Extrait PREMIÈRE LIVRAISON 1 Les héros de l'histoire que vous vous apprêtez à lire -annonce d'emblée Ramón à ses futurs lecteurs, sur la première page, dans un prologue - forment un couple d'âge moyen. Lui s'appelle Basilio K. et elle Lupercia J. Des raisons facilement compréhensibles, étant donné le côté scabreux de l'histoire qui va suivre, m'obligent à taire leur nom. Aussi bien Basilio que Lupercia offrent à la vue un aspect si banal qu'il ne vaut même pas la peine de gâcher trois mots pour le décrire. Je me contenterai de dire que Basilio a les oreilles décollées et des arcades sourcilières très prononcées. Enfant, il allait à l'École allemande et aujourd'hui, quarante-cinq ans plus tard, il est encore capable de chanter, avec un accent des plus acceptables, l'Altgewohntes Geräusch de ce Crépuscule des dieux qui fait se dresser les cheveux sur la tête de tant de bons bourgeois de notre pays. Lupercia, quant à elle, éprouve un fort penchant pour l'alcool (surtout le rhum et l'anis doux), même si elle ne va presque jamais jusqu'à l'ivresse, du moins en public. C'est une de ces femmes à l'ossature puissante, possédant une grande capacité ovarienne, excessivement poilues, qui imposent le respect au petit dégourdi qui les voit arriver en face de lui. «Femme moustachue, de loin on la salue», se conseillent ainsi les habitantes de son quartier en passant prudemment sur l'autre trottoir. Basilio est né sous le signe du Sagittaire et, comme tel, est un homme sexuellement peu actif, bien qu'il ait une vive propension au pelotage et aux longs baisers profonds. Lupercia, de son côté, native du Cancer, comme presque toutes les natives de ce signe n'est guère du genre passionné et n'est pas de ces femmes dont on peut attendre, au cours de l'acte sexuel, de grands cris ou d'étranges postures, même quand elles sont jeunes et pétillent à longueur de journée. Les époux sont gérants d'une petite bonneterie de quartier, spécialisée dans ce que l'on pourrait appeler la lingerie de charme (strings et porte-jarretelles fantaisie surtout), qui leur permet de vivre dans une certaine aisance. Ils habitent un appartement d'environ cent dix mètres carrés, sis au deuxième étage, et dorment dans des chambres séparées par un long et sinistre couloir. La chambre de Basilio a une fenêtre qui s'ouvre sur la courette, ou puits de lumière, de l'immeuble et la chambre à coucher de Lupercia, bien plus grande, donne sur la rue Général-Recaredo, militaire ayant participé de manière héroïque, à ce qu'il paraît, à l'une de ces nombreuses guerres qui mirent notre pays à feu et à sang au cours du siècle dernier, mais qui, au final, n'ont apparemment pas été de quelque utilité que ce soit. Le salon où trône un téléviseur de vingt-trois pouces est à mi-distance entre les deux chambres, mais la cuisine se trouve plus près de la chambre de Basilio et donne sur une autre courette. On remarquera aussi dans le salon un grand ficus en plastique et le portrait ovale d'un personnage barbu datant d'au moins cent ans. (...)
Où l'on retrouve les êtres microscopiques qu'agite Javier Tomeo dans ses textes toujours surprenants. Sous sa loupe colorée aux acides de son esprit pointu, il leur en arrive de drôles, à ces bons-hommes qui nous ressemblent. S'ils y voient trouble, les myopes, borgnes et mirauds en tout genre de ce livre, c'est pour mieux nous révéler à nous autres, lecteurs parfois aveugles aux beautés du dérisoire, les clartés qui demeurent dans les labyrinthes obscurs de l'âme humaine. Le rire jouerait-il comme un révélateur, le style comme une boule de cristal, Javier Tomeo aurait-il la plume clairvoyante ...
« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n'avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n'est pas une chute, car nous avons la certitude de l'élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l'élasticité. Il a aussi l'impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)
« Si le regard des choses est un peu doux, un peu grave, un peu pensif, c'est un regard de l'eau. L'examen de l'imagination nous conduit à ce paradoxe : dans l'imagination de la vision généralisée, l'eau joue un rôle inattendu. L??il véritable de la terre, c'est l'eau. Dans nos yeux, c'est l'eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas ?cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes? ? Dans la nature, c'est encore l'eau qui voit, c'est encore l'eau qui rêve. » (Gaston Bachelard)
Chaque grand écrivain, disait Marcel Proust, écrit dans une langue étrangère. Dans la postérité du Texte inconnu (Editions de Minuit, 1948) et de L'Observance du Même, (Puyraimond, 1978), Michel Fardoulis-Lagrange poursuit avec L'Inachèvement, une expérience de la factualité ontologique du Logos menant à l'évidence sensible autant qu'à l'abstraction, au sens kandinskien. Il y a dans cette oeuvre en suspens indéfini, ouverte à maint éclairage ainsi qu'aux ombres de l'élucidation, un enjeu insondable : quand le Neutre, signe troué de l'être, appelle l'effacement de la lumière du grand midi à travers les hauts faits de l'apparence en son clair-obscur légendaire. Hubert Haddad.
