C'est en 1973 que paraît pour la première fois, chez Albert Skira, l'essai consacré par Gaëtan Picon au "? travail ? " de Jean Dubuffet - travail encore en devenir, par conséquent, et qui ne prendra d'ailleurs fin que douze années plus tard, avec le décès de l'artiste. Cela n'empêche ? : près de trente ans après les Gardes du Corps (1944), coup d'envoi (tardif) d'une création bientôt devenue pléthorique, Picon a le sentiment de se trouver face à un "? continent ? ", une sorte d'"? île Dubuffet ? " qui s'offre à la cartographie. Pour en tracer les paysages, il l'arpente selon deux méthodes ? : une traversée en ligne droite, chronologique et descriptive (ce qu'il nomme "? le fil des travaux ? ") et un tour d'horizon interprétatif ("? le cercle des travaux ? "). Manière, pour le commentateur, d'épouser le mouvement d'une recherche que son éloge de la table rase n'empêche pas de progresser par des retours, des reprises et des oscillations visibles ? ; qui refuse de faire système mais présente des tendances fortes. A l'origine de la dynamique de l'oeuvre, Picon distingue en effet "? le moteur d'une contradiction interne toujours en marche ? " entre le versant "? matériologique ? " de l'oeuvre, qui tend à dissoudre toute forme fixe dans une texture d'un seul tenant, et le recours à la figure, qui réinsère du distinct dans cette continuité. "? Rendre la forme à l'informe, rendre l'informe à la forme ? ", résume le critique, en une dialectique qui oppose en d'autres termes "? Cosmos ? " et "? Logos ? " - "? à la condition, ajoute-t-il, de ne pas entendre ce partage comme deux postulations parallèles initialement posées, et se disputant le temps plus que le coeur de l'artiste - mais comme les deux éclats d'une commune fusée ? ". On saura gré à Gaëtan Picon d'avoir su introduire, dans une création à ce point foisonnante, un principe d'intelligence qui donne des repères à notre oeil, mais aussi et surtout de nous faire éprouver, par chaque inflexion de son écriture sensible, qu'un tel principe n'a d'intérêt qu'à animer - non à figer - notre rapport à l'oeuvre. Peut-on imaginer meilleur moyen, pour le critique, de dialoguer avec un artiste aux yeux duquel toute fixation marquait la mort de l'élan créatif et le triomphe de l'"? asphyxiante culture ? "? ? "? L'oeuvre n'est pas ce qu'elle dit d'elle-même, ce qu'on en dit, ce que j'en dis. Elle est ce qu'elle fait. ? "? : c'est en ces termes que Picon conclut ce monument de critique vivante.
Nombre de pages
256
Date de parution
05/11/2021
Poids
300g
Largeur
115mm
Plus d'informations
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EAN
9782850350528
Titre
Le travail de Jean Dubuffet
Auteur
Picon Gaëtan
Editeur
ATELIER CONT
Largeur
115
Poids
300
Date de parution
20211105
Nombre de pages
256,00 €
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Résumé : " A travers les redites et les négligences du texte, cependant, une voix perce, passe, magnifique, nous frappe en plein c?ur. Le pathétique, l'éloquence naturelle de cette voix, nul ne les conteste. Mais quelques-uns s'étonnent de l'audience qu'elle rencontrait. Mais quelques-uns s'étonnent de l'audience qu'elle rencontrait. Car l'autorité de Bernanos excédait de beaucoup celle de la foi religieuse et politique dont il était le héraut. Que Bernanos fût écouté par ceux-là mêmes qui ne partageaient ni sa croyance en une rédemption surnaturelle ni sa nostalgie d'un passé traditionnel - qui l'ait été, parfois, par ceux-là plus que par les autres -, que sa parole, sans effort, se soit élevée à une sorte d'autorité élémentaire et universelle : voilà le mystère, voilà le scandale ".
