Marcelo Birmajer fait partie de cette nouvelle génération d'écrivains argentins qui a commencé depuis quelques temps a faire entendre des voix originales, capables d'interroger la modernité de leur pays sans renier l'héritage littéraire o combien prestigieux de leurs aînés.Avec Birmajer, la culture juive de Buenos Aires, très importante en raison de la forte immigration européenne des années trente liée à la montée du nazisme, apparaît pour la première fois dans la littérature du pays. Dans ces Histoires d'hommes mariés, on retrouve toute la finesse et l'humour qui ont fait le succès des histoires juives new yorkaises de Woody Allen et l'on découvre qu'en Argentine non plus il n'est pas facile d'appartenir à deux cultures, l'occidentale et l'hébraïque. Comment s'assumer librement comme un hédoniste sans se trahir soi-même ? Peut-être est-ce là la question qui traverse tous ces récits, tantôt émouvants, tantôt drôles, souvent teintés de culpabilité et de remords. Pour donner quelques exemples :Le tableau : Javier Mossen va dîner chez un couple d'amis (Cecilia et Julio). L'appartement lui déplaît. Il y sent toute l'impersonnalité un peu ethnique que la maîtresse de maison a sûrement copiée dans un magazine de décoration. Son oeil est inévitablement attiré par une énorme croûte, un tableau à la gloire du communisme, sur lequel trois ouvriers trop vrais pour être honnêtes brandissent le poing d'un air vindicatif. Mossen n'ose rien dire, mais Cecilia lui apprend que c'est le seul souvenir qui lui reste de son oncle, décédé au Brésil. Mossen sort du dîner en se jurant de ne plus jamais remettre les pieds dans cet endroit. Il rencontre Julio quelques mois plus tard, défait : Cecilia et lui se sont séparés après que l'oncle du Brésil, bien vivant, est revenu pour dire à Julio qu'il n'a jamais vu le tableau aux ouvriers de sa vie. Julio comprend que c'est l'oeuvre d'Osvaldo, son assistant (qui a toujours rêvé de peindre), et lorsqu'il en parle à Cecilia, celle-ci lui avoue qu'il est son amant.A tombeau fermé : Mossen doit absolument terminer une fiche de lecture pour le lendemain. Ne pouvant travailler chez lui à cause du bruit, il décide de se rendre dans un café pour avancer. Là, il croise Pancho Perlman, qu'il n'a pas vu depuis l'adolescence. Tout en espérant expédier Pancho assez vite, il lui pose des questions sur le suicide de son père. Il se rappelle qu'il s'était retrouvé, par hasard, devant le cercueil fermé, et qu'il avait été intrigué. Et pour cause, car Pancho lui apprend que la mort de son père a été inventée de toutes pièces par sa mère, qui ne supportait pas, aux yeux du voisinage, d'être considérée comme une femme abandonnée de son mari, lequel en avait suivi une autre.Entretien avec Kissinger : C'est un grand jour pour Javier Mossen, chargé d'interviewer Henry Kissinger. Amoureux d'une autre femme que la sienne, Mossen ne parvient pas à se concentrer et pose tout au plus deux questions au grand homme, dont une sur l'amour. De retour chez lui, alors qu'il se sent particulièrement lamentable et bon à rien, il se rend compte que son magnétophone n'a pas fonctionné.
Javier Mossen, le narrateur, reprend le fil des joies et des déboires déjà tendu dans Histoires d'hommes mariés. Toujours avec Esther, son épouse compréhensive, et ses deux enfants, il croise tout au long de ces nouvelles des personnages étonnants ou ordinaires qui lui font des confidences ou l'entraînent malgré lui dans de drôles d'aventures, tour à tour rocambolesques et tragiques. Comment un personnage parvient-il pendant vingt ans à cacher à sa femme qu'il a participé à la guerre du Kippour? Un simple message téléphonique peut-il faire prendre conscience à un homme qu'il a fait fausse route en batifolant avec une jeune et jolie maîtresse? La dictature peut-elle bouleverser la vie d'un chirurgien au point de le retrancher dans une ville pauvre et de le transformer en vulgaire épicier obligé de montrer ses ébats conjugaux à un individu louche et puissant? Les femmes laides ont-elles un pouvoir de séduction dont les belles sont privées? Ecrites à la manière d'Isaac Bashevis Singer avec l'humour très juif d'un Woody Allen transplanté à Buenos Aires, les nouvelles de Marcelo Birmajer sont autant de petites merveilles de drôlerie et d'émotion.
