La voie des images. Quatre histoires de tournage au printemps-été 1944
Lindeperg Sylvie
VERDIER
20,00 €
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EAN :9782864327127
Extrait de l'introductionL'IMAGE COMME DÉPOSITIONPartageant le secret des miroirs, le cinéma s'évertue à nous faire croire qu'il reflète ce qui est, alors qu'il fait bien mieux (ou bien pire): il fabrique ce qui sera.Jean-Louis ComolliAucun de mes précédents ouvrages ne s'est aventuré comme celui-ci aux confins du temps présent, s'exposant aux brûlures de l'actualité. Le chapitre liminaire éclaire les motifs de cette entrée dans l'arène. Prenant appui sur quelques films récents consacrés à la Seconde Guerre mondiale, il rend compte d'une uniformisation croissante des formes d'écriture de l'histoire. L'esthétique du «trop plein» et de l'hypervisibilité, l'immersion dans l'image et le son, la pulvérisation des durées et le nivellement des temporalités constituent les principales composantes de ces réalisations audiovisuelles qui règnent en maîtresses sur nos écrans. L'analyse critique de ces films engage, au sens fort, des questionnements politiques. Elle se trouve sans cesse contrée par l'argument d'autorité de leur succès public.Il ne fait guère de doute que des réalisateurs habiles et des producteurs avisés ont trouvé le principe appétant dans la recette du film historique. Ils se vantent de conjuguer l'efficacité d'une leçon d'histoire plus digeste, les injonctions de mémoire et l'édification morale. La bonne conscience brandie en étendard interdisant d'exprimer le moindre doute sur la sincérité de leurs intentions, ils encaissent les dividendes d'un cercle supposé vertueux.Reste pourtant à s'interroger sur ce que ces réalisations transmettent aux jeunes générations auxquelles elles s'adressent prioritairement en spéculant sur la vertu pédagogique des larmes et de la compassion; à mesurer les effets de ces images trépidantes assénées comme des preuves, travesties pour mieux s'accommoder à nos manières de voir; à définir les biais d'une histoire tout entière déchiffrable, sans incertitude ni manque, reposant sur l'illusion du spectacle total, d'un passé rendu dans la plénitude du visible par l'abolition du temps qui nous en sépare. Car l'histoire, par nature diachronique, est un travail sur le temps. Elle pense le passé dans un ajustement dialectique conjuguant distance et proximité: «c'est la bordure du temps qui entoure notre présent, qui le surplombe et qui l'indique dans son altérité; c'est ce qui, hors de nous, nous délimite», écrit Michel Foucault à propos de l'archive.Ce livre s'ouvre sur l'examen des formes audiovisuelles dominantes du récit historique et leurs effets sur la perception et l'ordre des temps. Il inscrit en filigrane les désarrois de l'auteure quant au champ même de ses recherches. S'il n'existe pas pour l'historien de sujets d'études froids, certains territoires du passé présentent la surface lisse de fleuves apaisés; d'autres sont tumultueux en raison de la place que notre société leur ménage. La Seconde Guerre mondiale, et particulièrement la «Shoah», est de ceux-là. Cette dernière fait l'objet depuis plusieurs décennies d'une surexposition sociale, culturelle et médiatique. Elle demeure innervée par le politique. Elle dispose d'un statut à part dans l'enseignement de l'histoire. Elle constitue la raison d'être d'institutions de mémoire. Elle est la cible de communicants dont la mission est de produire sans relâche de Y événementiel autour de l'événement. Ce statut singulier constitue une chance doublée d'une malédiction. Les historiens ne sauraient nier l'intérêt d'une situation qui enrichit sans cesse leur réflexion sur les usages d'un passé qu'électrise le présent. Elle leur permet aussi de faire connaître leurs travaux à un large public, de les décliner sur des modes et des supports variés, d'en trouver plus aisément les débouchés. Les mêmes historiens se divisent sur les effets secondaires de leurs recherches si longtemps portées par une demande sociale. Certains nient qu'elles en aient, trouvant refuge dans la tour d'ivoire de la communauté savante. D'autres les revendiquent avec satisfaction, prônant l'alliance vertueuse de l'histoire et des feux sacrés de la mémoire. J'envie leur assurance et leur confort moral. Je ne les partage pas. Pire, je suis troublée devant cette confusion des genres. Cet état me rend plus vulnérable aux arguments de ceux qui nous alertent sur les effets latéraux de nos travaux dans le champ social, nous reprochant d'entretenir la déferlante d'une «mémoire saturée». Mêlant à leur tour l'observation scientifique et la prescription citoyenne, ceux-là reprennent le cri qui fusa dès 1946: «Encore!»
Nombre de pages
280
Date de parution
10/01/2013
Poids
354g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782864327127
Titre
La voie des images. Quatre histoires de tournage au printemps-été 1944
Auteur
Lindeperg Sylvie
Editeur
VERDIER
Largeur
140
Poids
354
Date de parution
20130110
Nombre de pages
280,00 €
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20 novembre 1945 : à Nuremberg s'ouvre le procès exemplaire des criminels de guerre nazis. Les Américains veulent en faire un show médiatique pour transmettre au monde " le plus grand conte moral jamais raconté ". Dans ce récit très narratif, Sylvie Lindenperg raconte l'avant-procès - la quête effrénée de bouts de pellicules et d'images à travers toute l'Europe -, puis le filmage quotidien durant 10 mois et la compétition farouche entre les équipes américaine et russe. Avec, en protagonistes de cette bataille de l'image, les frères Schulberg : Budd, l'auteur de "Qu'est-ce qui fait courir Sammy ? ," et son frère Stuart, le producteur de la NBC.
