«Mais puisque je te dis que je n'invente rien!... C'est bien simple, rien de rien.»Et, détachant chaque mot avec insistance et agacement, Marc Antoine Doudeauville répéta: «Le Comité de salut public a ordonné la fabrication de baïonnettes plutôt que de piques, jugées inefficaces!»Toutes les chandelles des candélabres brûlaient, leurs flammes s'étiraient interminablement et magnifiquement en longueur, l'âtre de la cheminée où brûlaient falourdes et bûches émettait une sorte de souffle continu et, à l'exception d'une seule fenêtre, les lourds rideaux de velours rouge de chez Oberkampf étaient partout disposés en feston.Posé dessus un tabouret qui disparaissait sous lui, André de Maisonseule tapota son genou de la main tout en lançant, en guise de constat, un coup de menton en direction de Georges de Coursault. Celui-ci se trouvait installé devant le secrétaire à rédiger ce qu'on lui dictait. Tous deux prirent le temps de laisser s'évanouir l'accès d'humeur de Doudeauville.Il y eut une accalmie durant laquelle on entendit la rumeur du Pont-Neuf avec des cris nets aussi des marchands qui s'en détachaient. Et de temps à autre, durant les silences pleins, les trois compères percevaient également les pas de Baptiste qui allait et venait en bas dans le vestibule. Des pas réguliers, répétitifs, presque mécaniques, qui résonnaient sur la tommette.D'une voix tout à coup radoucie, l'avocat argumenta à l'intention de Maisonseule:«Tu sais que mes informations sont tout ce qu'il y a de plus crédible. C'est aussi vrai que la prise de Noirmoutier et que la capture d'Elbée, oui, de Maurice Gigost d'Elbée, généralissime de l'armée catholique et royale de Vendée!»Depuis son grave accident de janvier 1789, cinq ans auparavant, l'avocat avait peu à peu recouvré la mobilité puis l'usage de son corps mais, portant corset et s'aidant d'une canne à pommeau, sorte de trique noueuse à la jacobine, il avait hérité d'une certaine raideur dans le maintien qui s'accentuait avec la fatigue.Son bureau qui se trouvait toujours dans sa chambre, en sa demeure de la rue de Nevers, n'était en rien changé depuis la date de l'accident. Hormis les lourds rideaux rouges dont les motifs de couleur verte indiquaient leur nouveauté, mêmes meubles et mêmes objets. Vaste mais basse de plafond, la pièce parquetée et boisée dans tout son contour est éclairée cet après-midi-là par les trois mêmes candélabres à trois branches qu'en 1789.A l'intérieur du lieu, il flotte toujours cette odeur de cire de qualité. On retrouve également le cheval peint, fait d'une plaque de bois emmortaisée dans un socle du même bois.Au fond, dans la partie aveugle de la chambre-bureau, le lit à petit baldaquin tendu de rouge, avec un gros édredon grenat trônant en son mitan, n'a pas changé de place. Il fait face à la cheminée dont le pare-feu grillagé et les chenets de fonte à gueule de lion semblent toujours monter la garde. Partout sur le sol, des tapis d'Orient usés par endroits achèvent de donner une impression d'aisance.
Avec cet ouvrage, l'auteur entre une nouvelle fois dans le champ de bataille contre les fauteurs contemporains d'aliénation humaine. Le marché, et surtout son arsenal idéologique : voilà l'ennemi. Voici une sélection d'articles, de communications, d'entretiens, d'allocutions parus dans L'Humanité, Libération, Témoignage chrétien, sur les sites Vendémiaire, Communisme 21, Altaïr, Transitions, La faute à Diderot et de la Fondation Gabriel Péri de 2003 à 2012.
L'enfance de Joseph Esperandieu dans un village d'Ile-de-France des années 1960 nous projette à l'intérieur d'un monde où se télescopent l'attelage de chevaux du Père Boulard et les premières files d'automobiles du dimanche soir. Une France à la fois lointaine et proche. Un passé encore vivace dans bien des mémoires. Les couleurs pastel de la nostalgie.
Un portrait vivant et enlevé de Pierre Desproges, homme empli de contradictions et si attachant, dont l'humour politiquement incorrect manque cruellement à notre époque.En 1976, Pierre Desproges (1939-1988) décide de claquer la porte du légendaire Petit Rapporteur pour se laisser aller à des circonlocutions langagières capables de percuter le sens commun. Et c'est ainsi que surgit, il y a exactement un demi-siècle, la figure de proue du politiquement incorrect. La satire de haut vol, le stand up et la grande littérature révèlent alors chez ce " fils " de Pierre Dac, d'Alexandre Vialatte et de Michel Audiard une incarnation aboutie de l'humour noir jubilatoire. Desproges, c'est notre mauvaise conscience qui s'encanaille. Étonnant, non ... Ce même artiste, devenu plus tard procureur au Tribunal des flagrants délires, invente une rhétorique radiophonique ravageuse en nous gratifiant de mots taillés comme des diamants pour écorcher les bienpensants. Avec, en prime, le sentiment aigu de posséder une bouille d'enfant pour s'attirer toutes les indulgences. D'une plume vive et sensible, Jean-Michel Djian nous croque ici, plus qu'un saltimbanque torturé, la figure libre et emblématique d'une génération pour qui la montée en puissance de la bêtise humaine et de l'absurdité du monde justifiait tous les excès de langage.