Le 29 décembre 1956, l'Algérie française portait en terre l'un de ses leaders, Amédée Froger, tué la veille, alors qu'il sortait de son domicile. La nouvelle de l'assassinat a fait grand bruit, en Algérie, mais aussi à Paris, en raison de la personnalité de la victime, haute figure locale de la défense de la cause française. Ses obsèques à Alger ont rassemblé une foule nombreuse. Elles ont surtout été l'occasion de ratonnades qui ont marqué les observateurs. S'appuyant sur de nombreuses sources, dont des archives policières et judiciaires inédites, Sylvie Thénault retrace ces événements et propose à travers eux une généalogie des violences exercées par les Français sur les Algériens dans le contexte de la colonisation. Trop souvent résumées à des actions ponctuelles et paroxystiques, ou associées aux seules exactions de l'OAS à la toute fin de la guerre, ces violences - non pas celles des autorités et de leurs représentants mais bien celles de la minorité française, née là-bas - s'inscrivent dans une histoire longue. Elles se nourrissent d'un rapport de domination brutal, empruntant à toutes les formes d'oppressions possibles (économiques, sociales, politiques, juridiques, culturelles) et s'ancrent dans un espace urbain où les différences et les inégalités se lisaient à la moindre échelle, celle du quartier, voire de la rue ou de l'immeuble. Faisant des événements ayant entouré la mort et l'enterrement d'Amédée Froger le chaînon manquant de cette longue histoire, Sylvie Thénault propose ici une histoire spatiale et sociale de la guerre à Alger, en plaçant au coeur de l'interrogation ce que les ratonnades doivent aux rapports entre les populations en présence.
XVIIe siècle. Aux Antilles. C'est la nuit sur une plantation où se déroule une veillée mortuaire. Un vieux-nègre esclave entre dans le cercle des flambeaux. Dès ses premiers mots, il se métamorphose en " maître-de-la-Parole ". Comment ce vieil homme a-t-il pu s'ériger en père fondateur de la littérature des Amériques ? Quels sont les secrets de cet improbable résistant à l'esclavage et à la colonisation ? D'où lui vient cette assignation à ne conter que la nuit, sous peine d'être transformé en panier ? Et pourquoi un panier ? Partant de l'extraordinaire émergence du conteur créole, Patrick Chamoiseau interroge son propre travail d'écrivain, sa mémoire intime et les mystères de la création. Quels sont les grands enjeux de la littérature contemporaine ? En quoi rejoignent-ils ceux de ce vieux maître-de-la-Parole ? ... " Chaque création est une avancée de la réflexion, de la connaissance, du rapport désirant avec cet horizon sans horizon qu'est la Beauté. " Patrick Chamoiseau, né en 1953, a élargi la portée de la littérature antillaise à un niveau mondial. Prix Goncourt pour Texaco (Gallimard, 1992), il est l'auteur d'une oeuvre narrative et théorique majeure où se mêlent imaginaire foisonnant et conscience politique. Sa voix est aujourd'hui l'une des plus influentes de la Caraïbe. Au Seuil ont récemment paru La Matière de l'absence (2016), Frères migrants (2017), Contes des sages créoles (2018) et, en Points Thriller, J'ai toujours aimé la nuit (2018).
Disjoindre le sexe et le genre est un geste éminemment moderne, théoriser cette dissociation l'est plus encore.Ce livre est d'une certaine manière l'histoire de ce geste. Il nous mène des grandes entreprises déconstructrices de la Modernité des années 1960-1980 jusqu'au triomphe contemporain de la théorie du genre : de Sartre, Lacan, Deleuze, Barthes, Derrida ou Foucault jusqu'à Judith Butler.Pourtant, parce qu'il s'agit d'un objet aussi fuyant que précieux, le sexe des Modernes est aussi un révélateur. Loin d'être tout à fait commun aux deux espaces intellectuels que sont l'Europe et les États-Unis, il est peut-être témoin de leurs divisions : disputes, équivoques, héritages détournés, et guerres silencieuses ou avouées...Il s'agit ici non seulement d'éclairer des doctrines récentes que la confusion des temps travaille à obscurcir, mais d'explorer ce qui s'est déplacé au tournant des XXe et XXIe siècles entre le continent européen et le continent américain. Transmission ou au contraire fracture ...Car le moment est venu d'interroger le partage du sexe et du genre sous l'angle de son histoire puisque cette histoire est la nôtre, et sans doute plus que jamais.E.M.
