En vingt-cinq études de cas (du plus vieux, à Chatila, au Liban, dans le quartier devenu le plus cosmopolite de Beyrouth, au plus grand, à Dadaab, au Kenya, et ses 450 000 habitants), cet ouvrage exceptionnel fait découvrir la vie intime et quotidienne à l'intérieur des camps de réfugiés et déplacés à travers la planète. Il montre que, loin d'être l'" exception " humanitaire ou sécuritaire qui en justifierait l'existence, les camps font désormais durablement partie de notre monde.Les camps se multiplient et se banalisent partout sur la planète. Ils sont aujourd'hui des milliers, dessinant peu à peu un nouveau paysage mondial. Gouvernements nationaux et agences internationales adoptent de plus en plus systématiquement cette solution pour " regrouper " les réfugiés humanitaires, pour " parquer ", faire " transiter ", " retenir " ou mettre à l'écart les " déplacés " et les migrants, les " clandestins " et autres indésirables.Douze millions de personnes vivent ainsi dans ces camps, des millions d'autres dans des campements de fortune, au creux des forêts, dans les interstices des villes, le long des frontières ; d'autres encore sont piégées dans des centres de rétention, des zones d'attente ou de transit. Si ces " hors-lieux " sont des espaces de parias, nombre d'entre eux s'inscrivent dans la durée et se transforment au fil du temps : la vie s'y renouvelle, s'y attache, et l'emporte le plus souvent sur la mort ou le dépérissement.En vingt-cinq monographies qui forment une sorte de tour du monde des camps (du plus ancien, à Chatila au Liban, au plus grand, à Dadaab au Kenya, qui regroupe 450 000 habitants, en passant par le plus informel, à Canaan en Haïti, ou le plus précaire, à Calais), cet ouvrage fait découvrir la vie intime et quotidienne de leurs habitants. Loin d'être l'" exception " que l'on évoque généralement dans un cadre humanitaire ou sécuritaire pour en justifier l'existence, les camps font durablement partie des espaces et des sociétés qui composent le monde aujourd'hui.Table des matières : Introduction. L'encampement du monde, par Michel AgierUn monde de camps, global et diversL'ambivalence des camps contemporainsPeuples en exil, personnes déplacées, et vice versaLa forme-camp. Extraterritorialité, exception, exclusionLa circulation des personnes, des organisations et des savoirs. Un dispositif de campsL'exemplarité des camps ou ce que les camps nous disent de l'avenir du mondeI / Temps long, espaces en conflit : les camps de réfugiés entre identité, mémoire et politiqueChatila (Liban). Histoire et devenir d'un camp de réfugiés palestiniens, par Hala Abou-ZakiLe camp, écho de la PalestineLa construction et l'extension du camp de ChatilaKacha Garhi (Pakistan). Les camps de réfugiés afghans au Pakistan (1980-2012), par Pierre CentlivresKacha Garhi et d'autres camps... les réfugiés afghans en exilLes Afghans dans et hors des campsLes partis et le djihadLes Afghan Refugee Villages, espaces incertains entre Afghanistan et PakistanMaheba (Zambie). Le camp et la question du retour des réfugiés angolais, par Pedro NetoLe camp de Maheba" Plus ça change, plus c'est la même chose. "Post-ScriptumLukole (Tanzanie). Victimes ou fauteurs de troubles. Humanitaire et politique dans les camps, par Simon TurnerLes réfugiés, victimes sans voix" Encourager la communauté " à LukoleNégocier la position de victimeNégocier avec le passéMae La (Thaïlande). Humanitaire, nationalisme et religion dans les camps karens à la frontière thaïlando-birmane, par Alexander HorstmannGouvernance et distribution de l'aide. Le camp de Mae LaLes camps, creuset du projet national karenReligion, nationalisme et gouvernance des campsTindouf (Algérie). Les camps sahraouis, préfiguration de l'État, par Manuel HerzBrève histoire du Sahara occidental et des camps sahraouisPortrait d'un camp à travers ses activités urbainesEntre le temporaire et le permanent : la ville contre le camp ...Le camp comme catalyseur, le camp comme projetAgamé (Bénin). Le feu et la révolte. Le camp comme foyer politique, par Clara LecadetDe la protestation dans les camps au " gouvernement " des réfugiésContre le rapatriement : la carte de réfugiés ou l'asileJustice et politique : les réfugiés face au HCRSainte-Livrade (France). Une situation coloniale sans fin. Le Centre d'accueil des Français d'Indochine (1956-2006), par Marc BernardotSur la route du campDe camps en campsC'est la fête au CAFILe CAFI des descendantsLe CAFI dans la longue durée des camps françaisII / Camps, villes et territoires. De l'industrie humanitaire à l'aménagement des espaces locauxDadaab (Kenya). L'histoire architecturale d'un territoire