Extrait Les solitudes se ressemblent et les hôtels aussi. Lorsque j'y passe du temps, comme aujourd'hui, clandestine et en touriste, je me laisse aller, revoyant comme derrière la vitre d'un train des champs de colza à perte de vue, que le pinceau d'un peintre aurait saisis au vol, et des nuages blancs et gris qui auraient accompagné des marins partant vers le grand large, vers des terres nouvelles. Femme de ménage, partout où je travaillais je retrouvais presque le même décor. Une table grise, une chaise au dossier échancré, trois fleurs en plastique dans un vase à col-de-cygne. Ces meubles posés là sans goût me transportaient pourtant d'un lieu à un autre. Une fois avec des oiseaux blancs au long cou, un jour de mai au bord d'un canal, dans une ville au pied des montagnes où dormait en leur creux un lac aux rives douces. Nous allions y chercher un peu de paix et, aux abords, des parterres de coquelicots ou de jonquilles sur les talus des chemins. Même si l'histoire était belle, tu me disais de prendre garde, parce que les princesses et les princes pouvaient aussi devenir crapauds. Je n'étais pas princesse, juste une éternelle petite fille sans enfance avec un vent qui cheminait dans sa tête. L'oubli ne se décide pas en tirant un rideau. Ma mère, je ne l'ai su que très tard, avait emporté avec elle une rose des sables, le seul trésor capable de lui rappeler l'Algérie, son pays qu'elle ne reverrait plus. Elle croyait tout savoir de la cruauté humaine, après avoir vu les gibets, les cadavres, en octobre 1962, alors que les massacres, après une petite accalmie, venaient de reprendre, surprenant celui qui se croyait enfin sauvé, foudroyant le passant dont un voisin jaloux convoitait la pauvre maison, un ou deux arpents de terre pierreuse. En ce temps, la vie ne valait pas plus que le prix d'un caillou. Mon père avait choisi le mauvais camp, sans le savoir, bien sûr, après l'assassinat de deux cousins par les hommes du maquis, juste pour l'idée de posséder une arme pour défendre sa vie, et celle de sa famille. En ce temps, toutes les phrases, d'où qu'elles venaient, se terminaient par «sous peine de mort», quatre mots dressés comme le mépris face à la misère. Mais ils suffisaient à vous pousser hors du monde des vivants. Depuis longtemps j'avais rogné mes ailes, avec cette peur ancrée en moi, la crainte qu'on me délaisse, oiseau abandonné parce que le plus tendre de la vie ne l'a pas été, et que je porte en moi cette impression de mise à l'écart, comme si une main, d'un invisible coup de chiffon, avait voulu nous effacer. Finalement, j'attends là, dans cet espace identique à ceux où j'ai passé des années à faire le ménage, espérant le milieu de l'après-midi lorsque, le service terminé, je pouvais me glisser dans la rue, retrouver la foule des anonymes, et te rejoindre à une terrasse de bar, dans un square. C'était notre lot, comme dans la chanson des amoureux qui s'aiment sur les bancs publics. J'en avais accepté le principe, puisque la nuit tu dormais dans d'autres bras, et dans le regard des passants, sur le moment, j'entrevoyais de la complicité parfois, de l'envie peut-être, pour cet amour qu'ils devinaient furtif et clandestin. Avec toi, je savais qu'il était inutile d'espérer fouler au pied une plage, un chemin de montagne, et nous n'étions pas fétichistes à ce point pour réserver la même chambre, ce qui aurait pu nous donner l'illusion d'être dans un lieu éphémère, mais à nous.
Pourquoi des chiens disparaissent-ils mystérieusement cet été-là, en Bretagne? Childéric passe des vacances inoubliables avec un grand-père pas comme les autres, qui roule en side-car accompagné de son chien Lasco. Prêts pour l'aventure?À fond de train, le trio nous emmène sur la trace des voleurs de chiens...
Il s'appelait Abd el-Kader, né autour de 1917 dans un douar algérien. De ce père aujourd'hui disparu, Ahmed Kalouaz a voulu reconstruire le destin. Ces lambeaux de vie, sauvés du silence, tissent le portrait d'un homme dur à la tâche comme en affection, dont le parcours singulier a été commun à des centaines de milliers d'immigrés maghrébins. Sans enjoliver ni noircir, Avec tes mains dit l'absence de mots communs entre les deux générations, les regrets et les rendez-vous manqués. C'est un chant d'amour bouleversant, adressé à un père dont la dernière volonté fut d'être enterré au pays, loin des siens.
Elodie, 15 ans, s'est réfugiée chez sa grand-mère, alors que sa mère a quitté le domicile conjugal pour fuir la violence du père. En feuilletant les albums de famille, l'adolescente cherche à mettre des mots sur leur vie passée: pourquoi leur mère s'est-t-elle tue aussi longtemps? Pourquoi cette barbarie chez son père? Grâce à la présence aimante de sa grand-mère et aux entretiens avec une psychologue, elle va chercher à affronter la vérité. Ce roman, d'une grande émotion, est publié l'année où les « violences conjugales » ont été déclarées « Grande cause nationale ».
Résumé : Un matin, le père de Ludovic est arrêté pour escroquerie. Pourquoi ce comptable sérieux a-t-il failli ainsi ? Il refuse de s'expliquer. Mais lorsqu'il sort de prison des mois après, le père embarque le fils dans un vieux camping-car, direction les Cévennes. L'occasion de renouer les liens et de dévoiler son secret, en revisitant son histoire? et des paysages magnifiques.
Darwin est un dingue de Banksy. Alors quand il apprend que le street artiste a créé une nouvelle oeuvre à Marseille, il lâche tout pour aller la voir. Mais là-bas, c'est plus qu'un graff qui l'attend. C'est toute la richesse de la cité phocéenne et des gens qui y vivent ! Pris sous les ailes de Yasmina et Yakoub, un couple de restaurateurs, Darwin découvre la cuisine palestinienne, le courage des exilés et surtout l'amour, auprès d'une fille qui navigue entre les cultures : la belle et flamboyante Massilia !