Si le chanteur est prolifique, l?homme est plutôt discret et taiseux par nature. Francis Cabrel est tout sauf un exhibitionniste. Excepté sur une scène, il n?aime guère être en pleine lumière. Cabrel par Cabrel constitue un document rare: l?auteur-compositeur-interprète de Je l?aime à mourir, de Saïd et Mohamed, de La Dame de Haute-Savoie et de dizaines d?autres succès, s?y livre sans se dissimuler. Il parle de tout, à c?ur ouvert: de son enfance, de sa vie de famille, des sports qu?il prise, des artistes qui l?ont influencé, de ses goûts musicaux et littéraires, de la façon dont il écrit et compose, de son rapport à la politique et à l?argent, de ses enthousiasmes, de ses colères? Et même de sa vie « après la chanson »! Sous les confidences perce toute l?humanité de Francis Cabrel: sa sincérité et son humour. Et sous la simplicité du ton se révèle toute la richesse d?un artiste métissé et universel: « Je suis, dit-il, un immigré italien vivant en Occitanie, chantant en français des chansons américaines. »
Alain Chamfort, pour la première fois, se retourne sur son passé, ses aventures -musicales etamoureuses, ses rencontres (Claude François, Serge Gainsbourg, Véronique Sanson, Jane Birkin?),et fait le bilan d'un parcours, pointe ses blessures secrètes, ses regrets. En quelque sorte, il se met à nu dans une anti-biographie élégante où il sonde d'abord ses passions.
La joie de vivre d'Henri Salvador n'était pas qu'un ouragan d'éclats de rires! C'était aussi une gouaille, une lucidité sur la vie, la mort, et l'amour des mots, de la chanson, de l'être humain, des femmes et de demain! Un sentimental, pudique et solaire insufflant son légendaire optimisme. A travers ses pensées et répliques, nous découvrons un homme sensible doublé d'un éternel enfant farceur avec ses peines, ses peurs, son bonheur de vivre et de rire de tout et malgré tout. Des amis témoignent de sa fidélité, de sa générosité, de son amour pour la musique et la chanson françaises, de son humour potache et de sa simplicité de fantaisiste crooner. Il tisse ainsi au fil des mots le portrait d'un homme libre pour vivre toutes ses passions.
Le citoyen Laurent Lecointre a-t-il perdu la tête ? A quarante-sept ans, ce père de famille et négociant prospère, fournisseur de draps à la cour, a tout pour être heureux. Mais alors que les fiançailles de sa fille se dessinent, la Révolution française éclate. Et le bonhomme décide, sans crier gare, de se jeter dans la gueule du volcan. Patriote exalté jusqu'à la furie, créature de Mirabeau et Marat, persécuteur de Berthier puis de Beaumarchais, Lecointre n'a plus qu'une obsession : les affaires publiques. Porté au commandement de la garde nationale versaillaise, bientôt élu à l'Assemblée législative, l'ennemi des rois se transforme en tyran domestique et en accusateur public. Jouant avec la guillotine comme d'autres avec le feu, il déploie son tempérament excessif dans toutes les circonstances les plus graves de la période, des terribles journées versaillaises d'octobre 89 à la chute de Robespierre, cinq ans plus tard, en passant par le procès de Marie-Antoinette dont il est le premier témoin à charge. C'est l'itinéraire exceptionnel de ce personnage énigmatique, haut en couleur et attachant que Le Bouffon de la Montagne retrace. Des bancs enfiévrés de la Convention aux brumeux rivages du Cotentin où il est envoyé en mission, de la prison du Mont-Saint-Michel à l'exil dans la campagne briarde, l'épopée farcesque de Lecointre provoque le vertige par l'accumulation de ses authentiques péripéties. Et le roman de cape et d'épée se double donc d'une réflexion sur le revers comique d'une des plus tragiques périodes de notre histoire.
La vie d'Arnaud de Creully bascule en ce printemps 1134, quand, en regagnant son village, il aperçoit l'incendie ravageant la masure de sa mère qu'il est impuissant à tirer des flammes. Persuadé que l'insouciance de sa jeunesse est la seule responsable de sa mort, il fait voeu de silence et s'engage à accomplir le pèlerinage de Bayeux jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle afin d'y obtenir le pardon de sa faute. Accompagné de Morel, son ami d'enfance, et de singuliers pèlerins compagnons de route, les étapes de son parcours seront émaillées d'aventures parfois émouvantes ou drôles et toujours pittoresques. Tout au long du chemin, il fera d'étranges rencontres dont une, celle de la douce Sabah, qui risquera de compromettre son engagement et "le Serment de Compostelle". Mais son pèlerinage accompli, reviendra-t-il finalement en Normandie, libéré de son lourd fardeau ...
Octobre 1493. Alors que Florence pleure Laurent le Magnifique, Milan connaît sous le règne de Ludovic le More un essor florissant, et bien des artistes de renom sont invités à la cour ducale. Léonard de Vinci partage son quotidien avec sa mère Caterina et son apprenti bien-aimé Salaï. Il travaille au gigantesque cheval de bronze qu'il a promis au duc de Milan pour honorer son père, Francesco Sforza, et doit affronter des problèmes techniques qu'il n'avait pas soupçonnés. Accaparé par d'innombrables projets, il confie les secrets de ses recherches à un carnet, fort convoité par certains.Quand un cadavre est retrouvé au milieu de la cour du château, Ludovic le More fait appel au génie multiforme de Léonard, comptant sur ses connaissances en anatomie et sur son intuition pour éloigner les soupçons de peste et démasquer le jeu d'intérêts croisés des Este et du roi de France, dans lequel banquiers et religieux ne sont pas en reste.Un roman historique plein d'invention, un voyage surprenant dans une des périodes les plus fascinantes de l'histoire italienne, la Renaissance.Marco Malvaldi est né à Pise en 1974. Il est l'auteur d'une série policière (La Briscola à cinq et Un tour de passe-passe), de romans policiers historiques et de livres de vulgarisation scientifique. Le Cheval des Sforza est un immense best-seller en Italie.Traduit de l'italien par Nathalie Bauer