non identifié, par Anooradha Iyer SiddiqiÉtat des lieuxUne géographie humanitaire-réfugiésHistoire des premiers réfugiés et travailleurs humanitaires de DadaabMises en images du complexe de DadaabDadaab comme événement culturelKakuma, Kenya. Le camp dans l'économie de la ville, de la région et du monde, par Bram J. JansenJonglei 2012 : la marque du campKakuma 1992 : la création du campLa représentation humanitaire des camps de réfugiésL'articulation du camp à la ville, au pays et au mondeNahr al-Bared (Liban). Le camp et ses doubles, par Nicolas PuigÉté 2007 : " Romance triste pour Nahr al-Bared "Sur les berges du fleuve froid" Le camp n'est pas mort " (retour à Bared)Le camp retrouvéDheisheh (Cisjordanie). Retours. Penser le futur dans l'extraterritorialité (un projet architectural), par Sandi Hilal, Alessandro Petti et Eyal WeizmanExtraterritorialité et retourLes retours au présentExtraterritorialité futureWad Sharifey, Kishm el-Girbâ, Asotriba... Métamorphoses d'un réseau régional de douze camps de réfugiés érythréens dans l'Est du Soudan (1962-2013), par Hélène ThiolletUn réseau de camps dans l'Est du SoudanLes camps de l'Est du Soudan : entre mobilité et encampementDes camps sans réfugiés ? Les camps après la clause de cessation de 2002La transformation du paysage des camps depuis 2004Exil prolongé, l'asile " durable "Damas (Syrie). Asile, camps et insertion urbaine des migrants et réfugiés au Moyen-Orient. Une mise en perspective régionale, par Kamel DoraïDu camp à la ville : asile et migration des Palestiniens au Moyen-OrientLes Irakiens à DamasIII / Camps de déplacés : urgences, marges urbaines et vies précairesCorail-Canaan (Haïti). D'un camp à l'autre, par Alice CorbetCorail : l'avenir incertain d'un camp trop rigideCanaan : installer la vie, installer la villeCamp et peuplementAprès Fukushima. La vie préfabriquée, par François GemenneContexteDans les camps, une attente qui n'a pas de finLa zone contaminée, un camp qui ne dit pas son nomKhartoum (Soudan). Le sort des déplacés et la transformation des camps après l'indépendance du Soudan du Sud, par Agnès de GeoffroyCrises et déplacements : des périphéries vers le centreLes déplacés à Khartoum : enjeux politiques et sécuritairesLes espaces de la relégationLes années 1990, isolement et contrôleLes années 2000, ouverture et réconciliationIndépendance du Soudan du Sud, la fin des camps ...Pavarando (Colombie). Des " communautés de paix " aux " zones humanitaires ", par Stellio RollandDe la dynamique du déplacement forcé à la formation du campement de PavarandoLa délimitation d'espaces protégés par rapport au conflit arméLa difficile reconnaissance de la condition de " civil " et de " paysan " des déplacésIV / Campements, camps de travailleurs, centres de rétention : entre prison, bidonville et ghettoQatar. Vie quotidienne et intimité dans un camp de travailleurs migrants, par Tristan BrusléLes zones industrielles, le camp et la clôture : la relégation comme politiqueFaire du camp un lieu par la routine quotidienneLe lit, l'intimité et la métaphore du prisonnierLe camp, un lieu hybride pour une vie de subalterneKofinou (Chypre). Du confinement à la mise au travail des demandeurs d'asile, par Olivier ClochardLe centre de Kofinou dans l'étau de l'accueil et de la surveillanceKofinou : un camp de travailleurs ...Migration et autres dispositifs de main-d'?uvre dans l'espace européenLampedusa. Un laboratoire de la rétention en Europe, par Louise TassinL'enfermement des étrangers en Europe, enjeu politique et critiqueLe centre de Lampedusa, une institution incertaineEt si le paradoxe n'en était pas un : un flou fonctionnel ...Calais, Patras, Subotica. Les " jungles " de l'Europe, par Sara PrestianniNaissance, destruction et reconstruction de la " jungle pachtoune " à la frontière franco-anglaise Calais, Patras, Subotica, un dispositif de camps à l'échelle européenneLe Hanul (Saint-Denis, France). Du bidonville au " campement illicite ". La " question rom " en Europe et en France, par Martin OliveraÉmigration et immigration des Roms de Roumanie : quelques élémentsLe platz : un habitat par défautDe l'encampement juridique au " campement illicite " : enfermés dehorsBelyounech (Maroc). L'empreinte de la souillure dans les campements près de la frontière, par Jean-Louis EdoguéLes migrants, cachés dans la forêtOrganisation sociale et politique des campementsDe Tinzawaten à Bamako (Mali). Les ghettos de l'expulsion, par Clara LecadetLe ban et la langue du ghettoCeci n'est pas un campQuelle aide pour les expulsés ...BibliographieIndex des organisationsIndex des ocalités et populationsPrésentation des auteurs.
