Il n'existe pas de conscience de classe sil n'existe pas de haine de classe. Cette expression est tellement démodée, tellement désuète, que c'est précisément pour cela qu'elle mérite que je m'y arrête un moment. Il est déplorable que quatre-vingt-dix-huit pour cent, si on veut faire preuve d'optimisme, des gens qui habitent cette planète n'aient pas de conscience de classe, et soient en réalité des prolétaires, ou des sous-prolétaires, ce qui est encore plus terrible et dangereux". Aujourd'hui plus que jamais, le culte du nouveau s'applique aussi au champ du savoir et l'information s'automutile de tout ce qui la précède. Victime elle aussi de l'obsolescence typique du savoir-marchandise, une expression si incommodante, dangereuse et actuelle que celle de u lutte des classes s a sombré dans l'oubli. A travers un langage captivant et provoquant, Sanguineti revient donc nous parler de nouveau prolétariat, nous propose un guide en trompe-l'oeil d'adhésion au matérialisme historique et, en revendiquant l'incroyable actualité de la pensée marxiste, nous invite à relire ta conscience de classe comme un hymne à la connaissance.
Voici enfin une traduction du grand poète italien dont il n'existe qu'un recueil traduit en France. C'est d'ailleurs le premier titre de la collection L'?il du poète consacré à un auteur contemporain. Cette anthologie est établie autour des thèmes récurrents de l'oeuvre de Sanguineti, né en 1930 : le voyage, l'expression de la quotidienneté et l'autobiographie, le tout inscrit dans une grande tension formelle.
Des amibes mutantes et communistes, des électrons pervers et immoraux, des bras tentaculaires aux capacités visionnaires et puis cette autre espèce étrange : les scientifiques de laboratoire. Les atomes, la lumière, l'espace-temps, l'univers entier sont bien plus queer que nous ne pouvons l'imaginer. En conjuguant physique quantique, sciences naturelles et sciences studies avec les théories féministes, Karen Barad bouleverse notre vision du réel, ainsi que les notions habituelles d'identité et de causalité , elle révèle le lien intime entre matière et signification, et offre un support empirique au déconstructionnisme. Il en résulte une véritable ode à Protée, une onto-épistemologie matérialiste et relationnelle... un projet vertigineux de philosophysique.
Si le bourdon fait partie du système reproducteur du trèfle, pourquoi ne ferions-nous pas partie du processus de croissance d'artefacts ? Un regard attentif aux mondes animaux révèle les mille et une manières dont la technique et le beau émergent du sensible. Mais qu'en est-il des relations sociales de production, de domination et d'exploitation ? Si celles-ci ne relèvent pas exclusivement de l'humain, que disent-elles de la manière dont on le devient ? En explorant les champs relationnels où se déploient les co-devenirs interspécifiques, ou en tissant des liens entre les dynamiques éthologiques, sociologiques et esthétiques, Ingold dissout les dichotomies cartésiennes nature-culture, humain-animal. Son anthropologie au-delà de l'humain est une véritable poétique de l'être-au-monde.
Violence et désir : deux mots étroitement liés à nos corps, tant dans les expériences politiques les plus révolutionnaires que dans celles les plus despotiques. Deux mots qui servent ici à sonder le lieu où l'expérience de la violence prend ses multiples formes, ce mécanisme complexe qu'est l'homme, fait de matière et de machines biologiques. En décortiquant les raisons pour lesquelles la puissance se transforme en autorité, et donc en oppression, Biuso s'attarde sur la frontière parfois imperceptible entre le biologique et le culturel. Une anthropologie libertaire ne peut pas se passer d'une analyse des structures et des limites de l'être humain.
Il n'existe pas de "rapports par-delà la violence entre les hommes (Sartre), mais seulement des relations au sein desquelles ceux-ci s'avèrent capables de la transformer. Souvent lieu de jeux d'influence et de persuasion, intrinsèquement lié à la violence puisqu'il en est à la fois la cause et l'effet, le langage est un instrument qui assujettit l'homme au réseau des différences et des divisions propre au pouvoir. Cependant, exercer l'art de manipuler les mots peut aussi devenir un acte de résistance à la bêtise du pouvoir, non seulement parce que cet art seul peut en renverser la manière de décrire et donc d'ordonner le réel, mais encore parce qu'il constitue un antidote à la violence, une technique capable de la désamorcer, de la modifier et même de la transmuer. Tout en étant moyen et exercice du pouvoir, le langage est donc en même temps l'unique contre-pouvoir possible. Eleonora de Conciliis décortique ainsi le dispositif subjectivant qu'est l'écriture, "cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d'entendre la langue hors-pouvoir" (Barthes), ce rituel ardu et vertigineux qui laisse éclore les plus sublimes des métamorphoses.