La décapotable rouge / Nouvelles choisies et inédites 1978-2008

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Indisponible
EAN
9782253194835
Extrait La décapotable rouge J'ai été le premier à rouler en décapotable sur ma réserve. Et forcément elle était rouge, une Olds rouge. J'en étais propriétaire avec mon frère, Stephan. Nous en étions tous les deux propriétaires jusqu'à ce que ses bottes se remplissent d'eau, par une nuit venteuse, et qu'il me rachète ma part. Maintenant Stephan en est l'unique propriétaire, et son petit frère Marty (c'est moi) va partout à pied. Comment ai-je gagné assez d'argent pour acheter ma part, à l'origine ? Mon unique talent était de toujours réussir à me faire du fric. J'avais le chic pour ça, pas courant chez un Chippewa, et surtout dans ma famille. Dès le départ, j'avais cette différence, et tout le monde le reconnaissait. J'ai été le seul môme qu'on a laissé entrer au Legion Hall de Rolla pour cirer des chaussures, par exemple, et une année, à Noël, j'ai vendu des images pieuses au porte-à-porte pour la mission. Les soeurs m'ont permis de garder un pourcentage. Une fois lancé, il semblait que plus je gagnais d'argent, plus l'argent venait à moi facilement. Tout le monde m'encourageait. A quinze ans, j'ai trouvé un boulot de plongeur au Joliet Café, et c'est là que j'ai percé. Rapidement j'ai été promu au rang de serveur, et puis la cuisinière qui préparait les plats rapides est partie et j'ai été engagé à sa place. En un rien de temps, j'étais devenu le gérant du Joliet. Le reste appartient à l'histoire. J'ai été gérant un moment. Je suis rapidement passé copropriétaire, et bien sûr à partir de là personne ne pouvait plus m'arrêter. Il n'a pas fallu longtemps avant que tout soit à moi. Alors que j'étais propriétaire du Joliet depuis un an, il a brûlé. Toute l'affaire. Une perte sèche. Je n'avais que vingt ans. J'avais tout, et je l'ai perdu vite fait, mais avant j'avais invité tous les membres de ma famille, et les membres de leurs familles, à dîner, et avec Stephan j'avais aussi acheté la vieille Olds dont j'ai parlé. La première fois qu'on l'a vue ! Je vais vous raconter la première fois qu'on l'a vue. Quelqu'un nous avait emmenés en voiture jusqu'à Winnipeg, et tous les deux on avait du fric. Ne me demandez pas pourquoi, parce qu'on n'avait jamais parlé de voiture ni de rien, on avait simplement tout notre fric sur nous. Moi en liquide, un gros rouleau de billets. Stephan avait deux chèques - une semaine de salaire supplémentaire pour licenciement, et son chèque habituel du Jewel Bearing Plant. Toujours est-il qu'on descendait Portage Avenue, en touristes, quand on l'a vue. Elle était garée là, avec l'air d'être vivante. Vraiment comme si elle était vivante. J'ai pensé au mot «repos», parce que la voiture n'était pas simplement arrêtée, ni garée, ni rien d'autre. La voiture était au repos, tranquille et étincelante, un panneau À VENDRE collé à la vitre avant gauche. Et puis, avant même qu'on n'y ait réfléchi, l'auto nous appartenait et nos poches étaient vides. Il nous restait juste assez d'argent pour l'essence du retour. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
Plus d’information
Titre La décapotable rouge / Nouvelles choisies et inédites 1978-2008
EAN 9782253194835
ISBN 2253194839
Sous-titre Nouvelles choisies et inédites 1978-2008
Auteur Erdrich Louise
Editeur LGF/Livre de Poche
Longueur 178.0000
Largeur 110.0000
Poids 0.2400
Date de parution 16 avr. 2014
Collection LGF / 33318
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