Extrait Extrait de l'introduction Entre Jean Moulin et le général de Gaulle, entre le Roi Perdu, martyr de l'«Armée des ombres», et le chef lumineux qui, depuis Londres, accompagne de gestes mais aussi de la voix la lente et inexorable épopée nationale, la France hésite encore à ce jour sur cette nouvelle identité, conquise sur elle-même. Car s'agissant de la Résistance, rien n'est simple, et rien, semble-t-il, ne le sera jamais. Comme si le goût de la clandestinité et la nécessité vitale du clair-obscur avaient conspiré, dans la réalité mais aussi dans le souvenir, à effacer les contours, rendre la perception trop foisonnante, trop simultanée, trop «incertaine» pour reprendre l'épithète extraordinaire dont Claude Bourdet qualifia, en une formule définitive, toute l'intrigue : «l'aventure incertaine». L'État français agissait dans la clarté et la distinction de son droit administratif, de ses protocoles, parfois séculaires, de fonctionnement ; la Résistance, au contraire, ces disjecta membra qui se cherchent peu à peu une organisation structurée et une dynamique vitale au travers d'épreuves d'une intensité inouïe, a, au contraire pour caractéristique de s'instaurer dans la complexité. On y trouvera certes une grande pluralité de sentiments, patriotisme exalté, nationalisme intégral, messianisme internationaliste en provenance directe de Moscou ou de Genève - la défunte Société des nations - et aussi sentiment élégiaque de la fin de la France, chagrin irrépressible des années de honte ou exaltation jubilatoire d'une jeunesse qui devient immortelle d'avoir su sacrifier jusqu'à l'espérance apparente. Mauriac, Malraux, Aragon, et même la somptueuse retraite parnassienne de Saint-John Perse jalonnent également, dans leur irréductibilité stylistique, cet évident foisonnement. Et que dire de la pensée militaire d'une Résistance qui atteint aux laboratoires alchimiques de la bombe atomique - Bertrand Goldschmidt, ou bientôt Yves Rocard - engagés latéralement dans la grande entreprise d'Oppenheimer à Los Alamos, tandis qu'au même moment, à l'autre bout, presque médiéval, de la chaîne de l'effort de guerre de la France combattante, deux Compagnons de la Libération comme Monsabert avec ses goumiers et Méric avec ses tabors descendus de l'Atlas, couvrent l'armée de la France résurgente de la très nouvelle et très ancienne gloire djihadiste des guerriers du Maroc. Ceux-ci rétablissent l'honneur de toute la France avec la gloire ineffaçable de leur peuple. Entre ces deux infinis belliqueux, séparés de plusieurs siècles d'histoire vécue, le peuple des clandestins quadrille le territoire occupé de ses «réseaux» dont l'activité croissante confère à ces années une sorte d'existence double et aléatoire. C'est, en effet, ce monde du Dernier métro où de couvre-feux violés pour des rendez-vous impromptus, une masse critique déjeunes cadres de la Résistance apprennent, pour la première fois, une illégalité qui donnera pourtant ses fondements à l'État restauré. Ce dernier en conservera un certain goût de l'audace, parfois génial, parfois irréfléchi, une irrévérence constante que seule l'autorité du général de Gaulle pourra, peu à peu, rétablir à sa manière, mais seulement treize ans plus tard, et grâce à la tragédie algérienne. Entre-temps, cette clandestinité balbutiée, ces émissions de radio brouillées mais vivantes, ces fausses identités qui finissent par devenir les vraies, et ces rencontres improbables des aristocrates révoltés, des prolétaires assumés et des bourgeois réinventés, vont accoucher de la France moderne, nous redonner un style, une pensée et même cette élégance désinvolte que symbolisera un Gérard Philipe interprétant Le Prince de Hombourg de Kleist sur la scène de Jean Vilar. Mais aussi la solidité bougonne et explosive d'un Jean Gabin, véritable héros de la Division Leclerc, synthèse de la colère rentrée des gaullistes et de la détermination prolétarienne des communistes à assumer enfin, et dans l'absolue dignité, «ce droit de bourgeoisie» qu'ils s'étaient conquis par la gloire des armes. (...)
Le monde ancien, c'est celui d'avant le 21 septembre 2001. Alexandre Adler analyse l'événement et ses conséquences comme ouvrant une nouvelle étape dans les relations internationales, mais aussi dans les choix politiques des principales nations, dans leurs assises sociales, et dans les représentations de chacun d'entre nous. La triple révélation du 11 septembre, de la vulnérabilité des Etats-Unis, de l'émergence d'une irrationalité politique radicale, et d'une irruption de conflits culturels ou civilisationnels dans la sphère des relations interétatiques vient en effet brouiller le jeu et nous oblige à de nouvelles synthèses. Ce livre étudie les racines profondes du terrorisme international, ses effets prévisibles et les stratégies souhaitables dans ce contexte.