Cinquante millions de personnes dans le monde son victimes de déplacements forcés, provoqués par les guerres et le violence. C'est tout un " pays " qui se crée, une population définie par le seul qualificatif de " victime " et réduite à un seul impératif, son maintien en vie hors de chez elle. Réfugiés afghans, déplacés colombiens, déportés rwandais, refoulés congolais, Tchétchènes, Somaliens, ils ont connu les massacres, la terreur et l'exode. Puis les camps, l'assistance humanitaire et l'attente interminable. Ils sont les emblèmes d'une nouvelle condition humaine qui se forme et se fixe au loin, sur les bords du monde. Ce livre voudrait donner à comprendre le processus, actuel, de mise en quarantaine d'une partie de notre planète, et décrire ce qui se passe, ce qui est vécu : parler des souffrances, mais critiquer la victimisation dont les réfugiés sont l'objet. Montrer l'ambiguïté et la souillure des identités formées dans et par les guerres sales, mais aussi l'action qui permet aux réfugiés et aux déplacés de retrouver dans le camp même une place sociale, une humanité.
Selon les chiffres officiels, cinquante millions de personnes dans le monde sont "victimes de déplacements forcés". Réfugiés, demandeurs d'asile, sinistrés, tolérés, déplacés internes..., les catégories d'exclus se multiplient, mais combien sont ignorées: retenus, déboutés, clandestins, expulsés... Face à ce drame, l'action humanitaire s'impose toujours plus comme la seule réponse possible. Sur le terrain, pourtant, le "dispositif" mis en place rappelle la logique totalitaire: permanence de la catastrophe, urgence sans fin, mise à l'écart des "indésirables", dispense de soins conditionnée par le contrôle, le filtrage, le confinement! Comment interpréter cette trouble intelligence entre la main qui soigne et la main qui frappe? Après sept années d'enquête dans les camps, principalement africains, l'auteur révèle leur "inquiétante ambiguïté" et souligne qu'il est impératif de prendre en compte les formes de contestations et de détournements qui transforment les camps, les mettent en tension, en font parfois des villes et permettent l'émergence de sujets politiques. Une critique radicale des fondements, des contextes et des effets politiques de l'action humanitaire. Biographie de l'auteur Michel Agier, anthropologue à l'Institut de recherche pour le développement, est directeur d'études à l'EHESS, où il dirige le Centre d'études africaines. Depuis 2004, il est membre du conseil d'administration de Médecins sans frontières. Il a notamment publié Aux bords du monde, les réfugiés (Flammarion, 2002) et La Sagesse de l'ethnologue (L'oeil neuf, 2004).
Au moment où la ville se défait et disparaît dans de vastes conurbations sans bornes, le regard anthropologique est plus nécessaire que jamais pour retrouver, sans préjugé ni modèle a priori, les genèses et les processus qui recréent l'espace partagé de la ville. L'anthropologue Michel Agier défend et décrit une approche situationnelle et dynamique prolongeant les trois traditions d'enquête urbaine de l'Ecole de Chicago, de l'Ecole de Manchester et de l'anthropologie française du contemporain. La réflexion se fonde sur des ethnographies urbaines mises en oeuvre depuis plusieurs années dans les quartiers périphériques, les "favelas" et les campements en Afrique noire, au Brésil, en Colombie, au Proche-Orient et en Europe. L'ethnographie urbaine et réflexive permet de repenser la ville à partir des citadins et des logiques sociales, politiques et culturelles qui la font naître et se transformer. La question du faire-ville est ainsi au centre de la réflexion. Elle débouche sur une relecture actuelle, une mise en oeuvre et un dépassement du "droit à la ville" comme mythe et parole politique.
