Extrait Dès que je touchai l'écorce de la main - le pincement fut fort et attendu - je sentis qu'elle vivait toujours, mais qu'elle devenait forêt. Paolo Rumiz La Repubblica, le 18 juin 2008 Asiago, samedi 22 juin 2002 Giulio Milani : Qu'est-ce que le mot «histoire» évoque à l'écrivain que vous êtes ? Mario Rigoni Stern : L'histoire, c'est lire l'histoire du paysage dans les choses. Voyez-vous, une personne qui regarde attentivement un paysage peut également comprendre l'histoire. Un paysage médiéval est bien décrit, avec précision. Un paysage de la Renaissance aussi. Un paysage alpin, avec tout ce qu'il porte en lui de l'histoire des Alpes, aussi. Nos montagnes sont chargées d'histoire. Nous avons un village celtique ici, nous avons des sites préhistoriques, nous avons même des traces du Néandertal, un site qui date de 50 000 ans. Nous avons le Paléolithique, le Néolithique, en remontant encore plus haut, on trouve des traces des Lombards, des traces de la Grande Guerre. Ici, c'est vraiment comme un livre d'histoire. Lire Lussu et trouver la tranchée où il était. Et trouver la montagne que les Austro-Hongrois avaient gravie avant de voir la mer et de crier «Hourra !» Il y a tout cela, dans l'histoire et le paysage. L'histoire a toujours un lien avec un paysage, une situation, une époque et un lieu. Quiconque a lu des textes sur la Grande Guerre, des textes de Lussu, de Gadda, ou même Journal d'un embusqué de Frescura ou Souvenirs de la Naja Alpina de Monelli a entendu parler de telles montagnes, de tels lieux, est curieux d'aller sur place pour les voir. Et peut-être, grâce à ce livre, retrouvera-t-on des traces. Voyez-vous, il m'est arrivé quelque chose qui m'a stupéfié, quelque peu ému et rassuré aussi. Un matin, très tôt, j'étais allé faire un tour par là, sur cette route. On arrive à Monte Zebio, le Monte Zebio de Lussu. En rentrant par la route, je croise un garçon qui devait avoir une vingtaine d'années ; il avait un petit livre à la main, il marchait, il lisait, il s'arrêtait parfois, et il regardait autour de lui. Curieux comme je suis, je jette un oeil. Il lisait L'Histoire de Tönle. Donc, ce garçon-là, qui ne m'avait pas reconnu, me demande : «Êtes-vous d'ici ? - Oui, dis-je, je suis d'ici. Il reprend : - Pouvez-vous me dire approximativement où habitait Tönle, où était sa maison...» Alors, je lui indique divers lieux. Pas loin de là, il y avait une ancienne étable, dont il ne reste que des ruines ; je raconte que Tönle s'y était réfugié à l'arrivée des Autrichiens. «Eh bien, voyez-vous, celle-là, là-bas, dis-je, c'est l'étable où Tönle s'était caché. Le garçon regarde autour de lui, puis il me demande : Mais comment faites-vous pour vous rappeler tout cela ? - Eh bien ! dis-je, c'est moi qui ai écrit le livre.» Nous étions tous deux émus... Trouver un garçon qui lit mon livre et qui va chercher sur place les mots que j'ai écrits, c'est vraiment singulier. Vous avez parlé d'un garçon de vingt ans qui part à la recherche, à travers les mots d'un roman, des traces d'une histoire beaucoup plus vieille que lui. Quand, selon vous, l'histoire trouve-t-elle la force de questionner non seulement le rapport à ce qui s'est passé et qui semble immuable, mais aussi notre façon de nous projeter au-delà du présent et de vivre l'avenir, comme un trésor intact encore inachevé ?
Chiens, lièvres, coqs de bruyère, abeilles et hiboux... les animaux qui peuplent les livres de Mario Rigoni Stern sont ici regroupés dans un ouvrage en leur honneur. S'ils sont parfois des compagnons de l'homme, ce sont surtout des êtres doués de raison et de sensibilité, de noblesse même. Tels sont Alba et Franco, les deux inséparables chiens de chasse ou l'ânesse Giorgia qui pleure de grosses larmes sur sa jeunesse enfuie. En composant ce bestiaire, Mario Rigoni Stern se révèle avant tout un ami de la nature et des animaux.
