L'ambivalence politique de l'islam. Pasteur ou Léviathan ?
Ganjipour Anoush
SEUIL
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EAN :9782021399851
Comment l'islam parvient à déstabiliser la politique des modernes ou à défier la sécularisation ? Ce livre propose une enquête généalogique de la pensée du politique dans la tradition islamique. Il montre que la dynamique de cette pensée n'est pas réductible à l'opposition entre la lettre et l'esprit, entre la shari'a et la mystique, ni même entre les deux courants majeurs de cette religion, à savoir le sunnisme et le shi'isme. À travers les analyses d'Anoush Ganjipour, on constate que toutes ces oppositions renvoient à deux paradigmes d'autorité qui cohabitent dans ce monothéisme : le paradigme pastoral et le paradigme monarchique. C'est cette cohabitation qui polarise la structure théologico-politique de l'islam et rend ambivalent le rapport de cette religion au gouvernement des hommes.Sous cette nouvelle lumière, la tradition islamique se découvre autrement : une tradition qui, dans son histoire, mobilise constamment son héritage grec ou ses sources communes avec les deux autres religions du Livre pour penser les différentes formes de combinaison entre les deux paradigmes, et pour repenser à chaque fois le rapport du religieux au politique. Comme si, par cet effort continu, la tradition islamique avait cherché à réaliser une possibilité monothéiste différente par rapport à celles explorées dans le judaïsme et le christianisme.Les modernes ont voulu penser la politique entre Athènes et Jérusalem. Ce livre invite à y ajouter désormais un troisième pôle : La Mecque.Anoush Ganjipour est philosophe et spécialiste de la pensée islamique. Il a publié Le Réel et la Fiction. Essai de poétique comparée (Hermann, 2014) et Politique de l'exil. Giorgio Agamben et l'usage de la métaphysique (Lignes, 2019)Table des matières : Avant-proposChapitre 1. L'aporie théologico-politique de l'islam ...De la shari'a à la religion civileComment l'islam a-t-il résisté à la laïcité des modernes ? Le moderniser, c'est le politiser. La sécularisation comme traduction. L'islam et la critique de la théocratie chez Hobbes et Spinoza. La réplique islamique à la religion civile rousseauiste.Le deuil de David et la mélancolie politiquePour être cohérente et close, la croyance islamique exige un État. En même temps, l'orthodoxie islamique est elle-même la condition de l'impossibilité théologico-politique d'un Léviathan islamique. Daesh et les Frères musulmans présentent les deux côtés face et pile de cette impasse.Un Léviathan peut-il manger seulement halal ...Le Léviathan islamique doit pouvoir paradoxalement suspendre la shari'a. Pour y parvenir, le khomeynisme s'est appuyé sur l'idée de l'autorité spirituelle élaborée dans la philosophie et la mystique. L'aporie théologico-politique de l'islam : aussi bien l'islam légaliste que l'islam spirituel sont politiques et en même temps antipolitiques. Ils conduisent à la fois à une pensée d'État et à une politique subversive. Dans chacun de ces choix, ils restent éminemment réversibles.Chapitre 2. Comment devenir fils d'Abraham ...L'alliance et l'oubliLes données anthropologiques de la Révélation coranique qui soustendent la vision théologico-politique du monde en islam. Deux pactes pré-éternels qui constituent selon le discours coranique la condition humaine. Le judéo-christianisme de l'islam : synthétiser dans un sens non-dialectique l'alliance selon la chair et l'alliance selon l'esprit. Revendiquer l'héritage d'Abraham est le moyen de réunir les deux statuts de guide et de roi souverain chez un héritier ultime : Mahomet.Les enfants d'Ismaël ou l'ummaAu nouveau type d'alliance correspond une nouvelle forme de communauté. Le premier texte politique de l'islam, la " Constitution de Médine ", expose la nature hybride de la communauté islamique. Du principe de la communauté chrétienne (" nous formons tous un seul corps en Christ ") au principe de la communauté islamique (" Abraham fut une umma "). Mahomet, pasteur de sa communauté.Mahomet, le non-RoiLe contexte politique de la Révélation coranique. De la guidance au royaume : le tournant discursif du Coran entre La Mecque et Médine. L'équivocité des Noms divins exprime l'ambivalence théologicopolitique de l'islam.La Voie e(s)t la LoiLa pulsion impériale du gouvernement islamique. La stéréotypisation de la guidance ou comment la Voie du salut s'identifie à la Loi. Le fondement normatif de la communauté prophétique est censé lui garantir le lien affectif entre ses membres et sa cohésion politique. Le devoir d'ordonner le convenable et proscrire le blâmable : l'immanétisation de la guidance à la communauté.