D'avril 2015 à octobre 2016, jusqu'à dix mille migrants ont vécu dans des conditions extrêmement précaires au sein de la " Jungle " de Calais, suscitant autant de passions, de polémiques et de peurs que de solidarités. Michel Agier, reconnu internationalement pour ses travaux sur les migrants et les réfugiés dans le monde, a réuni des personnalités multiples (sociologues, architecte, associatif...) pour fournir les clés de compréhension de l'événement Calais ? un objet politique, médiatique et symbolique inédit. Car toutes les indignations dont la Jungle a été l'objet, toutes les violences physiques et morales contre ses habitants et toutes les solidarités qui l'ont aidée à tenir forment un " concentré " de questions qui traversent aujourd'hui le monde aux prises avec la mobilité : comment se définit un " nous " local, national et européen face aux " autres " et à soi-même ? Comment peut-on ? ou non ? réinventer l'hospitalité à partir des camps ? Quel avenir s'invente dans ces lieux de mise à l'écart et d'exception qui finissent par ressembler à des occupations et à de nouveaux espaces politiques ...
Féminisme pour les 99%, c’est un ouvrage qui permet d’ouvrir les thèses du féminisme au plus grand nombre et qui invite à s’écarter de ce féminisme libéral ciblant uniquement les classes les plus favorisées de la société. Pour les autrices, un ennemi incarne aujourd’hui toutes les oppressions que subissent le plus grand nombre : le capitalisme. Et pour s’opposer à ce système capitaliste, elles proposent de créer un féminisme pour les 99% qui doit nécessairement s’allier aux luttes écologiques, antiracistes, syndicalistes, lgbtqia+ pour triompher. Un manifeste condensé mais très riche à partager !
L'énergie se prête bien à l'analyse géopolitique, conçue comme l'étude des relations entre pouvoirs et territoires. Rien n'est possible dans le monde sans recours à l'énergie, et les rivalités et conflits que son exploitation toujours croissante suscitent sont omniprésents à toutes les échelles de l'analyse géographique, de l'international au local. Cet ouvrage s'intéresse aux effets de la transition énergétique et écologique en cours sur la transformation de ces rapports de forces, mais également sur les reconfigurations des échanges internationaux et de la coopération interétatique. Les alternatives aux hydrocarbures s'élaborent depuis les années 1970, mais la révolution actuelle des pétroles et gaz de schiste bouleverse en profondeur la question des énergies sous un angle géoéconomique, géopolitique et environnemental. Ainsi, à l'ère de l'économie numérique et des territoires "virtuels", la matérialité des énergies nous ramène à l'essentiel, c'est-à-dire les pieds sur terre, au coeur d'un "grand jeu" sans cesse réinventé au sein duquel les Etats font leur retour après des décennies de déréglementation.
La politique étrangère française est depuis longtemps sous le feu des projecteurs, tour à tour présentée comme le vestige d'une gloire passée, la marque d'une présence maintenue dans un monde qui n'a plus de limites, ou le signe d'une arrogance blessée par une succession d'échecs. Le débat reste vif, rehaussé par la présidentialisation, chaque locataire de l'Elysée voulant faire de sa propre diplomatie le gage de son succès et de son prestige... Et pourtant, cette politique reste peu étudiée, regardée avec une série d'a priori jamais évalués : l'effectivité de la grandeur gaullienne et sa perception à l'extérieur, la fonction de l'arsenal nucléaire en un temps post-bipolaire énigmatique, la revendication de prés carrés ou de zones d'influence, un souverainisme rhétorique malmené par la mondialisation, un essor notable de la politique d'affichage et de communication... Existe-t-il d'ailleurs un principe qui organise l'ensemble de ces traits, et le logiciel qui lui est associé correspond-il au contexte international actuel ? Pour comprendre comment la France s'insère dans un monde dont elle est de plus en plus tributaire, les auteurs répondent à trois grandes questions, axes majeurs de l'ouvrage. Comment cette politique s'inscrit-elle dans l'histoire ? Ses instruments sont-ils adaptés, ou répondent-ils à d'autres considérations, économiques, politiques, administratives et idéologiques ? Peut-on en mesurer les résultats et la pertinence, eu égard aux grands enjeux contemporains ? Ces analyses éclairantes esquissent, en creux, la possibilité d'une autre politique.