Les arbres de Mario Rigoni Stern ont la même beauté austère que les personnages de ses livres. Il n'en parle pas seulement comme un botaniste nourri de culture classique qui connaît toutes les vertus des arbres et de leurs fruits : il accroche aussi à leurs branches comme les boules d'un sapin de Noël, souvenirs d'enfance et de guerre, histoire de cet Altipiano au climat rude dont il est originaire. «... et si, à la fin, j'ai réussi à vous communiquer un peu de mon amour des arbres, j'aurai le coeur plus léger».
Parallèlement à ses récits de guerre - une guerre qui l'a amené en France, en Albanie puis en Russie où il a été prisonnier - les livres de Mario Rigoni Stern sont centrés sur ce haut plateau au climat rude.
Dans cette évocation de la campagne de Russie à laquelle il participa en tant que chasseur alpin italien, Rigoni Stern fait revivre à nos yeux les moments forts de sa vie. Au-delà des hostilités imposées et de l'absurdité des combats, les contacts humains avec la population locale, élémentaires et essentiels, demeurent. Trente ans après, l'auteur du Sergent dans la neige, revient dans les steppes russes parcourir à nouveau le tragique itinéraire où la plupart de ses camarades sont tombés. Passé et présent alternent, mais l'identité des souffrances vécues rapproche les deux camps autrefois opposés ; l'auteur retrouve alors les qualités de l'âme russe découvertes dans les camps de prisonniers. La guerre n'a pas épargné non plus le plateau d'Asiago, en Vénétie, haut lieu de la Résistance. De tout cela, Rigoni Stern porte témoignage. Avec un réalisme sobre, nourri d'émotion et de poésie face à la nature, il fait sortir de l'anonymat des humbles qui, forcés par les horreurs de la guerre à se révéler, acquièrent une dimension légendaire.
Deux siècles après leur composition (1819-1823), dans un monde confronté à de nouveaux enjeux de taille, Stéphane Lambert se penche sur l'extraordinaire cycle des peintures noires de Goya pour sonder leur inépuisable actualité. Par cette plongée dans l'imaginaire de ses hantises les plus entêtantes, le peintre espagnol avait transfiguré tous les genres picturaux de l'époque et bouleversé durablement la vision de notre humanité. Goya (1746-1828) a tout traversé, les humiliations et les honneurs, les assauts de la maladie, la guerre et les remous de l'Histoire, avec le fabuleux don de transformer les ravages en occasions de révolutionner son art. Revenant sur le riche et long parcours d'un artiste de génie, le livre prend la forme d'un voyage à travers une oeuvre professant la vitalité inébranlable de la création face à la menace du chaos.
Résumé : On l'appelait della Francesca du nom de sa mère. Son père était un cordonnier dont Vasari nous dit qu'il mourut lorsque sa femme était encore enceinte ce qui est faux. On dit que l'enfant fut très tôt doué pour les mathématiques, et que très tôt il sut qu'il serait peintre. Son désir était de représenter ce que ses yeux voyaient, sans restriction, et sans idéalisation : uniquement le visible, mais tout le visible.
Aujourd'hui, internet nous accompagne toujours et partout. Où que nous soyons, grâce à nostéléphones portables, nous pouvons nous connecter à tout moment. Conséquence : nous nesavons plus nous déconnecter. D'où une addiction maladive aux messages, un oubli dela présence de l'autre, un état de distraction chronique, voire un manque d'efficacité et deprésence au monde...Pour certains, la connexion est un réflexe mécanique : elle a perdu toute signification. On seconnecte... sans même savoir pourquoi !Le temps est venu d'apprendre à vivre avec les nouvelles technologies. Un mouvement enfaveur de la " déconnexion " est en train d'émerger dans nos sociétés. Ici et là, des individuscommencent à ralentir le rythme. Ils n'hésitent plus à " débrancher " temporairement leursappareils électroniques. Leur objectif ? Reprendre le contrôle de leur vie.S'appuyant sur ses lectures, de Sénèque à Sylvain Tesson, en passant par Thoreau et tantd'autres, Rémy Oudghiri pense que cette déconnexion salutaire est une possibilité de seretrouver soi-même et de remettre les livres et l'esprit au coeur de notre vie.
