Extrait Midi. Il est midi, à peu près. Avec ou sans exactitude. La gare de la Lopé, au Gabon. Sur la place en terre, une case en bois, en planches, en traverses. Une case à bières, à Coca, à Fanta. Hommes, femmes, enfants. Quelques-uns, très peu. Une petite fille vêtue en rose. Son cartable aussi est rose, un rose plastique, international. Au-dessus de l'abri, un toit ondulé. Un soleil chauffé à blanc sur cette tôle en gouttière. Des nuages, certains trempés au gris. L'eau est grise dans le ciel. Ici, les conversations sont labiales. Un français de feuilles roulées aux lèvres, de feuilles de manioc, de raphia tissé. Un instant disjoncté, de compteurs électriques. Ici, les fils sont tirés en lianes. Une électricité de groupe électrogène, intermittente. Un souvenir disjoncté aussi, de feuilles de cigare, de noir havane. Et l'homme seul pense par moments à ces cuisses nues de roulage, aux jupes relevées, à ces jupes castristes parfois. Un reste de mémoire masculine mise en médaillons, cerclée à la feuille d'or. Un érotisme de boîtes en bois souvent gardées, collectionnées, en bois de fromager, de cet arbre présent un peu partout au Gabon, un arbre parfois de bords de voie ferrée. Idem aussi, un érotisme ridicule, chocolatier. De cacao, un érotisme de cacao. Moite, du moite de peau, de chemise, du moite de mousse de bière. Certains sourires de femmes noires sont tressés, nattés aux pommettes. Sur la place, des hommes, des femmes de la Lopé, de ce lieu où parfois encore un train peut emboutir un éléphant, un lieu du fleuve Ogooué, loin de la mer, près du Mont Brazza, un mont modernisé, piqué à l'antenne, en piolet de ferraille. Savorgnan de Brazza. Et lui aussi, il plantait des piolets, des petits drapeaux tricolores. Des leurres de tissu devant Stanley, le dynamiteur, l'anglophone. Brazza... Et il existe toujours, en vrai, ou presque, en tirage albuminé. Une photographie de lui est célèbre, ici, au Gabon, celle avec le roi Makoko. Mais elle a été prise loin d'ici, plus à l'Est, chez les Tékés, sur les hauts-plateaux. À l'époque du royaume Téké, ce royaume du Traité passé au Sénat, à l'Assemblée, dans les dorures de bord de Seine, des dorures, elles aussi, un peu confiseuses. Les yeux blancs. Il faut atténuer ses yeux de Blanc en arrivant à Libreville, sous l'équateur, cette ligne mythique, une ligne sur les arbres ici, comme une longue ligne téléphérique, une ligne sur du vert, du vert sombre, un segment de ce rail tracé sur les globes, de cette épure géographique, circulaire, scientifique, un rail presque arbitraire s'il n'y avait ce basculement de repère, d'étoile fixe, de Nord-Sud. Une ligne hermaphrodite qui déguise, travestit aussi les marins au passage. Un sentiment hermaphrodite, bipolaire.
Nombre de pages
156
Date de parution
04/09/2014
Poids
401g
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EAN
9782361660253
Titre
Là-bas, ils ne tuent pas les oiseaux dans le ciel
Auteur
Nonn Eric
Editeur
BUSCLATS
Largeur
0
Poids
401
Date de parution
20140904
Nombre de pages
156,00 €
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N'gomo. En Afrique. Sous l'équateur. Un homme et une femme se rencontrent par hasard. Ensemble, ils remontent un fleuve, l'Ogooué, sur le vieux bac rouillé qui assure la liaison entre l'île Mandji et celle de Lambaréné. Ils viennent d'être mariés par un préposé, dans une guérite du port, par erreur, par méprise. Il ne se passe rien entre eux, ou presque. Madeleine. Elle s'appelle Madeleine, comme un prénom de début de siècle. Madeleine, il faut regarder.. Il faut regarder pour voir l'autre histoire, celle écrite dans le fleuve, dans les arbres, sous la pluie, dans la nuit... Viens... Ils sont là, l'un et l'autre, et ils traversent la nuit d'équateur, une de ces nuits où tout est inscrit depuis toujours, où tout révèle que l'homme n'a pas inventé les légendes, qu'il n'a rien découvert qui n'ait existé avant lui... Je suis stérile. Madeleine finira par le dire avant même d'arriver à N'gomo. Elle le dira à la nuit, à l'Ogooué. Et il n'y aurait pas eu d'histoire non plus, sans la sienne, ni celle des arbres, ni même celle du fleuve...
Etait-ce une folie que d'aller à Tananarive, sur les hauts plateaux de l'Imerina, et de croire que le poète malgache Jean-Joseph Rabearivelo devait prendre sa place dans les dictionnaires de littérature d'expression française ? Etait-ce une folie que de vouloir comprendre un suicide, et plus encore de parler de poésie, de poèmes ?