Excédés par le présumé laxisme des tribunaux, les justiciers autoproclamés s'évertuent à punir par eux-mêmes les fauteurs de trouble. Violant la loi pour maintenir l'ordre, ils s'improvisent détectives, juges et bourreaux. Adeptes du lynchage et autres châtiments spectaculaires, ils trouvent un nouveau public sur les réseaux sociaux. Des groupes d'autodéfense du Far West aux chasseurs de pédophiles en Russie contemporaine, les justiciers hors-la-loi sont typiquement des hommes blancs, réactionnaires et xénophobes. Toutefois, mouvements révolutionnaires et défenseurs des dominés ne s'interdisent pas de manier, à leur tour, le fouet et le feu. L'auto-justice compte en outre de fervents zélateurs dans les services répressifs. Et quand policiers et paramilitaires s'affranchissent du cadre légal pour nettoyer la société, ils précipitent l'avènement de l'Etat justicier. Cet essai comparatif s'aventure dans les eaux troubles de la justice sommaire. Au terme d'un périple dans le monde perturbant des redresseurs de torts, une question s'impose : la France est-elle immunisée contre cette fièvre punitive ...
À quelques minutes de la frontière espagnole, perché dans les Pyrénées françaises, l'hôtel du Belvédère, véritable paquebot de béton armé, pointe sa proue immobile vers la mer. À la faveur d'une résidence d'écrivain, l'autrice se retrouve seule occupante de l'imposant vestige des années 1930. Dans ce refuge chargé de la mémoire des voyageurs en transit, elle ouvre sa "mallette Fondane". Fascinée par ce poète mort en déportation en 1944, elle y rassemble depuis des années tout ce qui le concerne. Devant la mer, elle reconstitue l'enquête qu'elle a menée de l'autre côté de l'Atlantique, sur les traces du seul film de Benjamin Fondane, réalisé en Argentine grâce à Victoria Ocampo puis mystérieusement perdu, et fait revivre le trio indestructible formé par l'auteur du Mal des fantômes avec sa femme, Geneviève, et sa soeur Line. La folie qui monte en Europe à la fin des années 1930, l'existence brisée du trio trouvent aujourd'hui un écho troublant, que Laura Alcoba souligne avec une grande sensibilité.
Après la victoire de Franco, le docteur Guillermo García Medina continue de vivre à Madrid sous une fausse identité. Les papiers qui lui ont permis d?éviter le peloton d?exécution lui ont été fournis par son meilleur ami, Manuel Arroyo Benítez, un diplomate républicain à qui il a sauvé la vie en 1937.En septembre 1946, Manuel revient d?exil avec une dangereuse mission : infiltrer une organisation clandestine d?évasion de criminels nazis, dirigée depuis le quartier d?Argüelles par Clara Stauffer, qui est à la fois allemande et espagnole, nazie et phalangiste.Alors que le docteur García se laisse recruter par Manuel, le nom d?un autre Espagnol croise le destin des deux amis. Adrián Gallardo Ortega, qui a eu son heure de gloire comme boxeur professionnel avant de s?enrôler dans la División Azul, survit péniblement en Allemagne. Ce dernier ne sait pas encore que quelqu?un souhaite prendre son identité pour fuir dans l?Argentine de Perón.Traduit de l'espagnol par Anne Plantagenet« Rien ne manque avec ce livre, pour nous emporter. »« Il faut le dévorer, comme les précédents, en attendant les deux suivants. » Historia « Saga palpitante, nourrie d?espions, d?imposteurs et de rebondissements, ce roman éclaire d?une lumière glaçante l?impunité de l?Espagne franquiste pour ses liens avec les anciens dignitaires du IIIe Reich. » Le Monde des Livres Notes Biographiques : Almudena Grandes vit à Madrid. Elle est l?auteure d?Un ceur glacé qui a remporté le prix Méditerranée 2008.Les patients du docteur Garcia poursuit sa série « Épisodes d?une guerre interminable », inaugurée par Inés et la joie, puis Le Lecteur de Jules Verne, et dernièrement Les trois mariages de Manolita.
Alejandra embrase l'esprit, le coeur et le corps de Martin. Elle a pour ancêtres des héros de la révolution et des fous. Il est le fils d'une prostituée et d'un artiste raté. Leur amour sera fulgurant, leur destinée cruelle. A travers eux, c'est toute une vision de l'Argentine et de son histoire qui surgit: sa démesure, ses fantômes et son improbable salut.
Un livre et une femme incroyables : María Sánchez, vétérinaire, poétesse, porte-parole de territoires et d'individus oubliés, déclassés, mal-aimés. La Terre des femmes est un récit intime, familial, politique à sa manière, qui redonne leur place aux femmes dans le monde rural, à leurs mains, à leurs gestes. Une histoire de filiation et de destin. De transmission. Et un pas de côté pour réfléchir à nos propres vies. Phénomène en Espagne, avec plus de 6 réimpressions, le livre a enthousiasmé la critique et bouleversé les lecteurs.