Deux soeurs se retrouvent à Ville-d'Avray, un dimanche alors que fléchit la lumière. L'une révèle à l'autre son errance avec un inconnu : une brève histoire, inquiète et trouble comme les eaux des étangs tout proches, mystérieuse et violente comme notre insatiable besoin de romanesque.
Au milieu des années 1970, Chantal Thomas, qui vient juste de soutenir sa thèse, décide de partir. Loin. À New York, alors ville de tous les dangers. Elle s'installe chez une amie d'amie. Le désir circule, les fêtes s'enchaînent. Un puissant souffle d'aventure anime la ville.Au milieu des années 1970, Chantal Thomas, qui vient juste de soutenir sa thèse, décide de partir. Loin. À New York, alors cité de tous les dangers. Elle s'installe chez une amie d'amie. Le désir circule, les fêtes s'enchaînent. Un puissant souffle d'aventure anime la ville.Aujourd'hui, amenée à séjourner dans l'East Village pour un été, elle retrouve un quartier totalement changé. Seules quelques traces demeurent de la marginalité d'autrefois, des graffitis sur les rares immeubles non encore « réhabilités » et dont Allen S. Weiss, partenaire de ce livre, va extraire des images photographiques qui rappellent un temps révolu.Car l'East Village était un lieu d'immigration et de bohème pauvre, inventive, où tout le monde se rêvait poète, où se rencontraient Allen Ginsberg, William Burroughs, Herbert Huncke, et les fantômes bien vivants d'Andy Warhol, de Lou Reed et du Velvet Underground.Au fil des pages, sur un mode à la fois précis et romanesque, Chantal Thomas évoque St. Mark?s Church, le Chelsea Hotel, les bars, les rues, les peurs, les amours, dans un flottement des genres qu'elle restitue à plaisir, comme portée par la grâce d'une mémoire à même de revivre et faire revivre l'intensité d'une époque ouverte à tout. Par les temps qui courent, ce livre est une merveilleuse évasion, et le rappel d'une chose : la liberté est possible, elle est même un excellent principe de vie...I remember you well in the Chelsea HotelYou were talking so brave and so free...Leonard CohenAvec des photos d'Allen S. Weiss
Ces Essais critiques sont un pan essentiel de la réflexion de Roland Barthes sur le théâtre et la littérature. Des auteurs classiques, comme Voltaire ou Baudelaire, y rencontrent des modernes, comme Queneau ou Robbe-Grillet ; mais il ne s'agit ni d'un palmarès ni d'une galerie d'exemples : du combat brechtien à "l'activité structuraliste", en passant par la naissance du "nouveau roman", se dessine ici le tracé d'une des expériences intellectuelles exemplaires de notre époque, qui est la découverte et l'exploration - à travers les domaines privilégiés de l'écriture littéraire et du langage théâtral - de cet inépuisable empire des signes, où la pensée moderne mesure son espace et son pouvoir.
Tout le monde jure, tout le monde s'insulte: Coluche, San Antonio, le Capitaine Haddock, Brassens, les québécois, les personnages de Pagnol, ceux de Molière, les Guignols, la banlieue et les beaux quartiers, les automobilistes... Scatologiques, politiques, phallocrates, racistes, homophobes, généralement injustes, les injures volent souvent bas. Quant aux jurons, qu'ils invoquent Dieu, les filles de joie ou les excréments, ils ne valent guère mieux. Faites le deuil de l'élégance, mais certainement pas de la curiosité avec ce dictionnaire culturel des gros mots. Chaque injure et chaque juron sont replacés dans leur contexte et leur évolution. Un voyage passionnant dans les marges de notre langue, une balade qui raconte en filigrane l'histoire de notre société, de ses tabous ou de son progressisme. De Abominable à zut en passant par Empaffé, Morveux ou Merdeux, toute l'histoire des insultes et gros mots: un livre essentiel, Tonnerre de Brest !!
La littérature française en 200 notions clés ! La poésie épique, la querelle des Anciens et des Modernes, l'Encyclopédie de Dideret et d'Alambert, le Nouveau Roman... la collection pour les Nuls propose un tour d'horizon de la littérature française à travers 200 notions clés illustrées !