Extrait de l'introductionCet ouvrage, apologie sans retenue du texte imprimé passé, présent et à venir, traite du livre. C'est également une discussion sur la place du livre dans l'environnement numérique qui est devenu aujourd'hui une réalité fondamentale pour des millions d'êtres humains. Loin de déplorer les moyens électroniques de communication, je souhaite explorer les possibilités de les mettre en parallèle avec la puissance libérée par Johannes Gutenberg il y a plus de cinq siècles. Quel terrain commun existe-t-il entre le bon vieux livre et le livre électronique? Quels avantages mutuels lient bibliothèques et Internet? Ces questions peuvent sembler creuses dans l'abstrait, mais elles trouvent une dimension concrète dans les décisions que prennent au quotidien les acteurs de l'industrie de la communication, vaguemestres, informaticiens, juristes, éditeurs, bibliothécaires et une foule de simples lecteurs.Ayant moi-même joué un rôle de figurant dans ce domaine, je propose ce recueil d'essais comme guide éventuel à quiconque chercherait à se frayer un chemin dans le paysage de l'information. Mon propre itinéraire m'a conduit à travers de vastes territoires qui ne m'étaient pas familiers. Après une brève carrière de reporter consacrée à couvrir principalement les crimes et délits pour le Newark Star Ledger et le New York Times, je suis devenu professeur d'université et j'ai consacré l'essentiel de mon temps au XVIIIe siècle et à l'étude d'un sujet connu aujourd'hui sous le nom d'histoire du livre. Les recherches sur l'édition au siècle des Lumières m'ont conduit à observer les éditeurs à l'oeuvre dans le monde moderne quand j'ai passé quatre années au comité de lecture de la Princeton University Press et ensuite quinze années comme administrateur de l'Oxford University Press (États-Unis). Le quartier général de la OUP sur Madison Avenue m'a donné un aperçu du métier et de l'aspect universitaire de l'édition. Un été passé comme professeur détaché à la chaîne CBS m'a offert un nouvel aperçu des bureaux d'une entreprise située sur la Sixième Avenue. L'élection au conseil d'administration de la bibliothèque de la ville de New York m'a ramené au coeur du pays du livre à l'angle de la Cinquième Avenue et de la 42e Rue. À cette date je publiais des livres grand public pour les éditions W. W. Norton à un pâté d'immeubles de là et des articles pour la New York Review of Books du côté de Broadway et de la 57e Rue. L'aurais-je prévu que je n'aurais pu suivre un cheminement plus significatif dans l'univers contemporain du livre. Mais tout avait été affaire de chance et d'improvisation à mesure que les occasions se présentaient.
On évoque souvent, comme modèle de la profession d'auteur qui émerge au XVIII ? siècle, la brillante carrière de Jean-Jacques Rousseau ou la qualité polémique des écrits de Camille Desmoulins. Mais s'agit-il de parcours majoritaires au sein d'une république des lettres dont les institutions culturelles sont en pleine mutation et qui se veut, en principe, ouverte à tous ? Par une analyse quantitative de l'ensemble de la population des lettrés et une analyse sociologique de quelques carrières exemplaires d'écrivains, aux extractions sociales très diverses, Robert Darnton met au jour non pas une mais des conditions du métier d'écrivain. En s'appuyant sur de nombreuses sources - rapports de police, ou almanachs de la population de lettrés - l'auteur dévoile, des salons aux mansardes en passant par la Bastille, l'envers du décor. Que leurs écrits soient destinés aux éditeurs révolutionnaires ou aux ministres en place, les gens de lettres, dans leur grande majorité, ne peuvent en réalité vivre de leur plume et évoluent loin des grandes figures auctoriales des Lumières qui inspirent ces " Rousseau du ruisseau ". Intégrés ou non à l'ordre social très fermé de la république des lettres, ces écrivains de plus en plus nombreux font l'objet d'une surveillance accrue de la part d'un Etat à la crise duquel ils contribuent, et qui débouchera sur la chute de l'Ancien Régime. Robert Darnton dresse pour la première fois le tableau d'une France littéraire composite au XVIII ? siècle alors que la montée en puissance de l'écrivain apparaît comme un nouveau type de pouvoir dans la fabrique du monde moderne.