Première cause de handicap acquis chez l'adulte, l'accident vasculaire cérébral, ou AVC, peut brutalement faire disparaître ou empêcher, de façon temporaire ou non, un grand nombre de capacités de la vie quotidienne, dans des domaines physiques ou intellectuels très divers : la marche, la déglutition, la planification, la lecture, la préhension, etc. Parce qu'il touche à des savoir-faire acquis, l'AVC peut apparaître comme une atteinte biologique du social qui en efface les effets en réinitialisant les expériences, les compétences et les dispositions, autrement dit comme un accident égalisateur qui annule les différences sociales entre individus. Pourtant, à âge égal et à gravité équivalente des lésions cérébrales, les séquelles ne seront pas les mêmes si le patient est un homme ou une femme, un ouvrier ou un cadre supérieur, si la récupération de ses capacités a une grande ou une moindre valeur aux yeux des acteurs de la rééducation, si l'AVC a laissé intact chez lui un rapport aisé ou difficile aux modalités scolaires d'apprentissage. Pour mettre en évidence et expliquer ces phénomènes, Muriel Darmon a mené une enquête approfondie dans un service de neurologie d'un hôpital universitaire et auprès des différents corps de spécialistes - kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, neuropsychologues, etc. - de deux centres de rééducation. En suivant le parcours post-AVC des patients au sein de ces unités et des étonnants " plateaux techniques " conçus pour favoriser leurs réapprentissages, ce livre montre que, par-delà ce qui semble perdu, le social perdure chez les individus et résiste à l'atteinte biologique.
Edward T. Hall a montré, dans La Dimension cachée, que l'espace interpersonnel est une dimension de la culture. Le Langage silencieux avait conduit cette réflexion sur d'autres systèmes du même genre, et notamment le temps. Qu'est-ce qu'être en retard? qu'est-ce qu'attendre? par exemple. Le message exprimé là est différent selon qu'il vient d'un Européen, d'un Américain ou d'un Japonais. Ainsi le temps et, plus largement, la culture, sont-ils communication, autant que la communication est culturelle. Communication qui cache plus de choses qu'à première vue elle n'en révèle. A travers de nombreux exemples aussi précis que souvent cocasses, Edward T. Hall développe ainsi la théorie des systèmes de communication non verbaux.
Marqué par l'expérience de l'exil, ce volume témoigne d'un moment à la fois biographique et historique au cours duquel, comme nombre d'artistes et savants juifs européens, Claude Lévi-Strauss est réfugié à New York. Ecrits entre 1941 et 1947, alors qu'il n'a pas encore délaissé ses réflexions politiques, les dix-sept chapitres de ce livre restituent une préhistoire de l'anthropologie structurale. Ces années américaines sont aussi celles de la prise de conscience de catastrophes historiques irrémédiables : l'extermination des Indiens d'Amérique, le génocide des Juifs d'Europe. A partir des années 1950, l'anthropologie de Lévi-Strauss semble sourdement travaillée par le souvenir et la possibilité de la Shoah, qui n'est jamais nommée. L'idée de "signifiant zéro" est au fondement même du structuralisme. Parler d'Anthropologie structurale zéro, c'est donc revenir à la source d'une pensée qui a bouleversé notre conception de l'humain. Mais cette préhistoire des Anthropologies structurales un et deux souligne aussi le sentiment de tabula rasa qui animait leur auteur au sortir de la guerre et le projet ? partagé avec d'autres ? d'un recommencement civilisationnel sur des bases nouvelles.
Quel âge avez-vous ?" Cette question, depuis quelque temps, me plonge dans l'embarras. D'abord pour ceux ou celles qui me la posent, parce qu'elle me semble témoigner d'une forme d'indélicatesse dont je ne soupçonnais pas l'existence. Ensuite parce que je dois réfléchir avant de répondre. La question de l'âge est une expérience humaine essentielle, le lieu de rencontre, entre soi et les autres, commun à toutes les cultures, un lieu complexe et contradictoire dans lequel chacun d'entre nous pourrait, s'il en avait la patience et le courage, prendre la mesure des demi-mensonges et des demi-vérités dont sa vie est encombrée. Chacun est amené un jour ou l'autre à s'interroger sur son âge, d'un point de vue ou d'un autre, et à devenir ainsi l'ethnologue de sa propre vie. Marc Augé
L'édition complète d'un livre considéré comme l'un des dix plus grands témoignages spirituels du XXe siècle : Black Elk Speaks. La "Bible des peuples autchtones" (Vine Deloria). - Un livre de référence qui a fait date. - Une édition soignée et intégrale commentée par Raymond J. DeMaillie et préfacée par Philip J. Deloria. Texte de la première traduction devenue introuvable. - Black Elk (Hehaka Sapa) est le plus célèbre des "Saints Hommes" lakotas du XXe siècle. - Le récit de sa "Grande Vision" et de sa vie telles qu'elles ont été contées à John G. Neihardt, - "L'improbable rencontre entre un sage d'un peuple de sages et l'enthousiasme fragile d'un poète né d'un monde de folie et de rapine". (J. M. G. Le Clézio)