C'est par le cinéma que je sus que le pire venait juste d'avoir lieu", écrivait le critique Serge Daney. Plus précisément, grâce à Nuit et Brouillard, le film d'Alain Resnais sorti en 1956.Walter Benjamin incitait l'historien à "découvrir dans l'analyse du petit moment singulier le cristal de l'événement total'. C'est ce que propose Sylvie Lindeperg dans cette microhistoire du court-métrage qui a marqué profondément notre imaginaire des camps nazis.À partir d'archives inédites, elle reconstitue la genèse et les enjeux du film. Elle s'interroge sur les lectures et les usages, parfois inattendus ou contradictoires, dont Nuit et Brouillard a fait l'objet en France comme à l'étranger. Elle retrace le destin singulier de ce" lieu de mémoire "en suivant l'évolution des regards portés sur les images et sur l'événement depuis cinquante ans.Elle pose, dans toute son actualité, la question du rapport entre l'archive et la représentation des camps. Biographie de l'auteur Sylvie Lindeperg, historienne, est maître de conférences à l'université Paris-III-Sorbonne. Elle a publié Les Écrans de l'ombre. La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français (prix Jean-Mitry de l'Institut Jean-Vigo) et Clio de 5 à 7. Les actualités filmées de la Libération."
L'étude du cinéma comme source et agent de l'histoire a fait l'objet de nombreux travaux depuis ceux des pionniers des années 1960. Ce champ de recherche n'en reste pas moins jeune ; il appelle l'invention constante des méthodes, le renouvèlement des objets et des sources, le dialogue avec des disciplines plus anciennes. C'est à ce vaste chantier que contribuent les auteurs réunis dans ce volume dont les thèses ont été dirigées par Sylvie Lindeperg. Cette jeune génération de chercheurs arpente de nouveaux territoires géopolitiques comme le bloc de l'Est, le Maghreb, le Rwanda. Elle forge des outils adaptés à ses curiosités et à ses questionnements ? le cinéma militant, la création collective, la fabrique des images, la migration des imaginaires ?, les envisageant dans leurs dimensions politiques, socio-culturelles, esthétiques et formelles. La première partie de l'ouvrage examine les liens du cinéma au politique, appréhendés à travers la question de l'engagement. Elle s'intéresse aux collectifs militants dans la France de l'après-1968, mais aussi à la fabrication des films dans des contextes non démocratiques ? le bloc de l'Est et le Maroc d'Hassan II. La seconde partie porte sur le travail des opérateurs pendant la Seconde Guerre mondiale et lors du génocide des Tutsi. Elle interroge le rôle de ces images dans l'élaboration de la mémoire et des réminiscences du passé. Cet ouvrage, préparé sous la direction de Sylvie Lindeperg, est le neuvième volume de la collection Histo.Art, présentant les travaux de l'Ecole doctorale Histoire de l'art de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Novembre 1989. Le Mur de Berlin vient de tomber. Inge et Walter Bischoff, un couple d'Allemands de l'Est annoncent à leur fils Carl qu'ils ont décidé d'aller vivre de l'autre côté du rideau de fer. A vingt-six ans, Carl n'habite plus chez eux depuis longtemps. Mais leur décision qui ressemble à un abandon lui révèle qu'avant d'être ses parents, Inge et Walter ont eu une jeunesse éprise de liberté. De ce temps d'avant la construction du mur, le Stern 111, un poste de radio de fabrication soviétique, reste le symbole : toute la jeunesse d'Allemagne de l'Est s'en servait pour écouter les radios de l'Ouest. Carl se rend bientôt à Berlin avec la petite voiture de son père. Au "Cloporte", un immeuble où s'est rassemblée une communauté de squatters, il va connaître une double initiation amoureuse et politique.
L'héroïne de Boulder gagne sa vie comme cuisinière sur un vieux navire marchand. C'est la situation parfaite : la solitude, le provisoire, une cabine et l'océan, un port où rencontrer des femmes. Jusqu'à ce qu'un jour l'une d'entre elles réussisse à l'arracher à la mer et à l'entraîner dans l'aventure d'une procréation assistée. Qu'est-ce que la maternité va provoquer chez cette femme qu'elle a rencontrée dans un bar en Patagonie ? Et elle, acceptera-t-elle de se laisser enfermer entre les quatre murs d'une maison pour faire mentir le surnom de Boulder que lui a donné son amoureuse, et qui désigne des grandes roches isolées au milieu du paysage dont personne ne sait d'où elles viennent ni pourquoi elles sont là ? Le ton ironique, les évocations érotiques sans fausse pudeur, le style implacable et vibrant comme le personnage, tout contribue à faire de ce deuxième roman un texte rebelle intense et poétique.