nom d?un autre Espagnol croise le destin des deux amis. Adrián Gallardo Ortega, qui a eu son heure de gloire comme boxeur professionnel avant de s?enrôler dans la División Azul, survit péniblement en Allemagne. Ce dernier ne sait pas encore que quelqu?un souhaite prendre son identité pour fuir dans l?Argentine de Perón.Traduit de l'espagnol par Anne Plantagenet« Rien ne manque avec ce livre, pour nous emporter. »« Il faut le dévorer, comme les précédents, en attendant les deux suivants. » Historia « Saga palpitante, nourrie d?espions, d?imposteurs et de rebondissements, ce roman éclaire d?une lumière glaçante l?impunité de l?Espagne franquiste pour ses liens avec les anciens dignitaires du IIIe Reich. » Le Monde des Livres Notes Biographiques : Almudena Grandes vit à Madrid. Elle est l?auteure d?Un ceur glacé qui a remporté le prix Méditerranée 2008.Les patients du docteur Garcia poursuit sa série « Épisodes d?une guerre interminable », inaugurée par Inés et la joie, puis Le Lecteur de Jules Verne, et dernièrement Les trois mariages de Manolita.
Alejandra embrase l'esprit, le coeur et le corps de Martin. Elle a pour ancêtres des héros de la révolution et des fous. Il est le fils d'une prostituée et d'un artiste raté. Leur amour sera fulgurant, leur destinée cruelle. A travers eux, c'est toute une vision de l'Argentine et de son histoire qui surgit: sa démesure, ses fantômes et son improbable salut.
Un livre et une femme incroyables : María Sánchez, vétérinaire, poétesse, porte-parole de territoires et d'individus oubliés, déclassés, mal-aimés. La Terre des femmes est un récit intime, familial, politique à sa manière, qui redonne leur place aux femmes dans le monde rural, à leurs mains, à leurs gestes. Une histoire de filiation et de destin. De transmission. Et un pas de côté pour réfléchir à nos propres vies. Phénomène en Espagne, avec plus de 6 réimpressions, le livre a enthousiasmé la critique et bouleversé les lecteurs.