Le XXe siècle fut aussi celui du communisme : son irruption violente, les espoirs immenses qu'il suscita sur tous les continents, son apogée et sa trahison dans le stalinisme, enfin sa chute. Au-delà des querelles portant sur l'ampleur de ses méfaits ou le nombre de ses victimes, l'illusion qui en serait le fondement ou le mensonge qui en aurait permis la survie, Alexandre Adler en retrace l'histoire mondiale. Loin de toute orthodoxie, il offre une lecture originale d'un séisme politique dont on chercherait aujourd'hui en vain l'équivalent.
Centré sur l'analyse des évolutions récentes des Etats-Unis, ce livre propose, à l'habitude de l'auteur, un parcours échevelé qui va de l'histoire à la géopolitique. Il met en perspective les transformations du monde depuis la fin de la guerre froide, expliquant le nouveau rôle que l'Amérique est amenée à y jouer, tout en soulignant les évolutions de la culture politique américaine. C'est ainsi qu'il passe en revue les paradoxes de cette Amérique, sans céder à l'illusion simplificatrice : isolationniste mais aussi interventionniste, libérale mais nationaliste dans sa politique économique, démocratique dans ses moeurs et sa Constitution mais tentée par le néoconservatisme. Un remède utile à l'anti-américanisme sommaire.
Et si la lecture occidentale du conflit entre le Tibet et la Chine était complètement erronée ? Et si, au ,contraire des apparences, l'empire du Milieu avait pour ambition de faire du Royaume des temples un des fers de lance de son développement ? Et si, à rebours de l'histoire, le pouvoir chinois comptait sur une restauration du dalaï-lama ? Telles sont les thèses étonnantes, détonantes, d'Alexandre Adler. De l'invasion du Tibet (1950) à la révolte de Lhassa contre Pékin (2008), et relisant un demi-siècle de relations conflictuelles, le plus prophétique des essayistes annonce dans ce lumineux traité de géopolitique la réconciliation inattendue entre Xi Jiping et Tenzin Gyatso. En fin connaisseur des arcanes de la diplomatie, et après des années d'investigation, Adler s'attaque ici avec habileté à un des sujets les plus inflammables des relations internationales. Lucide et rigoureux, il nous ouvre les yeux sur le monde de demain.
A chaque jour son crime. Ils nous parlent, nous touchent, nous troublent, nous révèlent. J'ai voulu rassembler, sous la forme d'un almanach, ce que je sais, ce que j'ai découvert de 314 tueurs en séries, 193 autres types d'assassins et de plus de 5 700 meurtres. Serial Krimes ? Des articles de fond sur des tueurs en série français comme Landru ou Claude Lastennet, une évocation de crimes célèbres qui ont défrayé la chronique à Hollywood, l'histoire de criminels sexuels tels que Léger, Menesclou ou Soleilland, ou encore des enquêtes réalisées par des voyants. Vous lirez des reportages tirés de la presse de l'époque et le récit de certaines pratiques judiciaires oubliées. La réalité dépasse souvent la fiction, ce qui n'a pas empêché de nombreux auteurs ou scénaristes de s'inspirer des meurtres atroces que vous vous apprêtez à découvrir", S. B.
Depuis tant d'années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu'au jour où la solution se présente enfin, la, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l'enfermer dans un livre". Séduite à l'âge de quatorze ans par un célèbre écrivain quinquagénaire, Vanessa Springora dépeint, trois décennies plus tard, l'emprise que cet homme a exercée sur elle et la trace durable de cette relation tout au long de sa vie de femme. Au-delà de son histoire intime, elle questionne dans ce récit magnifique les dérives d'une époque et la complaisance d'un milieu littéraire aveuglé par le talent et la notoriété.
Raconter René Goscinny en bande dessinée. Et lui donner la parole, au fond, pour la première fois. Tel est le projet de cet album exceptionnel. Un événement artistique. Et un livre de tendre amitié. Catel, célèbre dessinatrice, travaille depuis quatre ans, avec l'appui et l'amitié d'Anne Goscinny, à ce "Roman des Goscinny" - un roman graphique où tout est vrai. 320 pages magnifiques, en trichromie, où Catel nous raconte la vie de René Goscinny. Sa naissance, dans le Paris des années 20, au coeur d'une famille juive, exilée de Pologne et d'Ukraine. Son père, chimiste, fils de rabbin. Sa mère, née en Ukraine, ayant fuit les progroms. Son grand-père, imprimeur de journaux yiddish. Son grand-frère moqueur, Claude. L'enfance en Argentine, bientôt. Et les passions de René : le dessin, le rire, puis l'écriture. Catel nous emmène dans un voyage familial marqué par l'histoire, entre l'Amérique et l'Europe. Tandis que le jeune René cherche sa voie, lui le "paresseux contrarié" , une partie de la famille meurt dans les camps d'extermination. René part à New York, frappe à toutes les portes, dessine et vit dans la pauvreté avec sa mère. A Bruxelles puis à Paris, il trouvera peu à peu sa vocation : non pas dessiner, mais écrire, scénario, sketchs, histoires. Goscinny crée, avec Uderzo, le personnage d'Astérix, qui devient très vite célèbre dans le monde entier ; mais aussi le Petit Nicolas avec Sempé. Et il est le grand scénariste de Lucky Luke et de Iznogoud. C'est aux portes du "célèbre village gaulois" que s'arrête le premier tome du "Roman des Goscinny" : alternant avec force et tendresse des épisodes de la vie de "René" ; et ceux racontés par sa fille Anne à son amie - donnant une vérité, une drôlerie et une émotion à ce projet fondateur.
