Le gang de la clef à molette

Abbey Edward ; Mailhos Jacques ; Crumb Robert

GALLMEISTER

Prologue:Les conséquencesLorsque l'on vient d'achever la construction d'un nouveau pont reliant deux États souverains des États-Unis, il y a discours. Il y a drapeaux, il y a fanfares, il y a rhétorique techno-industrielle amplifiée électroniquement.Les gens attendent. Couvert de drapeaux, d'oriflammes et de banderoles fluorescentes, le pont est prêt. Tous attendent l'inauguration officielle, l'oraison finale, la coupure du ruban, l'arrivée des limousines. Peu importe qu'en réalité ce pont soit déjà en service depuis six mois.Les files d'automobiles garées en bord de route s'étirent sur un kilomètre et demi au nord et sur un kilomètre et demi au sud, surveillées par les motards de la police d'État, hommes mornes et pondéreux, crissant dans leurs tenues de cuir, raidis par leur casque antiémeute, leur badge, leur lacrymo, leur matraque, leur radio. Fiers, rudes et sensibles défenseurs latéraux des riches et des puissants. Armés et dangereux.Les gens attendent. Suant sous le soleil, rôtissant dans les automobiles qui brillent comme des scarabées sous le doux mugissement du soleil. Ce soleil du désert de l'Utah et de l'Arizona, cette infernale sphère de feu plasmique posée là dans le ciel. Cinq mille personnes qui bâillent dans leurs voitures, intimidées par les flics et mortellement bercées par les psalmodies des politiciens. Leurs gamins braillards se chamaillent à l'arrière, les glaces Frigid Queen fondent et dégoulinent sur les mentons, les coudes, créent des Jackson Pollock sur les radicaux monovalents de la sellerie pur skaï. Tous prennent leur mal en patience même si aucun n'en a suffisamment pour écouter les salades que déverse le puissant système de sonorisation.Le pont lui-même est une arche d'acier simple, élégante et compacte, aussi concrète que l'énoncé d'une évidence, portant sur son dos un ruban d'asphalte, une voie piétonne, des rambardes, un éclairage de sécurité. Long de 120 mètres, il enjambe un défilé haut de 215 mètres. Le défilé de Glen Canyon. Tout en bas coule le Colorado, dompté, domestiqué à la sortie des boyaux du tout proche barrage de Glen Canyon. Jadis d'une belle teinte rouge et ocre qui lui valut son nom, le fleuve coule désormais vert, limpide et froid, couleur eau de glacier.Formidable fleuve. Barrage plus formidable encore. Vu du pont, l'ouvrage présente une vertigineuse paroi concave de béton armé, implacable et mutique. Barrage à gravité, 800000 tonnes de solidarité solidement ancrées dans le grès navajo qui forme depuis cinquante millions d'années le lit et les murs du canyon. Bouchon, opercule, coin obèse fiché dans la pierre pour canaliser via des vannes et des turbines la force du fleuve hébété.Fleuve jadis formidable et désormais fantôme. A 1500 kilomètres de là, vers l'aval, les âmes des mouettes et des pélicans volettent à l'aplomb du delta asséché. Les âmes des castors remontent le courant en se glissant, nez en avant, sous la surface dorée par l'ocre du limon. Les grands hérons allaient jadis se poser, pattes pendouillant, légers comme des moustiques, sur les bancs de sable de l'estuaire. Les tantales craquetaient dans les peupliers. Au fond des canyons, les cerfs en arpentaient les berges. Aigrettes neigeuses parmi les tamaris, et leurs plumes qui ondulent dans la brise du fleuve...(...)

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EAN
9782351780633
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