Résumé : Ramanujan (1887-1920). Mathématicien indien d'Inde du Sud, du sud de Madras. Ramanujan, mathématicien de génie, autodidacte ou presque, sans diplômes, sans études, sans collège. Et il ira à Cambridge, quelques années, des années de guerre, première, mondiale, avant de revenir mourir à Madras. Ramanujan, c'est l'histoire des mathématiques indiennes, et l'histoire de l'Inde, celle qui commence à concevoir l'indépendance, une Inde balbutiante pour lui qui est déjà si loin des castes, de l'intégrisme, de l'irrespect. Ramanujan, c'est une vie courte, fulgurante, mais un siècle après, elle n'est pas finie, pas encore. Et son nom est sur toutes les lèvres indiennes, et même les ignorantes, celles des rues, des trottoirs. Ramanujan, c'est aussi une des plus belles histoires d'amour que je connaisse, entre un homme et une femme. Une histoire interrompue par la maladie, la mort, jeune, ces ingrédients de roman, normalement. E.N.
Un homme voyage seul sur les routes d'Asie du Sud-Est, auxabords du Mékong. Dans un autocar, il fait connaisse avec lafemme assise à ses côtés. Elle est belle, porte une robe tropcourte, avec un corps aux postures adolescentes. Bientôt ilsfont l'amour. Le voyage continue à deux sans que cela aitvraiment été décidé. Il l'appelle La Strada, parce qu'elle luifait penser aux femmes des films de Fellini et aussi parcequ'elle est exotique, sulfureuse, mystérieuse, aguicheuse,libre. Ce récit, construit en courts paragraphes, est une sorte depèlerinage rêveur: les femmes s'y transforment en déessesmythologiques, et les démons du passé surgissent, voyagern'est pas sans risque, on croit s?échapper et on se confronte àsoi-même plus que jamais, on se transforme.
22 octobre 1922. Marcel Proust n'a plus qu'un mois à vivre. A son chevet, Reynaldo Hahn, l'amour de ses vingt ans, l'ami dune vie et Robert Proust son frère et médecin. Marcel refuse la clinique que lui propose son frère à qui il ferme désormais sa porte. L'un des rares visiteurs qu'il reçoit ce dernier mois de sa vie, c'est Reynaldo Hahn. C'est cet amour qui dura deux ans entre Reynaldo musicien vénézuélien, coqueluche des salons mondains de la Belle Epoque, et Marcel dandy en quête d'ascension sociale, et leur amitié parfois contrariée mais intacte, que retrace Lorenza Foschini dans ce récit brillant, enrichi de documents inédits. Alors que Marcel construit son oeuvre et devient Proust, Reynaldo a du mal à inscrire sa musique dans la modernité. Au Père-Lachaise où l'un et l'autre sont enterrés, le nom vie l'un brille en lettres d'or, celui de l'autre s'est peu à peu effacé. Reste la richesse d'une relation que la romancière retrace avec panache.
Les cinq récits de ce recueil nous entraînent avec humour et fantaisie dans des villes qu'Eduardo Manet revisite avec sa verve d'écrivain et son regard de cinéaste. Boston, Agadir, Londres, Irun et Hendaye ou ce village indien, perdu dans la jungle, sont plus que le décor d'histoires d'amour, de rupture, de jalousie, de meurtre ou d'initiation. Violence dans le Boston chic; révélation mystique au-dessus de la Tamise; passion aux portes du désert; aventure trouble aux frontières du Pays-basque; naïveté salutaire des terres indiennes encore vierges. Après un demi-siècle de théâtre et de romans, Eduardo Manet revient aux récits: un pur plaisir.
Extrait Extrait de l'avant-propos (Le pays réel) Nous avions rapproché amoureusement nos chaises au bord du bassin de Marie de Médicis, dans le jardin du Luxembourg, et nous étions si parfaitement seuls au monde sous le soleil de mai, que cet ami peintre qui nous aperçut - et il n'en fit la confidence que bien plus tard -évita délicatement de nous saluer. On ne dérange pas le bonheur. Mains entrelacées, nous poursuivions notre conversation infinie qui souvent se penche sur cette longue histoire, née il y a plusieurs milliers d'années, et dont nous procédons tous deux : elle en ligne directe, moi par un rameau enté. Elle, elle est ma fiancée juive pour qui j'ai écrit et chanté un long blues de douze minutes, un chant d'amour courtois comme au Moyen-Âge - et peu importe ce qu'on pouvait en dire («Car la honte l'indiffère / Puisqu'Amour le commande et veut» - il s'agit ici de Lancelot, mais je fais miens ces deux vers de Chrétien de Troyes) - où il est question également d'un voyage à Jérusalem, plus précisément d'une visite au Mur des lamentations, enfin au Mur de l'ouest, dernier vestige du second temple détruit par les Romains.
Devant les choses, il y a les mots. Derrière certains mots, il n'y a pas grand'chose. C'est ce qui fait toute leur importance. La vie ne vaut d'être vécue que dans l'exacte mesure où elle est remplie jusqu'à ras bord d'objets nuls, de faits inexistants et de verbes défectifs. De longues et futiles recherches ont été nécessaires pour définir ces territoires qui bordaillent le néant, présentées ici dans le seul ordre justifié à régir l'univers: l'ordre alphabétique.