Élection : être aimé, être amiLa politique islamique est essentiellement une politique de l'amitié. L'amitié est la modalité du lien affectif qui devrait fonder la communauté islamique au sens théologique et politique du terme. Le rapport de l'amitié islamique à la charité chrétienne et au lien filial constitutif de l'élection juive. La walâya et la philia : l'islam et la politique de l'amitié idéale mais impossible d'Aristote.Chapitre 3. L'invention de la religion idéaleSous la peau d'AbrahamEntre désert et cité : la détermination anthropologique de la structure théologico-politique de l'islam. La religion proposée par Mahomet comme politique du dehors. L'articulation originaire du politique au théologique en islam. La superposition de la guidance et de la monarchie. La double tension constitutive de l'islam et la dynamique théologico-politique de ce nouveau monothéisme.Mahomet : le sceau de l'Antiquité tardiveAthènes et La Mecque. Du némein platonicien à la guidance islamique. Comment surmonter l'hétérogénéité entre le pastorat et la politeia ? L'islam et le programme théologico-politique de l'Antiquité tardive. Parachever les religions abrahamiques, réinventer l'idée de la religion civile.Du philosophe-roi au prophète-roi : l'héritage califal des GrecsLe monarque idéal : Dieu comme roi et le roi comme Dieu. Les préparatifs néoplatoniciens et néopythagoriciens pour la notion islamique de l'autorité. La dialectique théologico-politique entre souveraineté et soumission. La politique prophétique : règne exceptionnel d'un Guide ? La cohabitation des paradigmes monarchique et pastoral en islam.Chapitre 4. Pasteur ou Léviathan : la tension en mouvementInstitution du califat : comment hériter de Mahomet ...La succession légitime de Mahomet sera-t-elle théologique ou politique ? La crise originaire de l'histoire de la tradition islamique est une crise théologico-politique. Elle scinde à jamais la communauté islamique autour du sunnisme et du shi'isme. Le califat primitif tiraillé par ses deux sources de légitimité. Les conquêtes et l'irrésistible transformation impériale du califat sous les Omeyyades. Contre la guerre civile, le calife protège par son double statut : à la fois garant du lien affectif de la communauté et dépositaire de la légitime violence.La bureaucratie et l'idéologie : d'Ibn al-Muqaffa' à FarabiLes Abbassides, leurs bureaucrates iraniens et la normalisation du pouvoir califal. Le calife obtient le statut du Roi des rois : il règne et les élites gouvernent. Le monothéisme islamique se définit désormais comme théologie de la monarchie. Sa fonction consiste à fournir la base idéologique de celle-ci. Par sa philosophie de la religion civile, Farabi théorise cette fonction idéologique de l'islam. Dans le domaine de la politique temporelle, la guidance est dès ce tournant refoulée, mais elle va donner naissance à une politeia existentielle.Chapitre 5. Le pastorat comme gouvernement ésotériqueMonothéisme et nihilismeToute politique islamique relève selon Henry Corbin d'une conception monarchique du Dieu d'islam. Paradoxalement, cette conception converge avec le catholicisme pour autant que les deux conduisent à un nihilisme théologico-politique. Est-ce que les courants spirituels de l'islam ont radicalisé la guidance afin de rendre antipolitique la théologie islamique ? Henry Corbin voyait ainsi dans le shi'isme le contrepoison de tout nihilisme théologico-politique.L'islam spirituel et sa politique de l'amitiéComment le même shi'isme pouvait-il fournir les fondements théoriques d'un gouvernement islamique ? Ibn 'Arabî, sa politique de l'amitié, sa théologie gouvernementale. Dans l'islam spirituel, aimer c'est gouverner et être gouverné. L'amitié divine ne dépasse pas la Loi, mais la dés-active. L'Ami de Dieu et le Législateur : la dialectique du gouvernement en islam.Le gouvernement islamique face à la sécularisationLa figure double du Législateur : des deux Moïses de Freud au binôme de Mahomet et Ali. La typologie du pastorat islamique par rapport aux modèles juif et chrétien. Pourquoi le gouvernement islamique n'est-il pas entièrement traduisible au " gouvernement des hommes " ? Le gouvernement islamique et la théorie de la souveraineté théologicopolitique : la place de l'islam dans le débat entre Carl Schmitt et Erik Peterson.Chapitre 6. L'équivocité messianiqueLe messianisme islamique entre le public et le privéMonothéisme, mythe et salut : dialogue silencieux de Gershom Scholem et Henry Corbin autour de la signification politique des messianismes juif et islamique. Le messianisme islamique prend le relais de la voie judéo-chrétienne refoulée par le messianisme paulinien. Le