Etats d'âme de la psychanalyse. Adresse aux Etats-Généraux de la psychanalyse

Derrida Jacques

GALILEE

De quoi souffre aujourd'hui la psychanalyse ? De quoi souffrent les psychanalistes, eux qui pensent avoir en charge une certaine souffrance psychique de l'homme ? Etats d'âme, l'expression fait référence à une douleur, à une doléance inquiète, certes, mais d'abord à une indécision fondamentale, essentielle, plus que critique dans l'histoire du mouvement analytique. Du 8 au 11 juillet 2000, dans le grand Amphithéâtre de la Sorbonne, près de deux mille psychanalystes, venus du monde entier, se sont réunis lors d'Etats Généraux de la Psychanalyse. En dehors des séances de travail et de discussion (préparées par deux années d'échanges sur le Web), deux conférences furent prononcées par des invités étrangers à l'institution psychanalytique. Celle de Jacques Derrida tente d'analyser la singularité de l'événement, les transformations et les tâches de la psychanalyse pour demain. En étranger et en ami, l'hôte interroge pour cela les limites d'une analogie entre tous les Etats Généraux de l'histoire (qui sont toujours convoqués par le roi à des moments critiques) et ceux de la psychanalyse aujourd'hui, à un tournant grave de son histoire. Pour aiguiser en particulier les questions de la responsabilité (éthique, politique, juridique) de la psychanalyse, révolution européenne, devant les enjeux du monde et de ce qu'on appelle la "mondialisation", Derrida privilégie et associe deux motifs : d'une part, celui de la cruauté (faire souffrir pour le plaisir, expérience dite "sadique" sur laquelle la psychanalyse serait selon lui la seule à tenter de dire quelque chose de spécifique et sans alibi théologique ou métaphysique) et, d'autre part, celui de la souveraineté (pouvoir absolu de Dieu, de l'état-nation, du sujet comme peuple ou comme individu, expression de ce que Freud appelle aussi la "pulsion de pouvoir"). Prenant en compte l'évolution du droit international et les concepts juridiques modernes de crime contre l'humanité ou de génocide, etc., la conférence évoque assez précisément la correspondance entre Freud et Einstein (Pourquoi la guerre ?, 1932). Celle-ci aborde à la fois le problème du nécessaire abandon de souveraineté par les Etats, en vue de la paix, et celui d'une cruauté indéracinable. Freud lie cette cruauté à la pulsion de mort comme pulsion d'agression et de destruction, telle qu'il en avait émis l'hypothèse spéculative dans Au-delà du principe de plaisir. Au terme d'un long trajet et d'allers-retours entre l'histoire de la psychanalyse et l'histoire en général, Derrida s'interroge sur les tâches à venir de la psychanalyse. Mais, au-delà des tâches théoriques (savoir neutre et de type "constatif") ou pratiques et institutionnelles (engagements de type "performatif"), au-delà de l'ordre symbolique en général (aussi "performatif"), que penser de l'arrivée de l'événement par essence inanticipable ? De l'arrivée de l'autre comme arrivant, au-delà de l'opposition constatif/performatif, et peut-être au-delà de la pulsion de mort ou de la pulsion de pouvoir ? Donc, au-delà de la cruauté et de la souveraineté ?

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EAN
9782718605517
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