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.
À quelques minutes de la frontière espagnole, perché dans les Pyrénées françaises, l'hôtel du Belvédère, véritable paquebot de béton armé, pointe sa proue immobile vers la mer. À la faveur d'une résidence d'écrivain, l'autrice se retrouve seule occupante de l'imposant vestige des années 1930. Dans ce refuge chargé de la mémoire des voyageurs en transit, elle ouvre sa "mallette Fondane". Fascinée par ce poète mort en déportation en 1944, elle y rassemble depuis des années tout ce qui le concerne. Devant la mer, elle reconstitue l'enquête qu'elle a menée de l'autre côté de l'Atlantique, sur les traces du seul film de Benjamin Fondane, réalisé en Argentine grâce à Victoria Ocampo puis mystérieusement perdu, et fait revivre le trio indestructible formé par l'auteur du Mal des fantômes avec sa femme, Geneviève, et sa soeur Line. La folie qui monte en Europe à la fin des années 1930, l'existence brisée du trio trouvent aujourd'hui un écho troublant, que Laura Alcoba souligne avec une grande sensibilité.
Après la victoire de Franco, le docteur Guillermo García Medina continue de vivre à Madrid sous une fausse identité. Les papiers qui lui ont permis d?éviter le peloton d?exécution lui ont été fournis par son meilleur ami, Manuel Arroyo Benítez, un diplomate républicain à qui il a sauvé la vie en 1937.En septembre 1946, Manuel revient d?exil avec une dangereuse mission : infiltrer une organisation clandestine d?évasion de criminels nazis, dirigée depuis le quartier d?Argüelles par Clara Stauffer, qui est à la fois allemande et espagnole, nazie et phalangiste.Alors que le docteur García se laisse recruter par Manuel, le nom d?un autre Espagnol croise le destin des deux amis. Adrián Gallardo Ortega, qui a eu son heure de gloire comme boxeur professionnel avant de s?enrôler dans la División Azul, survit péniblement en Allemagne. Ce dernier ne sait pas encore que quelqu?un souhaite prendre son identité pour fuir dans l?Argentine de Perón.Traduit de l'espagnol par Anne Plantagenet« Rien ne manque avec ce livre, pour nous emporter. »« Il faut le dévorer, comme les précédents, en attendant les deux suivants. » Historia « Saga palpitante, nourrie d?espions, d?imposteurs et de rebondissements, ce roman éclaire d?une lumière glaçante l?impunité de l?Espagne franquiste pour ses liens avec les anciens dignitaires du IIIe Reich. » Le Monde des Livres Notes Biographiques : Almudena Grandes vit à Madrid. Elle est l?auteure d?Un ceur glacé qui a remporté le prix Méditerranée 2008.Les patients du docteur Garcia poursuit sa série « Épisodes d?une guerre interminable », inaugurée par Inés et la joie, puis Le Lecteur de Jules Verne, et dernièrement Les trois mariages de Manolita.
Alejandra embrase l'esprit, le coeur et le corps de Martin. Elle a pour ancêtres des héros de la révolution et des fous. Il est le fils d'une prostituée et d'un artiste raté. Leur amour sera fulgurant, leur destinée cruelle. A travers eux, c'est toute une vision de l'Argentine et de son histoire qui surgit: sa démesure, ses fantômes et son improbable salut.
Un livre et une femme incroyables : María Sánchez, vétérinaire, poétesse, porte-parole de territoires et d'individus oubliés, déclassés, mal-aimés. La Terre des femmes est un récit intime, familial, politique à sa manière, qui redonne leur place aux femmes dans le monde rural, à leurs mains, à leurs gestes. Une histoire de filiation et de destin. De transmission. Et un pas de côté pour réfléchir à nos propres vies. Phénomène en Espagne, avec plus de 6 réimpressions, le livre a enthousiasmé la critique et bouleversé les lecteurs.