temps messianique entre l'histoire et la métahistoire. Comment la tension théologico-politique s'intensifie-t-elle au sein du messianisme islamique ...Le messianisme islamique entre l'ordre et l'anarchieLe nomos messianique et le problème de l'ordre politique. Un paradoxe islamique : ordre et anarchie entre le spirituel et le temporel. Ghazali, son califat séculier, son anarchie spirituelle. Le shi'isme : messianisme contre messianisme. Sadrâ et sa théologie politique négative. Sadrâ contre Ghazali : le divergent accord des deux grands penseurs du shi'isme et du sunnisme. Dans la pensée islamique, la radicalisation du paradigme pastoral ou monarchique suit le même objectif : la neutralisation théologico-politique du messianisme au profit de l'État islamique.Joachim de Flore et la gnose islamique : les affinités électivesGnose chrétienne, sécularisation et shi'isme : un débat entre Leo Strauss et Eric Voegelin. La singularité de la gnose islamique au miroir de la doctrine gnostique de Joachim de Flore. L'équivocité théologicopolitique du messianisme gnostique en islam et dans le christianisme. La guidance et l'ecclésia spirituelles sans Église : une voie qui mène à la politique moderne et à la fois à son contraire. Pourquoi le messianisme gnostique de l'islam n'est-il ni apolitique ni sécularisable ...L'(anti)messianisme islamique au pouvoirAprès le tournant pastoral du XIIe siècle, la constitution de l'autorité politique s'appuiera sur la neutralisation gnostique du messianisme. La comparaison des quatre modalités de la politique gnostique traversant la période postmédiévale de l'islam : le califat fatimide ; le maraboutisme et la confrérie de la Naqshbandiyya ; le règne safavide ; l'empire ottoman. Quel rapport entretient dans chacune le gouvernement avec l'idée de l'État ? L'identification progressive des figures de guide spirituel et de docteur de la Loi. La gnose politisée absorbe la Loi, mais pour la réactiver dans une visée gouvernementale.Chapitre 7. La monarchie constitutionnelle : réinvention de l'ordre islamiqueShari'a et société des modernesPourquoi la réforme moderne dans le monde musulman n'aboutit-elle pas à la sortie de la religion ? Relire Ibn Khaldoun après Montesquieu. Pour les premiers penseurs modernes d'islam, la réforme de la société passe par la shari'a. La réinvention moderne de l'islam : réforme religieuse comme retour à la religion originaire. La fin de la guidance et le recentrage de l'islam sur le paradigme monarchique. La causalité réciproque entre l'islam réformé et la réforme politique. Afghani : pourquoi la modernité a-t-elle intrinsèquement besoin de l'islam ...Une religion pour la modernité : Guizot, Comte et l'islame néolittéralisme islamique: rencontre de la tradition de la pensée islamique avec les sciences sociales modernes. Guizot, libre examen et ijtihâd : vers une démocratisation de l'interprétation de la shari'a. De la guidance à la critique réciproque de tous. Ordonner le convenable et proscrire le blâmable : la société islamique et son principe d'autocritique. La transformation de l'islam en une religion de la critique. Auguste Comte, disciple de Mahomet : l'islam réformé comme avenir de la " religion de l'Humanité ". Comment un tel islam saura-t-il surmonter la distinction État/société et protéger contre le nihilisme révolutionnaire ...Califat, Imamat et l'État des modernesPour pouvoir intégrer le constitutionalisme moderne, l'islam fait le chemin inverse du christianisme. La monarchie constitutionnelle comme État idéal de l'islam. L'introduction de l'idée de cette monarchie dans le sunnisme et le shi'isme crée deux crises théologiques différentes. Dans le sunnisme, la crise va aboutir à la reconstruction théorique du califat. Ghazali, Rida et le califat islamique mais " séculier ". Dans le shi'isme, la monarchie constitutionnelle se légitime en tant qu'imitation humaine du règne messianique du Mahdi. La manière dont le sunnisme et le shi'isme parviennent à identifier la Loi divine à la Constitution des modernes.ConclusionL'islam, l'intempestifRetour à l'interprétation de la révolution iranienne par Michel Foucault. Le Pasteur ressuscité. La transformation du Pasteur en Léviathan. Carl Schmitt et Khomeyni, deux lecteurs de Platon, deux théoriciens modernes de la guidance politique. La politique de l'amitié islamique et la pitié rousseauiste. L'ambivalence théologico-politique de l'islam, l'Antiquité tardive et le refoulé de la modernité.GlossaireIndex
Nombre de pages
384
Date de parution
04/02/2021
Poids
432g
Largeur
142mm
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EAN
9782021399851
Titre
L'ambivalence politique de l'islam. Pasteur ou Léviathan ?
