Extrait Un Français en pantalon gris et polo jaune, une Belge vêtue d'une robe de plage aux coloris en vogue à l'époque considérée, les années quatre-vingt-dix. Un homme, une femme, un bord de mer, n'importe laquelle aurait fait l'affaire, ou un océan, voire un grand fleuve, un grand lac, mais c'est depuis le rivage de la mer du Nord que les habitants de Knokke-le-Zoute regardent passer cargos et pétroliers. Des mouettes comme partout en bord de mer. Le ciel est d'un bleu de saison, la température stabilisée au-dessus des minima saisonniers, un léger vent sud-est taquine le drapeau vert du poste de secours. Dans cette partie de la Belgique le soleil joue au sniper négligent, embusqué entre deux nuages, peu dangereux aux peaux restées naïves en ce mois d'août et qui peuvent donc sans risque s'exposer à découvert; il tire à blanc, pourrait-on dire avant de qualifier les lunettes noires portées par la femme d'accessoire de séduction plutôt que de protection. Quant à l'homme, ses lunettes de soleil sont braquées vers le ciel, noyées dans une épaisse chevelure brune. Il marche parallèlement au rivage en terminant un sandwich triangulaire. Ils se rencontrèrent néanmoins, néanmoins car malgré cette allure ratée de play-boy (lunettes de soleil dans les cheveux vaguement gominés, pantalon trop étroit, mocassins râpés) dont l'homme est loin de se douter qu'elle le discrédite d'emblée aux yeux des femmes présentes et en particulier de celle, jeune, en robe de plage, qui jouait sur ce même rivage, enfant, avec ses cousines, à hiérarchiser les usagers de la plage, trio de petites pestes dressées à repérer le plus minime geste ou détail vestimentaire avec la perspicacité d'un pisteur du Kalahari attentif à tout indice indiquant une proie potentielle. À sept ans elles savaient déjà que le contenu d'un geste n'est pas moins important que le geste lui-même, un geste en soi irréprochable se disqualifiant si par exemple il se met au service d'un sandwich de pain de mie et acquiert ainsi une charge d'iniquité (corruption des moeurs; état de ce qui est contraire à la religion, à la morale ou encore, emprunté au latin iniquitas, inégalité de terrain; position défavorable - d'un lieu) car c'est bien une corruption des moeurs que révèle le goût vulgaire du pain de mie. Ceux qui mangent ce pain mou prédécoupé et sous plastique aiment aussi les chansons populaires, l'accordéon, les grillades de sardines, la Jupiler, se resservent deux fois du même plat et n'ont rien à faire à Knokke-le-Zoute.
Nombre de pages
187
Date de parution
06/05/2011
Poids
186g
Largeur
126mm
Plus d'informations
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EAN
9782818013403
Titre
AIRE DU MOUTON
Auteur
Baqué Joël
Editeur
POL
Largeur
126
Poids
186
Date de parution
20110506
Nombre de pages
187,00 €
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Résumé : Etes-vous un génie, ou un rogue trader ? Le produit du système, ou sa malchance ? Vos proches n'ont jamais compris comment il était possible de gagner autant d'argent sans tricher ou voler. Ils se vantaient d'avoir toujours dû ramer pour joindre les deux bouts et ramenaient tout à l'"effort", au "mérite", aux "vraies valeurs", comme s'il fallait nécessairement en baver pour être fier de soi, comme si l'argent devait nécessairement arriver au goutte à goutte et pas en grandes marées. Vous leur répondiez que les valeurs, vous n'en manquiez pas : elles sont au coeur de votre travail et précisément chiffrables, seconde par seconde, dans toutes les places financières de la planète.
Cette nuit-là, rassemblés tous les trois autour de notre mère, nous avons pour la dernière fois fait kolkhoze.Notes Biographiques : Emmanuel Carrère est né en 1957. D'abord journaliste il a publié un essai sur le cinéaste Werner Herzog en 1982 puis L'Amie du jaguar Bravoure (prix Passion 1984 prix de la Vocation 1985), Le Détroit de Behring essai sur l'Histoire imaginaire (prix Valery Larbaud et Grand Prix de la science-fiction française 1987),Hors d'atteinte ? et une biographie du romancier Philip K. Dick : Je suis vivant et vous êtes morts. La Classe de neige prix Femina 1995 a été porté à l'écran par Claude Miller et L'Adversaire par Nicole Garcia. En 2003 Emmanuel Carrère réalise un documentaire Retour à Kotelnitch et adapte lui-même en 2004 La Moustache avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos. Il a depuis écrit Un roman russe, D'autres vies que la mienne, Limonov prix Renaudot 2011, Le Royaume prix littéraire Le Monde, lauréat-palmarès Le Point, Meilleur livre de l'année, Lire 2014, Il est avantageux d'avoir où aller et Yoga. En 2020 il a réalisé un nouveau film Ouistreham d'après le livre de Florence Aubenas avec Juliette Binoche et des actrices non professionnelles. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues.
Quand j'ai débarqué à Tours (Indre-et-Loire) au printemps 1968, c'était pour enquêter sur ce que mes parents y avaient vécu pendant la guerre. J'étais très loin d'imaginer que, ce printemps-là, tout le pays serait secoué par une révolte étudiante et paralysé par une grève générale, que je tomberais amoureuse, et que mon histoire d'amour me transporterait en 1942, dans la France de l'Occupation ! Vous allez peut-être trouver surprenant que je me décide à raconter mon histoire d'amour, de résistance et de voyage dans le temps à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Mais je crois que c'est le bon moment : en 2026 comme en 1942, il ne faut pas laisser les discours de haine et les mensonges devenir les récits dominants.
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