Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle estnommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dansun lycée d'une petite ville de l'Oranais. Cette guerre, qu'elle necomprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle necomprend pas davantage la société qu'elle découvre, unesociété cloisonnée où les conformismes se côtoient en toutehostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions;d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre endanger. "Le temps où j'ai habité la ville était le temps de laviolence. Le temps de ce que le langage officiel déguisait d'unintitulé pudique: les"événements", quand l'homme de la ruedisait: la guerre. La guerre d'Algérie. Ce pays, je ne luiappartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais deguingois avec tout, choses et gens, frappée d'une frilosité àfleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvementsqui s'y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas,elle n'était pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces.Si j'avais eu à la faire? s'il avait fallu que je la fasse, aurais-jepu la faire aux côtés des miens?" Monique Rivet avait l'âge deLaure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoinde son regard de femme très jeune sur une guerre quepersonne ne voulait reconnaître. Ce roman n'a lamais étépublié auparavant.