ISBN
2021399850
Auteur
Ganjipour Anoush
Editeur
SEUIL
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Date de parution
20210204
Nombre de pages
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« Homo sacer » de Giorgio Agamben : 9 volumes, écrits et publiés de 1997-2015 (une intégrale en a été publiée aux éditions du Seuil) constitue sans nul doute l'une des entreprises philosophiques les plus considérables de ces vingt dernières années. Étienne Balibar, Jean-Luc Nancy, Mathieu Potte-Bonneville, Thomas Benatouïl, Barbara Carnevali, Federico Tarragoni, entre autres, la commentent et pensent ici, dans un collectif dirigé par Anoush Ganjipour.
La fiction ne doit pas mentir". Que peut signifier un tel impératif ? C'est de cet impératif que toute une tradition métaphysique, littéraire et historiographique a fait son principe. Une généalogie constructiviste relie cependant celle-ci à la tradition occidentale où "la fiction n'est qu'un mensonge utile". En effet, le passage d'une tradition à l'autre s'opère à travers les Grecs. Dans cette perspective, la comparaison des deux traditions ouvre un espace de réflexion sur le rapport entre la réalité et la fiction : entre le réel de la réalité et le réel de la fiction.
La crise de la sécularisation marque profondément notre temps. Les trois religions dites monothéistes y jouent un rôle spécifique : de près ou de loin, elles ont fourni les ressources intellectuelles de la modernité séculière et, en même temps, elles ont été ses cibles historiques privilégiées. Elles reviennent maintenant pour occuper le premier rang dans le corps-à-corps des religions avec la politique sécu- lière ou la société lai?que. Le présent volume se penche sur le caractère ambigu du rapport que chacun des trois monothéismes entretient avec la politique et la socié- té modernes, ainsi que sur l'arrière-plan historique de ce rapport. Les contributions réunies ici convergent autour de la même tâche : faire advenir une nouvelle entente entre les traditions monothéistes et la pensée socio-politique moderne. Avec les contributions de Polymnia Athanassiadi, Gérard Bensussan, Bernard Bourdin, Frédéric Brahami, Pierre Caye, Jacqueline Chabbi, Julia Christ, Cristina Ciucu, Bruno Karsenti, Elad Lapidot, Pierre Manent, Alice de Rochechouart, Gildas Salmon, Daniel De Smet, Guy Stroumsa, Nadia Tazi, Danny Trom, Avishag Zafrani.
7 octobre 2023. L'horreur éclate. Le monde bascule. Aux yeux de tous, il apparaît clairement que le conflit entre Israël et la Palestine n'est pas qu'un conflit : c'est un problème. Un problème entre musulmans et juifs. Un problème entre le Moyen-Orient et l'Occident. Un problème au sein même de l'Occident. Un problème entre "nous". Jean-Claude Milner, d'origine juive, est de la génération Mai 68 qu'il a vécu à Paris. Anoush Ganjipour est l'enfant de la République islamique d'Iran. Dans un échange épistolaire au long cours, ils confrontent leurs deux voix : deux compréhensions du problème israélo-palestinien, deux récits de son histoire et deux raisonnements divergents. Un face-à-face, rare et intense, entre deux grands intellectuels, pour dépasser les invectives et vaincre les préjugés.
Le 29 décembre 1956, l'Algérie française portait en terre l'un de ses leaders, Amédée Froger, tué la veille, alors qu'il sortait de son domicile. La nouvelle de l'assassinat a fait grand bruit, en Algérie, mais aussi à Paris, en raison de la personnalité de la victime, haute figure locale de la défense de la cause française. Ses obsèques à Alger ont rassemblé une foule nombreuse. Elles ont surtout été l'occasion de ratonnades qui ont marqué les observateurs. S'appuyant sur de nombreuses sources, dont des archives policières et judiciaires inédites, Sylvie Thénault retrace ces événements et propose à travers eux une généalogie des violences exercées par les Français sur les Algériens dans le contexte de la colonisation. Trop souvent résumées à des actions ponctuelles et paroxystiques, ou associées aux seules exactions de l'OAS à la toute fin de la guerre, ces violences - non pas celles des autorités et de leurs représentants mais bien celles de la minorité française, née là-bas - s'inscrivent dans une histoire longue. Elles se nourrissent d'un rapport de domination brutal, empruntant à toutes les formes d'oppressions possibles (économiques, sociales, politiques, juridiques, culturelles) et s'ancrent dans un espace urbain où les différences et les inégalités se lisaient à la moindre échelle, celle du quartier, voire de la rue ou de l'immeuble. Faisant des événements ayant entouré la mort et l'enterrement d'Amédée Froger le chaînon manquant de cette longue histoire, Sylvie Thénault propose ici une histoire spatiale et sociale de la guerre à Alger, en plaçant au coeur de l'interrogation ce que les ratonnades doivent aux rapports entre les populations en présence.
