Là-bas, ils ne tuent pas les oiseaux dans le ciel
Nonn Eric
BUSCLATS
Extrait
Midi. Il est midi, à peu près. Avec ou sans exactitude. La gare de la Lopé, au Gabon. Sur la place en terre, une case en bois, en planches, en traverses. Une case à bières, à Coca, à Fanta. Hommes, femmes, enfants. Quelques-uns, très peu. Une petite fille vêtue en rose. Son cartable aussi est rose, un rose plastique, international. Au-dessus de l'abri, un toit ondulé. Un soleil chauffé à blanc sur cette tôle en gouttière. Des nuages, certains trempés au gris. L'eau est grise dans le ciel. Ici, les conversations sont labiales. Un français de feuilles roulées aux lèvres, de feuilles de manioc, de raphia tissé. Un instant disjoncté, de compteurs électriques. Ici, les fils sont tirés en lianes. Une électricité de groupe électrogène, intermittente. Un souvenir disjoncté aussi, de feuilles de cigare, de noir havane. Et l'homme seul pense par moments à ces cuisses nues de roulage, aux jupes relevées, à ces jupes castristes parfois. Un reste de mémoire masculine mise en médaillons, cerclée à la feuille d'or. Un érotisme de boîtes en bois souvent gardées, collectionnées, en bois de fromager, de cet arbre présent un peu partout au Gabon, un arbre parfois de bords de voie ferrée. Idem aussi, un érotisme ridicule, chocolatier. De cacao, un érotisme de cacao. Moite, du moite de peau, de chemise, du moite de mousse de bière. Certains sourires de femmes noires sont tressés, nattés aux pommettes. Sur la place, des hommes, des femmes de la Lopé, de ce lieu où parfois encore un train peut emboutir un éléphant, un lieu du fleuve Ogooué, loin de la mer, près du Mont Brazza, un mont modernisé, piqué à l'antenne, en piolet de ferraille. Savorgnan de Brazza. Et lui aussi, il plantait des piolets, des petits drapeaux tricolores. Des leurres de tissu devant Stanley, le dynamiteur, l'anglophone. Brazza... Et il existe toujours, en vrai, ou presque, en tirage albuminé. Une photographie de lui est célèbre, ici, au Gabon, celle avec le roi Makoko. Mais elle a été prise loin d'ici, plus à l'Est, chez les Tékés, sur les hauts-plateaux. À l'époque du royaume Téké, ce royaume du Traité passé au Sénat, à l'Assemblée, dans les dorures de bord de Seine, des dorures, elles aussi, un peu confiseuses. Les yeux blancs. Il faut atténuer ses yeux de Blanc en arrivant à Libreville, sous l'équateur, cette ligne mythique, une ligne sur les arbres ici, comme une longue ligne téléphérique, une ligne sur du vert, du vert sombre, un segment de ce rail tracé sur les globes, de cette épure géographique, circulaire, scientifique, un rail presque arbitraire s'il n'y avait ce basculement de repère, d'étoile fixe, de Nord-Sud. Une ligne hermaphrodite qui déguise, travestit aussi les marins au passage. Un sentiment hermaphrodite, bipolaire.
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EAN
9782361660253
Caractéristiques
| EAN | 9782361660253 |
|---|---|
| Titre | Là-bas, ils ne tuent pas les oiseaux dans le ciel |
| Auteur | Nonn Eric |
| Editeur | BUSCLATS |
| Poids | 401gr |
| Date de parution | 04/09/2014 |
| Nombre de pages | 156 |
| Emprunter ce livre | Vente uniquement |
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