La place des philosophes du XVIIIe siècle dans la préparation de la Révolution française a fait l'objet de controverses passionnées. Mais les historiens ne s'étaient guère, jusqu'à Robert Darnton, penchés sur le rôle des écrivains de second ordre - qu'ils tirent à Paris le diable par la queue en fabriquant une littérature pornographique et politique ou qu'ils se soient exilés à Londres, voire ailleurs, pour éviter l'embastillement. Ces ratés de la littérature tiendront un rang important dans le personnel révolutionnaire. Vu des ateliers, des boutiques des libraires ou des officines de la police, le paysage des Lumières change du tout au tout: s'esquisse alors, à la croisée d'une histoire de l'édition et d'une double sociologie des auteurs et des lecteurs, le monde des livres au XVIIIe siècle. Cette étude pose en termes novateurs la question de la lecture au siècle des Lumières et de la part qui revient à la fermentation intellectuelle dans le temps long des origines de la Révolution.
Qui se souvient encore de Pidansat de Mairobert, de Moufle d'Angerville ou de Thévenot de Morande ? Qui lit aujourd'hui le Gazetier cuirassé, les Anecdotes sur Mme la comtesse Du Barry ou Thérèse philosophe ? Redécouvrir l'énorme corpus oublié de la librairie illégale au siècle de Voltaire et de Rousseau, c'est pénétrer dans le monde bigarré de la littérature clandestine : on y rencontre, tour à tour, les éditeurs-imprimeurs, aux frontières du royaume, souvent gens honorables et bons bourgeois calvinistes, qui multiplient les publications subversives ou immorales ; les pauvres hères de la contrebande : passeurs, colporteurs et marchands forains qui risquent les galères pour diffuser dans le royaume cette littérature de l'ombre ; les gens installés, édiles et notabilités, qui lisent sous le manteau ces opuscules interdits, mais aussi les libraires les plus insoupçonnables qui, sous le comptoir, se livrent au commerce de livres scandaleux, tant les gains y sont aisés à faire. Tous partagent la même fascination pour l'univers fictionnel des "écrits philosophiques" clandestins. Canards, chroniques scandaleuses, pamphlets matérialistes, textes pornographiques nourrissent la même vision du monde : la Religion est une tromperie, l'Eglise une oppression, le Roi un homoncule, ses maîtresses des catins, les catins les véritables maîtresses du royaume, et tout cela glisse vers l'abîme depuis le bon roi Henri IV... Grâce à Robert Danton, nous savons désormais ce que lurent réellement les Français au siècle des Lumières : une littérature séditieuse qui, bien qu'elle ne répondît pas aux genres nobles et canoniques, mina dans les esprits les fondements de l'Ancien Régime plus que ne le firent les forts traités des Philosophes ou les grands romans du siècle dont la postérité voulut garder le souvenir.
Vous voulez vous venger de l'avarice de votre maître ? Faites-lui croire qu'une troupe imaginaire de spadassins est à sa poursuite et que vous avez trouvé un moyen de le sauver. Prenez un sac. Mettez l'homme dans ce sac et prenez soin de bien le fermer. Promenez-le un peu sur votre dos à travers la ville. Profitez-en pour le rouer de temps à autre de coups de bâton. Mais prenez garde que votre victime ne découvre la supercherie...
Laure Murat, autrice et professeure à l’UCLA, définit dans ce court ouvrage les termes de récriture, de réécriture et/ou de censure en littérature pour que le débat soit fécond. Une base très intéressante pour nourrir votre réflexion.
A partir d'un souvenir de lecture d'enfance, un Cosette abusivement attribué à Victor Hugo, Tiphaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables en France et à l'étranger. Elle révèle comment ce roman, dès sa parution, a été abrégé, adapté, traduit, illustré, réécrit, jusqu'à devenir l'un des récits les plus réappropriés au monde. Plus le livre est transformé, plus il devient mémorable. La question "Faut-il réécrire les classiques ? " apparaît dès lors comme une fausse question : ils ne sont tels que par leur constante adaptation aux goûts et aux attentes des époques successives. De Shakespeare aux contes de fées, de Montaigne à Mark Twain ou Agatha Christie, des traductions aux versions réduites, des transpositions aux mises en scène, l'autrice montre qu'un classique ne se définit pas par son intouchabilité, mais par sa capacité à s'affranchir de son original. Face à des polémiques souvent caricaturales opposant "cancel culture" et sacralisation du passé, ce livre privilégie la nuance, l'enquête et une érudition généreuse. Il préfère la démonstration à l'indignation pour affirmer une idée simple et stimulante : la réécriture n'est pas synonyme d'annulation, bien au contraire, puisqu'elle prolonge le plus souvent la vie des oeuvres en élargissant leur partage et en pérennisant leur mémoire.