XVIIe siècle. Aux Antilles. C'est la nuit sur une plantation où se déroule une veillée mortuaire. Un vieux-nègre esclave entre dans le cercle des flambeaux. Dès ses premiers mots, il se métamorphose en " maître-de-la-Parole ". Comment ce vieil homme a-t-il pu s'ériger en père fondateur de la littérature des Amériques ? Quels sont les secrets de cet improbable résistant à l'esclavage et à la colonisation ? D'où lui vient cette assignation à ne conter que la nuit, sous peine d'être transformé en panier ? Et pourquoi un panier ? Partant de l'extraordinaire émergence du conteur créole, Patrick Chamoiseau interroge son propre travail d'écrivain, sa mémoire intime et les mystères de la création. Quels sont les grands enjeux de la littérature contemporaine ? En quoi rejoignent-ils ceux de ce vieux maître-de-la-Parole ? ... " Chaque création est une avancée de la réflexion, de la connaissance, du rapport désirant avec cet horizon sans horizon qu'est la Beauté. " Patrick Chamoiseau, né en 1953, a élargi la portée de la littérature antillaise à un niveau mondial. Prix Goncourt pour Texaco (Gallimard, 1992), il est l'auteur d'une oeuvre narrative et théorique majeure où se mêlent imaginaire foisonnant et conscience politique. Sa voix est aujourd'hui l'une des plus influentes de la Caraïbe. Au Seuil ont récemment paru La Matière de l'absence (2016), Frères migrants (2017), Contes des sages créoles (2018) et, en Points Thriller, J'ai toujours aimé la nuit (2018).
Disjoindre le sexe et le genre est un geste éminemment moderne, théoriser cette dissociation l'est plus encore.Ce livre est d'une certaine manière l'histoire de ce geste. Il nous mène des grandes entreprises déconstructrices de la Modernité des années 1960-1980 jusqu'au triomphe contemporain de la théorie du genre : de Sartre, Lacan, Deleuze, Barthes, Derrida ou Foucault jusqu'à Judith Butler.Pourtant, parce qu'il s'agit d'un objet aussi fuyant que précieux, le sexe des Modernes est aussi un révélateur. Loin d'être tout à fait commun aux deux espaces intellectuels que sont l'Europe et les États-Unis, il est peut-être témoin de leurs divisions : disputes, équivoques, héritages détournés, et guerres silencieuses ou avouées...Il s'agit ici non seulement d'éclairer des doctrines récentes que la confusion des temps travaille à obscurcir, mais d'explorer ce qui s'est déplacé au tournant des XXe et XXIe siècles entre le continent européen et le continent américain. Transmission ou au contraire fracture ...Car le moment est venu d'interroger le partage du sexe et du genre sous l'angle de son histoire puisque cette histoire est la nôtre, et sans doute plus que jamais.E.M.
Excédés par le présumé laxisme des tribunaux, les justiciers autoproclamés s'évertuent à punir par eux-mêmes les fauteurs de trouble. Violant la loi pour maintenir l'ordre, ils s'improvisent détectives, juges et bourreaux. Adeptes du lynchage et autres châtiments spectaculaires, ils trouvent un nouveau public sur les réseaux sociaux. Des groupes d'autodéfense du Far West aux chasseurs de pédophiles en Russie contemporaine, les justiciers hors-la-loi sont typiquement des hommes blancs, réactionnaires et xénophobes. Toutefois, mouvements révolutionnaires et défenseurs des dominés ne s'interdisent pas de manier, à leur tour, le fouet et le feu. L'auto-justice compte en outre de fervents zélateurs dans les services répressifs. Et quand policiers et paramilitaires s'affranchissent du cadre légal pour nettoyer la société, ils précipitent l'avènement de l'Etat justicier. Cet essai comparatif s'aventure dans les eaux troubles de la justice sommaire. Au terme d'un périple dans le monde perturbant des redresseurs de torts, une question s'impose : la France est-elle immunisée contre cette fièvre punitive ...