«Avec le Salon des Refusés qui, en 1863, à Paris, fait face au Salon officiel, un âge nouveau commence : celui de l'impressionnisme et, au-delà, de l'art moderne tel que nous le vivons encore. Pour la première fois apparaît nettement l'opposition - qui ne cessera plus - entre un art mainteneur de conventions et un art d'invention permanente. Héros du Salon des Refusés, Manet représente avec éclat cet art nouveau fondé non plus sur ce qu'on sait ou imagine, mais sur ce que l'on voit. Art accusateur de la société bourgeoise, dénonçant ses mensonges et ses silences, participant néanmoins de sa vérité - puisqu'elle ne croit, comme lui, qu'au réel. Vers 1863, à Paris... Heure d'un accord, d'un espoir dont nous sommes encore émerveillés.»Gaëtan Picon.
Résumé : "Quelqu'un s'éveille, résiste à la tentation du sommeil comme à celle d'une mort dont on se refuserait à prendre conscience. Il retrouve le souvenir d'un accident de voiture, et son effroi quand, revenant à lui, il pense qu'il aurait pu mourir sans avoir eu le temps de dire : je meurs. Commence alors et se déroule - cependant que les rumeurs d'une cour, d'une île et le bruissement d'un figuier accompagnent l'éveil du monde - un monologue que scandent certains détails et circonstances de l'événement ancien. C'est le monologue du dernier instant ; il y est question de la mort, du monde, de l'amour - et des conditions mêmes d'un tel monologue. Et comme c'est le livre du dernier instant, tout y est dit. Continuer à écrire, éventuellement, ne pourra être que redire, la seule chose non dite ne pouvant jamais l'être, puisqu'il ne reste plus qu'à mourir", Gaëtan Picon.
Les gravures d'Albrecht Dürer (1471-1528) font sans aucun doute partie des oeuvres les plus célèbres, les plus influentes et les plus commentées de l'histoire de l'art - on se souviendra par exemple de l'important essai de Panofsky consacré l'artiste germanique. Cette diffusion a produit de multiples exégèses (parfois contradictoires), qui posent nécessairement la question de la façon d'aborder une telle oeuvre aujourd'hui, dans laquelle la virtuosité va de pair avec une complexité, voire une ambiguïté, qui désarçonne les nombreuses tentatives d'interprétation iconologiques. L'ouvrage de Patrick Genevaz est une forme de réponse évidente : pour approcher le travail de Dürer, il faut le regarder attentivement. "Ce dédale des interprétations nous amène à revenir sur les images elles-mêmes, tout comme on revient sur un poème que l'on croit retenir, ou une partition à relire avant de jouer." Loin de toute tentative d'extrapolation des symboles, l'ouvrage constitue en premier lieu une méthode rigoureuse d'analyse descriptive. Sept gravures y sont méticuleusement détaillées, laissant le regard se porter sur leurs différentes parties, pour en apprécier, d'abord, la richesse objective de la constitution. Ce qui fait sens alors est la trajectoire de ce regard qui suit les lignes de force de la composition et en mesure l'impact avec une grande finesse, traduite enfin par l'écriture. Une sorte de translation s'opère depuis l'image infiniment riche jusqu'à la description minutieuse qui en assume l'explication, au sens étymologique où l'on en déplie, fragment après fragment, les différentes zones, pour aboutir non pas à une juxtaposition superficielle mais, au contraire, à un sens plus profond, que la lecture restitue dans toute sa force. Chaque constituant devient ainsi l'objet d'un itinéraire du regard qui rejoint la qualité de ce qu'il voit - nuances de lumière, précision du trait, organisation des éléments - pour en souligner les jeux de contraste, les ambivalences, les choix, insérant chaque oeuvre dans un réseau extrêmement sophistiqué que l'oeil, avec la plume, désenchevêtre, pour révéler en fin de compte un monde essentiellement enchanté.
Ouvrir un livre, c'est se mettre en chemin. Celui que propose Patricia Cartereau et Albane Gellé, est fait de pelotes réconfortantes, de miroirs par-dessus les averses, semé de dessins et de poèmes, autant de petits cailloux qui nous mènent là où nous pouvons aller, que nous ne connaissions pas et que nous ne connaissons pas encore, puisque fermer un livre, c'est se donner la possibilité de continuer son chemin. Ludovic Degroote
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.