Voici Dany Laferrière dans tous ses exils. Obligé de fuir Haïti à l'âge de 23 ans sous les aboiements d'une meute de chiens, il entame une vie d'exils, de Miami à Paris en passant par le Brésil, sans avoir ajamis vraiment quitté Montréal. Après l'Autoportrait de Paris avec chat, Dany Laferrière approfondit la veine du roman dessiné et écrit à la main. L'Exil vaut le voyage offre un point de vue original sur le sentiment de l'exil : est-ce une expérience aussi terrible qu'on le dit ? En revenant sur ce qu'on croit à tort une fatalité, Dany Laferrière nous dit combien les pérégrinations obligées, si on les accueille en ouvrant les yeux et l'esprit, nous enrichissent. Quelle occasion de rencontres nouvelles, avec des écrivains, des femmes et des chats ! Le monde regorge de richesses, et ce livre nous les fait découvrir avec charme et humour, mais aussi, parfois, un lyrisme pudique : " Je viens de parler à ma mère longuement, et je dois partir sans bagage " . Si les exils ont leur part d'arrachement, ils donnent aussi à voir le monde et des mondes. De Jorge Luis Borges à Virginia Woolf, de jazzmen solitaires en cafés bondés, de l'Amérique à l'Europe, voici de fructueux exils, avec, pour compagnons de voyage, de chapitre en chapitre, les grands exilés du monde, Ovide, Mme de Staël, Graham Greene, le grand romancier cubain José Lezama Lima, et bien d'autres.
La manière dont l'Allemagne traite ses habitants [... ] n'est pas plus notre affaire que ce n'est celle d'un autre gouvernement de s'interposer dans nos problèmes". Les mots de Robert Jackson, procureur en chef américain au procès de Nuremberg, sont sans ambages : la répression des crimes racistes commis par les nazis ne saurait ouvrir la voie à un examen international de l'ordre racial qui prévaut alors aux Etats-Unis. L'atteste la définition particulièrement corsetée du crime contre l'humanité adoptée en 1945. A partir d'une enquête sur les lawyers qui, outre-Atlantique, ont jeté les bases du procès, impulsé et conduit les débats, Guillaume Mouralis propose une relecture passionnante de Nuremberg. Il révèle le faisceau des contraintes professionnelles, sociales et culturelles qui ont lourdement pesé sur ce moment expérimental. Il s'interroge finalement sur son legs. Comment a-t-il été mobilisé dans les luttes afro-américaines pour les droits civiques, ou celles, ultérieures, contre la guerre du Vietnam ? Et comment ces appropriations militantes ont-elles marqué l'émergence d'un dispositif judiciaire international ?
Un document exceptionnel Le 6 août 1945, à 8 h 15 du matin, une gigantesque boule de feu est apparue 500 mètres au-dessus de la ville japonaise d'Hiroshima. Avec le bombardement nucléaire déclenché par les États-Unis, " le feu du plus atroce génie humain s'abattait sur une population d'enfants, de femmes, de vieillards et d'hommes innocents ", selon les mots de l'écrivain Bernard Clavel. Keiji Nakazawa habitait avec sa famille à un peu plus d'un kilomètre du centre-ville, dans un quartier où les maisons coexistaient encore avec les champs et les potagers. Keiji avait 6 ans. Il a échappé à la mort. Soixante-quinze ans après la tragédie, son témoignage, dans sa nudité même, est glaçant de vérité. L'auteur nous fait littéralement voir, à travers ses yeux d'enfant puis sa mémoire d'adulte, l'horreur qu'a vécue la population de cette ville martyre. L'apocalypse nucléaire à Hiroshima a tué, selon les sources, entre 140 000 et 200 000 personnes, le 6 août 1945 et dans les années qui suivirent. Cette édition comprend un texte de Bernard Clavel, " La Peur et la Honte ".
Comment une nation se relève-t-elle de ses propres crimes ? Enfant, Gitta Sereny assista au congrès de Nuremberg et fut témoin des persécutions antisémites. Journaliste, elle rencontra des enfants volés du Lebensborn, de jeunes Allemands affrontant les fautes de leurs parents et des personnalités comme Albert Speer, Leni Riefenstahl ou Kurt Waldheim... Soixante ans d'enquête journalistique et d'expériences personnelles - une somme d'une ampleur unique sur une génération qui commit ou accepta le pire.
Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'histoire et docteur des universités Paris I et TU Berlin, Johann Chapoutot est maître de conférences à l'université de Grenoble et membre de l'Institut universitaire de France.